Ibid., p. i36-i38-, cf. p
r 58 LA MORALE DU BONHEUR.
Le respect, à son sens, peut s'accompagner de plaisir; mais ceci ne se ramène pas à cela; et la preuve du fail, c'est « qu'on ne s'y laisse aller qu'à contre-cœur », lorsqu'il s'agit d'un homme que l'on voit accomplir vaillamment son devoir. On ergote dans ce cas, « on cherche une raison de blâme pour se dédommager de l'humiliation » que nous inflige un tel exemple. On peut dire aussi que le respect n'enveloppe par nature aucun sentiment de peine. Il en contient sans doute à l'origine, mais à l'état d'alliage. « Si l'on a une fois triomphé de la présomption et donné au respect une influence pratique », on ne peut se rassasier du spectacle majestueux de la loi morale; et « l'âme croit s'élever d'autant plus qu'elle voit cette loi sainte plus élevée au-dessus d'elle et de sa nature fragile » ' .
Ce langage est beau; il touche au sublime : il est beau comme du Pascal. Pourtant, la raison demeure insatisfaite. Des éliminations ! toujours des éliminations! Le respect n'est pas ceci, le respect n'est pas cela. Qu'est-ce donc enfin? Kant nous répond tour à tour : « Le respect est un sentiment qui se produit de lui-même par l'effet d'un concept de la raison et, de ce seul chef, il se distingue spécifiquement de tous les sentiments... qui se rapportent à l'inclination ou à la crainte. » Le respect est « la conscience de la subordination de ma volonté à une loi, sans l'intermédiaire d'aucune influence sensible »; « à proprement parler, le respect est la représentation d'une valeur qui humilie mon amour-propre - ». Et je veux