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l68 LA MORALE DU BOAHELR.
Rant bannit le christianisme de la cité du devoir; il le fait à la manière dont procède Platon envers la poésie : il l'expulse en le couronnant de fleurs. Oui, nous dit-il en somme, c'est une grande et belle chose que la morale de l'Evangile; de plus, elle ne contredit pas celle de l'impératif catégorique, du moins quand on sait la bien entendre. Mais, au fond, elle ne nous concerne pas; elle s'élève trop au-dessus des conditions de la vie humaine pour la régler : elle ne peut être pour nous qu'un « but inaccessible » . Cette terre n'est point la patrie de la sainteté; c'est seulement celle de la vertu ' .
Il n'y a là qu'un sophisme et qui tient, comme tous les raisonnements du même genre, à ce que Kant n'a pas suffisamment démêlé l'écheveau de ses idées.
Sans doute, la sympathie ne se commande pas, du moins directement. Sans doute aussi, l'on peut concevoir un idéal de vie où l'être moral est si bien réglé, qu'il va toujours et sans effort dans la direction de l'ordre ; et c'est cet idéal que réalisent les saints lorsque Dieu les admet à la participation de sa gloire. Mais entre ces deux extrêmes, entre l'amour qui ne se commande pas encore parce qu'il n'est qu'une forme de l'instinct, et l'amour qui ne se commande plus pai'ce qu'il est réduit au joug de la raison, il y a cette suprême et fine pointe de l'esprit dont parle saint François de Sales, il y a le pouvoir que nous avons de nous prononcer pour le devoir c n vue du devoir, il y a l'amour libre. Et celui-là, qui commande à tout le reste, peut aussi se commander. Or,