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précisément, c'est à cet amour supérieur que s'adresse le précepte chrétien. Il peut se traduire en cette autre formule où l'impératif catégorique retrouve pleine satisfaction : Fais du bien à ton prochain. Mais que ce soit par un effet de cette puissance qui te met dans la main de ton conseil, que ce soit par un effet de ton vouloir; et que ce vouloir ait toujours assez d'empire pour dominer toutes les répugnances et toutes les révoltes de l'aveugle nature.
Le domaine du permis.
Le mobile du devoir, c'est le devoir : il faut que ce qui en fait l'objet en soit aussi la fin. La question se présente sous un autre jour, quand on se place sur le domaine du permis. L'amour du bien doit y dominer encore; mais son intervention revêt un caractère différent.
Le principe dont il faut partir, pour définir ce second aspect du problème, c'est que l'on peut faire tout ce qui est dans l'ordre.
De là tout un vaste champ d'activité dont l'impératif catégorique n'est plus que le garde-frontière.
On peut agir par plaisir jusqu'à concurrence du devoir. « Il est d'un homme sage, dit Spinoza dans son Éthique, il est d'un homme sage de se réparer par une nourriture modérée et agréable, de charmer ses sens du parfum et de l'éclat verdoyant des fleurs, d'orner même
lyO LA MORALE DU BOjNHEUR,
son vêtement, de jouir de la musique, des jeux, des spectacles et de tous les divertissements que chacun peut se donner sans dommage pour personne », c'est-à-dire pour les autres et pour soi-même. Je ne vois pas pourquoi la pensée que renferment ces paroles, n'entrerait pas dans une morale bien comprise. Sans doute, le plaisir tourne facilement h l'excès : c'est un séducteur habile auquel nous accordons très vite un peu plus que son lot. En outre, même quand la raison lui tient la bride, il tend à produire des habitudes de jouissance où la volonté perd toujours quelque chose de son élan natif. Le plaisir a besoin d'une surveillance continue, et parfois même « du fouet », suivant l'image de Platon. Mais il n'est pas mauvais de sa nature; c'est un bien, et qui peut devenir l'auxiliaire de la vertu. Et que serait donc la félicité des élus eux-mêmes, si l'on en bannissait tout plaisir? 11 est donc dans l'ordre de ne pas dédaigner cette fleur de nos actions; l'abus seul en est blâmable. On peut prendre sa part au banquet de la vie '.
On peut également chercher ses propres intérêts, dans la mesure où l'honnêteté n'en souffre pas. Le bien social, réplique Aug. Comte, voilà ce qu'il faut poursuivre sans trêve ni repos. L'individu ne s'appartient pas à lui-même; il fait partie d'un tout dont le bonheur prime le sien. Toute action qui s'arrête à notre 7}wi, qui le prend pour fin, constitue donc un désordre : ou ne peut y voir qu'une sort(î d' autolatrie. Le vrai, c'est que cette manière de tout résorber dans l'Etat ne pré-