‹ La Morale du bonheurChapitre 8 sur 106 · Polit., i-y-"; — Lois, IV, 7133-714», — Cf. Philèb., i6e · texte numérisé non relu

Polit., i-y-"; — Lois, IV, 7133-714», — Cf. Philèb., i6e

2. Polit., 273'*; — cf. Theœt., 176 »■**. Le Tiine'e nous donne aussi la même ide'e de la matière. — On peut croire de premier abord qu'il n'y a là qu'un mythe. Mais, quand on prend la peine de comparer les textes entre eux, ou s'aperçoit que ceux qui sont d'ordre purement philosophique contiennent la même pensée que les autres. Platon croyait vraiment que le monde tend à se de'sajuster par le dévenir et que, lorsqu'il est descendu à un e'tatde désordre trop profond, Dieu l'en ramène par une impulsion nouvelle.

3o LA MORALE DU BONHEUR.

Dieu, dans ses œuvres, procède avec sagesse : la finalité étant la loi de sa toute-puissance, il adapte chaque fonction à son but connaturel. Or il a mis à la racine de notre être, non plus seulement l'amour du plaisir, mais la soif inextinguible du bonheur, ce qui est tout autre chose; il a voulu que le désir du bonheur fût le fond même de notre activité, et à tel point que, en dehors de ce bien suprême, la vie ne garde plus de sens pour nous. C'est donc qu'il tient en réserve quelque moyen de satisfaire cette aspiration fondamentale, sinon dans cette vie, au moins dans une autre où celle-ci trouvera son achèvement, lies dons de Dieu sont sans repentance; et, par suite, les tendances essentielles qu'il nous a mises au cœur, ne peuvent porter indéfiniment dans le vide. On y conçoit des avortements partiels; car il faut compter avec les indigences de la matière et les écarts du libre arbitre qui tendent sans cesse à tout dévier ' . Il est impossible qu'en général elles manquent totalement leur but. Celui qui conduit le cortège des astres à travers le ciel, ne saurait avoir le dessous dans la zone suprême de la finalité, qui est celle de la justice -.

Vain raisonnement, nous diront quelques-uns. L'univers est infini; ou, du moins, il est si vaste que, vu la faiblesse de notre imagination, il peut être considéré comme tel. Au delà de notre système solaire, il y a d'autres mondes, puis encore d'autres mondes... Plus la

I. V. dans Croyance en Dieu, notre explication du mal, p, i35-

1. « Pourquoi, est-il dit dans i V/z^rt^'^è/c, voit-on... si souvent le mal l'emporter sur le bien ? — parce qu'on ne regarde pas assez longtemps » (Ai-EX. Dumas, loc. cit., t. VI, p. 326).

DU PlllX DE LA VIE. 3l

science réalise de progrès, plus elle constate ou devine cette immensité des espaces qui effravait le génie de Pascal. Que sommes-nous donc dans cette république sans bornes? Un atome, et moins que cela. Supposé même qu'il y ait une Providence personnelle et souveraine, nous n'en gardons pas moins notre place infime dans « la police de l'univers » ; bien plus, notre petitesse ne fait alors que s'affirmer avec un éclat nouveau. Car, si Dieu crée chaque chose avec proportion et la place en son rang, que devenons-nous dans le Tout qui nous environne et dont le bien conditionne sans cesse notre bien ? Un éphémère qui naît et meurt dans la poussière du soleil couchant. Et n'est-ce pas par là que s'expliquent rindifférence et la cruauté de la nature à notre éeard? Elle va son train vers un but qui n'est pas nous, et nous meurtrit ou nous écrase au passage sans plus de souci. Qu'importe un vermisseau? qu'importe un peu d'écume égrenée par le vent, quand il s'agit de l'intérêt du monde?

x\ssurément, cette réflexion contient un profond mvstère. Mais il faut se souvenir que l'homme ne doit pas « se mépriser tout entier » ; il faut se souvenir que, si l'homme est un roseau, c'est un roseau qui pense. Quelle peut être la fin de l'univers? je l'ignoi'e. Je laisse aux métaphysiciens le soin de le chercher ; et il est probable qu'ils mettront du temps à le découvrir. Mais on peut savoir quelque chose de la place que nous occupons sur notre globe; et cela suffit. Le caillou vaut moins que la bête, et la bête moins que l'homme, suivant la pensée de Malebranche; l'homme est, par son excellence native, le

5l LA MORALE DU BONHEUR.

premier des êtres sans nombre qui s'agitent à la surface de la terre. Il n'a donc pas une destinée quelconque, si le monde vient d'une intelligence qui a tout adapté suivant la dignité des choses. Admettez le règne des fins, et le sort de l'humanité prime ici-bas tout le reste ; les autres créatures ne peuvent que lui être subordonnées. Elles le sont du moins d'une manière assez complète pour que nos fonctions essentielles ne donnent point dans le néant.

Cet ordre, il est vrai, n'apparaît pas toujours avec la même force. Comme on l'a vu plus haut, il y a des périodes de décadence au cours de la vie humaine ; et ces moments de déclin peuvent durer des siècles. Notre hégémonie alors s'obscurcit et finit par s'éclipser, au moins sur certaines parties du globe. Mais le grand chorège redescend quand l'exige la loi du meilleur; il vient à l'aide de la nature défaillante et, par une action lente et profonde, lui rend quelque chose de son eurythmie primitive. L'homme, dès lors, commence à sentir de nouveau qu'il est roi, ou que, du moins, il a la puissance de le redevenir.

Telles sont, je crois, les vraies données de la philosophie. Elles nous mettent déjà sur le chemin de la révélation; et c'est là qu'elles trouvent leur traduction complète et leur point principal de fixité .

a Je vis, dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux. Je vis également un ange de grandeur surhumaine qui disait à haute voix : Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en lever les sceaux ? Mais personne, ni dans

le ciel, ni sur la terre, ni au-dessous, n'était capable d'ouvrir le livre ni même de le regarder. El je fondais en larmes à la vue de cette universelle impuissance. Alors un des vieillards me dit : Ne pleurez point. Il a vaincu, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David; il vient ouvrir le livre et en lever les sceaux... [L'agneau^ parut alors. Il prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône, et l'ouvrit. .. A ce moment, se fit entendre un cantique nouveau... Toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre et dans ie vaste océan, disaient d'une voix unanime : A celui qui est sur le trône, et à l'agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ' . »

De là jaillissent enfin la plénitude de la vérité et la vie. Le reste ne donne qu'une lumière pâle et froide, comme la lueur des étoiles.

La raison soupçonne, la raison devine, la raison démontre dans une certaine mesure. 3Iais il y demeure toujours quelque chose de vague, de stérile et d'incomplet. Dieu, par la révélation, l'explicite et la traduit à elle-même. Il y met aussi cette foi au bien qui est faite d'amour autant que de clarté et qui transporte les montagnes.

Eh! quoi? va-t-on nous dire, pensez- vous donc nous ramener à la philosophie de Socrate ? Voulez-vous donc quenous retournions au christianisme à jamaisdémodé ?Le positivisme n'est-il pas, et depuis plus d'un demi-siècle, la seule foi que nous puissions avoir ?

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