‹ La Morale du bonheurChapitre 69 sur 106 · I . Matth., X · texte numérisé non relu

I . Matth., X

comme si vous lui disiez de se faire pousser des ailes. Que signifie donc le précepte de l'Evangile ? Il signifie simplement que l'on doit (f accomplir volontiers toutes ses obligations envers » le prochain, qu'il faut l'aimer d'un amour auquel la sensibilité ne suscite plus de résistance, qui a cessé de lutter, où le bien par conséquent ne coûte jamais aucun effort. Mais alors, que devient la morale chrétienne? Ce n'est pkis un code de commandements; c'est un simple idéal de notre activité, une limite vers laquelle nous pouvons tendre toujours sans jamais l'atteindre. Car, si vaillamment que nous sachions combattre contre nous-mêmes, nous n'arriverons pas à supprimer la sensibilité : nous n'ôterons point ce foyer de penchants égoïstes que nous portons en nous et qui constituent le fond de notre nature. Or, aussi longtemps que dureront ces ennemis de l'ordre moral, il faudra les tenir en bride et travailler à rabattre leurs prétentions. « Pour des hommes et pour tous les êtres raisonnables créés, la nécessité morale est contrainte, c'est-à-dire obligation; et toute action fondée là-dessus doit être représentée comme un devoir, non comme une manière d'agir qui, par elle-même, nous plaît déjà ou qui peut devenir agréable pour nous'. » L'effort, « la coercition sur soimême », c'est ici-bas la condition de la pratique du bien. La sainteté n'existe qu'en Dieu et chez les justes que sa main toute-puissante a délivrés, après la mort, du ferment des passions : la sainteté est le privilège des habitants de l'Au-delà ■.

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