De la croyance en Dieu^ p. 3i-i34, F. Alcan, Paris
libre, et que, dans ses desseins, il suit infailliblement la loi du meilleur. Voilà les cimes vers lesquelles il faut élever son regard, si l'on veut savoir quel peut être le prix de la vie humaine. Dieu est l'auteur des choses, du mouvement et de l'harmonie qui s'y révèlent ; il est le fondement suprême de nos idées. 11 est également l'aube blanchissante aux rayons de laquelle le problème des valeurs morales commence à s'éclairer.
Supposez en effet qu'il existe une volonté souveraine, souverainement libre et toute sainte : elle a dû calculer le monde, avant de le faire; elle ne l'aurait pas créé, s'il était essentiellement mauvais; elle l'a créé parce qu'il était meilleur qu'il fût; elle ne le conserve qu'aussi longtemps qu'il donne un surplus de bien sur le mal ; elle est prête, quand cette inégalité disparaît, soit à le laisser revenir au chaos, soit à commencer, si c'est possible encore, une œuvre de rédemption qui lui rende sa jeunesse et sa beauté primitives.
Ce point capital, Platon Ta très bien compris. Le monde, à son gré, sortit des mains du Démiurge tout rayonnant de science et de justice, de grâce et de bonheur. Mais cette excellence originelle ne pouvait durer toujours. Il y a dans les choses un « principe matériel », « enfant de la primitive nature », qui travaille pour K la confusion » . Grâce à ce principe qui ne reçoit qu'imparfaitement « l'empreinte de l'intelligible », le désordre réapparut à la longue; il s'accrut avec le temps; et, sur la fin, il prit de telles proportions qu'il n'y eut plus sur terre « ([ue très peu de bien mêlé à beaucoup de mal ». Alors, le grand architecte se montra derechef
et, rajustant son œuvre, « l'affranchit de la vieillesse et de la mort' ». Voilà ce qui semble avoir eu lieu. Et ce qui s'est déjà produit se reproduira sans doute dans la série infinie des siècles à venir; car la matière, qui en est la cause, gardera toujours sa tendance native à « s'abîmer dans la dissemblance" ».
La vie physique est soumise à la loi de la veille et du sommeil. Il en va de même pour la vie intellectuelle et morale. Et, quand elle s'est endormie au point que l'idée du meilleur cesse d'v dominer. Dieu, par un travail intérieur, y ramène la vigueur et la justice/: la prédominance du bien se maintient, dans le monde, par une série de rédemptions. Mais ces recommencements préternaturels ne sont pas des mouvements brusques, des coups d'état divins qui donnent d'emblée tout leur effet ; ils se traduisent par une longue ascension qui, son terme une fois atteint, ne tarde pas à se tranformer en un déclin d'égale durée. De là des rythmes immenses, d'après lesquels se déroule la vie humaine et qui révèlent de plus en plus la sagesse du Créateur.
De l'idée dominatrice qui nous dirige découle une conséquence plus précise, qui porte directement non plus sur l'ensemble du monde, mais sur la race humaine.