I. H. Denzinger, Enchiridion^ p. ii4, 3i8, Wirceburgi
1. S3,III^ q. xcvii, 2 : ... Vermis qui in damnatis ponitur non débet intelligi corporalis, sed spiritualis, qui est conscientiae rcmorsus.
3. Ibid.^ 3 : Respondeo dicendum, quod in fletu corporali duo inveniuntur : quorum unum est lacrymarum resolutio. Et quantum ad hoc fletus corporalis in damnatis esse non potest; quia post diem judicii, quiescente motix primi mobilis, non erit aliqua generatio vei conuptio, vel corporalis alteratio... aliud quod invenitur in corporali fletu, est quaedam commotio et turbatio capilis et oculorum. Et (pianlum ad hoc fletus in damnatis esse poterit post resurreclionem. Saint Thomas interprète lidee de l'enfer à la lumière de la physique aristote'licienne. Cf. ibid.^ q. lxxxvi, 2; c'est là que se trouve le principe dominant de son interpre'tation.
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(( spirituels », pourquoi n'en irait -il pas de même et du (c feu » et des « ténèbres extérieures » ? Pourquoi la peine du sens ne se ramènerait-elle pas à une sorte de tourment moral ' ?
Mais laissons là ces raffinements. Prenons le dogme chrétien au sens fort. Supposons que l'enfer signifie quelque chose de plus réaliste : il n'existe pas moins un principe d'ordre rationnel au nom duquel on le peut justifier.
Toutes les peines s'appliquent à des individus; mais toutes les peines n'y trouvent pas leur raison d'être. Il en est d'autres, et ce sont sans doute les plus nombreuses, qui sont fixées d'avance en vue du bien de l'ensemble". Un châtiment devient juste, du moment qu'il est nécessaire au maintien de l'ordre généraP. Supposé, par con-
I. Je crois du moins que l'on peut faire cette hypothèse jusqu'à ce ([ue l'Eglise pre'cise son enseignement dans le sens oppose'.
Voici d'ailleurs comment s'exprime J. Perrone à ce sujet : « Hoc igitur unum de fide est, dari infernum, seu destinata esse supplicia impiis, et hœc fore œterna, sine fine. Gctera omnia qua' spectant sive ad locum, sive ad horum suppliciorum vel pa^narum naturam, de fide non sunt. Etenim « nuUo Ecclesiae decreto, ut scité post A'asquezium observât Petavius, adhuc obsignatum videtur; neque ullâ in synodo sancitum illud est «, scilicet vel ignem esse corporeum, vel suppliciorum locum esse sub terra, ubi crucientur Da?mones et homines damnati. Certè veteres in diversas abiissc sententias circa utrumque punctum prœpter Petavium, fuse ostendit Calmet. S. Augustinus autem L. 20 de civ. Dei, c. 16. seribit : « Qui ignis cujusmodi, et in quâ mundi, vel rerum parte futurus sit, hominem scire arbitror neminem, nisi forte cui spiritus divinus ostendit » (Prœlectioncs theologicœ^ t. I, p. 847", Paris, 1842}. Jusqu'ici, la question n'est tranchée ni par le magistère de l'Eglise ni par la tradition.
a. Non enim pœnae sunt ad correctionem solum quando infligunlur, sed eliam quando determinantur » [s 3, q. c, i, ad 3).
3. C'est ce qu'a vu Stuart Mil!. « Tous les cas de justice, dit-il. sont aussi des cas d'utilité » [L'utilitarisme^ p. i^S, F. Alcan. Paris.
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sëquent, qiu! la police du monde demande que certains coupables soient exclus pour toujours de la cite céleste, et même frappés d'autres peines également irrémissibles : cette sanction définitive acquiert de ce chef un caractère de légitimité. Elle le gardera, même quand le genre humain n'existera plus sur la surface de notre globe ; car celui-ci n'aura pu vivre qu'à condition que celle-là fût. Le grand drame ime fois terminé, l'éternelle sentence n'aura plus de fondement ni dans le présent ni dans l'avenir, vu qu'il ne restera plus personne à réduire par la crainte; mais elle n'en tirera pas moins du passé sa raison explicative. lia fallu l'édicter et comme devant demeurer à jamais, afin que le passé devînt possible. Et donc il faut qu'elle demeure : c'est une exigence de la justice.
