‹ La Morale du bonheurChapitre 89 sur 106 · I. V. plus haut, p. 6o · texte numérisé non relu

I. V. plus haut, p. 6o

lettre à Oldenburg; et cependant on a le droit de l'étouffer. De même, l'homme qui ne peut gouverner ses passions ni les contenir par la crainte des lois, quoique excusable à cause de l'infirmité de sa nature, ne peut cependant jouir de la paix de l'âme ni de la connaissance et de l'amour de Dieu; il est nécessaire qu'il périsse'. » Pure ambiguïté de langage! Le droit n'est pas la nécessité; il l'exclut. Et donc il ne faut plus parler de celui-là dans une société oîi celle-ci domine tout,

Mais le point vif de la question n'est pas là. « L'homme se sent libre comme il se sent raisonnable », suivant la belle expression de Bossuet; le libre arbitre est un fait d'expérience intime, au même titre que la pensée. On peut donc déduire en toute sécurité les conséquences d'ordre social qu'il entraîne. Le point vif de la question est de savoir jusqu'où s'étend le droit de punir dont dispose le pouvoir collectif.

Suivant l'esprit du code français et le sentiment d'un très grand nombre de philosophes spiritualistes parmi lesquels il faut placer au premier rang Paul Janet, Em. Caro et M. L. Proal, la justice civile n'a pas seulement le droit d'atteindre nos actes en tant qu'ils nuisent à l'ordre public; elle possède également celui d'en considérer la nature intime, de les apprécier du point de vue moral et de les frapper selon le degré de malice qu'ils présentent par eux-mêmes. Le juge exerce une sorte de sacerdoce au nom duquel il peut pénétrer dans les consciences et s'y comporter comme un Dieu.

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