‹ La Morale du bonheurChapitre 79 sur 106 · I. Loc. cit.^ p · texte numérisé non relu

I. Loc. cit.^ p

LES SANCTIONS. I()l

et avec l'eau éteindre l'enfer. Et il lui demanda : « Pourquoi veux-tu faire cela ? — Parce que je ne veux pas que nul fasse jamais le bien pour avoir la récompense du paradis, ni par peur de l'enfer, mais simplement par amour de Dieu. » Exclure son bien de la pratique du bien : voilà l'unique forme de la moralité. Le reste n'est que du marchandage ' .

Cette idée, d'ailleurs, n'est pas propre à M. Guyau. Sortie du Kantisme, elle s'est répandue un peu partout. On la trouve même sous la plume de P. Janet ; et, chez cet auteur, elle s'accroît d'une remarque nouvelle. Pour P. Janet, la sanction morale n'est pas seulement la négation de la moralité; elle constitue aussi, et par là même, un danger perpétuel de corruption. « La loi morale, écrit-il, a ce caractère propre de demander à être accomplie par respect pour elle-même » , et c'est là ce qu'on appelle le devoir. « Toute raison d'accomplir la loi, hors celle-là, est une manière de violer la loi. » Puis il ajoute : « et si je dois l'accomplir pour ellemême, il est inutile eimème, périlleux d'ajouter un autre motif que celui-là à la prescription de la loi ^ ». En d'autres termes, il faut que l'on se précipite d'un coup dans l'amour pur ; ou bien l'on manque encore de moralité, on s'expose du moins au risque perpétuel d'en manquer. Le quiétisme laïque, voilà le vrai.

Cette doctrine me paraît excessive et plus propre à dépiter de la vertu qu'à lui créer des adeptes.

Ce qu'il y a d'immoral, ce n'est pas de chercher notre

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