Si l'enfer est nécessaire, il est légitime par le fait même. Or je défie qui que ce soit d'établir que cette condition n'est pas donnée. H se peut très bien que l'ordre moral ne puisse se maintenir pai'mi nous que grâce à la perspective d'une peine éternelle ; c'est même d'une haute probabilité. Tous les peuples ont senti qu'il doit y avoir quelque chose de semblable; tous, ou à peu près, ont admis pour certains criminels une sorte de tartare d'où l'on ne revient pas : et ce témoignage de la conscience humaine ne laisse pas, en pareille matière, d'avoir sa signification. La nécessité d'un châtiment qui n'a pas de terme, c'est un point contre lequel la raison naturelle n'élèvera jamais que des arguties; il demeurera toujours humainement accej)lable.
LES SA>CTI9>S. ^^^
Le dogme de l'enfer satisfait à l'idée de justice. Mais comment s'accorde-t-il avec celle de bonté ? C'est un aspect de la question dont il faut dire quelques mots, vu le relief qu'il a pris de notre temps.
Imaginez qu'une sociétt- ait condamné quelques-uns
de ses membres à la peine d'exil perpétuel; imaginez
ensuite qu'elle ait acquis au bout de quelques années une
somme assez grande de vie intellectuelle et morale pour
ne plus souffrir de la présence des criminels : supposez
qu'elle se soit si bien établie dans l'ordre que rien ne
soit capable de l'en faire déclioir. Elle pourra dès lors
amnistier sans dommage ceux qui pleurent loin de la
patrie, et les ramener sur son territoire, afin qu'ds se
bonifient au contact de la beauté morale dont elle offre
le spectacle. Et, du moment qu'elle le pourra, il sera
meilleur qu'elle le fasse, bien qu'elle n'y soit pas tenue
en justice; elle le fera, en vertu même de l'amour du
bien qui préside à tous ses actes. N'en sera-t-il pas ainsi
du cbâtiment des damnés, et à plus forte raison ? Quand
les élus seront fixés dans la béatitude. Dieu ne jettera-
t-il pas encore un regard de miséricorde sur ceux de ses
enfants qui auront descendu la pente du gouffre? La
résurrection de toutes les âmes à la vérité dans l'amour,
« la réintégration finale «, n'est-ce pas le terme naturel
du combat mystérieux ([ui se livre ici-bas?
Eb bien, non, et parce que le royaume du ciel ne ressemble pas de tous points aux sociétés humaines. Dans le milieu dont je viens de parler, la peine a exercé sa fonction de stimulant moral, vu que les citoyens croyaient à sa persistance indéfinie. :\Iais, supposé qu'ils en aient
prévu la rémission, elle aurait perdu par là même la plus grande partie de son efficace. Or tel est le résultat qui se produirait fatalement, si Tenfer nous était présenté comme susceptible de diminuer avec le temps jusqu'à pleine disparition : il ne se traduirait plus dans les consciences par une contrainte suffisante. « On en sort, dirait-on; c'est bien, nous pouvons encore nous risquer. » L'unique moyen, dans ce cas, d'assurer la discipline de l'univers, ce serait que Dieu nous donnât pour réel ce qui n'est qu'une fiction. Mais qui croira jamais que le mensonge soit le fond de la politique du ciel ?
La bonté de Dieu ne procède pas comme celles des hommes: et le fait provient de ce qu'elle ne s'écarte jamais ni de la justice ni de la vérité. Il faut donc qu'il demeure, dans la somme des choses, une sorte de tâche éternelle. Tout ce qu'on peut dire, c'est que le « Père céleste w doit avoir sa manière à lui d'interpréter les lois qu'il a formulées dans l'intérêt de ses créatures. Mais, outre que ce côté du problème constitue le « secret du roi w, il reste vrai que Dieu ne saurait se contredire.