I. IV. Pioo. 45. sch
sente aucun sens. L'individu n'a pas de valeur en face de Ja collectivité ; donc la collectivité n'en a pas non plus. Car de quoi se compose-t-elle ? Sinon d'individus; et comment ces imités peuvent-elles, en se groupant, former une valeur quelconque, si chacune d'elles n'en possède pas d'abord ? Comte a-t-il donc trouvé l'art de faire une addition avec des zéros? D'ailleurs, pourquoi les individus se mettent-ils en société ? Pourcjuoi se créent-ils un gouvernement ? C'est, sans doute, pour que leurs droits naturels soient plus fortement garantis, c'est pour que leurs conditions de bonheur soient mieux assurées. Les individus entendent qu'à chacun d'eux doit échoir une zone d'action oii il reste libre; et c'est afin d'en défendre les frontières qu'ils instituent une autorité collective. Mais alors, que devient cette autorité, si elle absorbe tout, s'il n'est plus de désir ni d'action c[u'on ne soit contraint de lui rapporter? N'est-elle pas la négation vivante du but .Tîènie qui fait sa raison d'être?
Oui, sans doute, l'Etal possède des droits, mais dans la mesure seulement que requiert la protection des sujets. Au delà, l'individu ne relève plus que de sa conscience et de Dieu. C'est une vérité qui découle du concept même d'institution sociale.
Le chrétien peut désirer le ciel, sans être taxé d'égoïsme; il n'est même rien qui soit plus pleinement dans l'ordre. C'est assez pour rendre ce désir légitime, qu'il ne le mette pas au-dessus du devoir; et il est préservé de cet excès par la doctrine même qu'il a prise comme règle de vie. Car du moment qu'il commet une
telle préférence, du moment qu'il n'a plus qu'un amour servile, il s'exclut lui-mrme de la cité des saints.
C'est encore un point de la morale chrétienne que saint François de Sales à très bien mis en lumière, a L'amour que nous pratiquons dans l'espérance, Théotime, va certes à Dieu, mais il retourne à nous; il a son regard en la divine bonté, mais il a de l'égard à notre utilité; il tend à celte suprême perfection, mais il prétend notre satisfaction ; c'est-à-dire, il ne nous porte pas en Dieu, parce que Dieu est souverainement bon en soymésme, mais parce qu'il est souverainement bon envers nous-mesmes, ou comme vous le voyez, il a du nostre et de nous mesmes ».
« Je ne dis pas toutes fois qu'il revienne tellement à nous, qu'il nous fasse aimer Dieu, seulement pour l'amour de nous... car l'âme qui n'aimerait Dieu, que pour l'amour d'elle mesme, establissant la fin de l'amour qu'elle porte à Dieu, en sa propre commodité : hélas! elle commettrait un extrême sacrilège ».
« Mais il V a bien de la différence entre cette parole : J'aime Dieu, pour le bien que j'en attends : et celle-cy, je n'aime Dieu, que pour le bien que j'en attends. » Si ce second amour « est une impiété » vu que « l'amour de Dieu » y devient « dépendant, subalterne, et inférieur à l'amour propre », le premier au contraire « est une saincte affection de l'épouse céleste, laquelle cent fois proteste par excez de complaisance : Mon bien-aimé est tout mien, et moy je suis toute sienne, il est à moy, et je suis à lui' ».