‹ La Morale du bonheurChapitre 88 sur 106 · y. plus haut, p. 182 et suiv · texte numérisé non relu

y. plus haut, p. 182 et suiv

ter par la contrainte : ce qui s'appelle le droit de punir.

Le droit de punir est un corollaire du concept de loi, qui est à son tour un corollaire du concept de société.

Tout cela est clair; mais il convient de le noter à nouveau : tout cela postule l'existence du libre arbitre. Car, supposé que la nécessité soit universelle, il n'y a plus de droit nulle part : il n'y en a pas plus du côté de la société que du côté de l'individu. Supposé que la trame des causes et des effets soit partout infrangible, il ne reste dans le monde qu'un système de forces dont la plus grande peut toujours écraser la plus petite avec une égale légitimité'. Dans ce cas, par conséquent, la société n'a pas à se demander si elle possède le droit d'intimider les criminels et de les supprimer au besoin ; car il n'existe rien de semblable. Tout autre est la question qui se pose devant elle : il s'agit simplement de savoir si elle dispose de la somme d'énergie voulue pour réduire ses advei saires.

Que l'on raisonne autant qu'on voudra, que l'on subtilise comme un Stuart Mill, la même conclusion reparaîtra toujours avec la même clarté pour ceux qui ne se paient pas d'équivoques. La société, dans l'bypotbèse déterministe, est complètement amorale : elle ne peut êtie qu'un groupe de fauves intelligents qui se défend contre d'autres fauves de même espèce. Par suite, l'unique puissance de punir dont elle dispose, c'est la force, non le droit. « Celui à qui la morsure d'un cbien donne la rage est assurément excusable, dit Spinoza dans uni-

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