‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 32 sur 71 · De la nécessité de traiter ce sujet · texte numérisé non relu

De la nécessité de traiter ce sujet

Certains esprits méticuleux nous feront peut-être un reproche d'aborder un sujet aussi délicat, estimant qu'en pareille matière le silence vaut mieux que la parole, l'ignorance que la lumière. Nous ne saurions ni approuver ni admettre pour notre compte cette réserve extrême. Est-il possible d'omettre dans un traité de la morale révélée un fait d'où dépend la stabilité et jusqu'à l'existence sociale, un point qui occupe une place si apparente dans les enseignements bibliques et traditionnels? Nous ne pouvons d'ailleurs que le répéter avec nos théologiens : par eux mêmes, les organes et le grand œuvre de la généra* tion n'ont rien de honteux. Ce qui blesse la pudeur, la chasteté, les bonnes mœurs, ce ne sont pas les termes qui servent d'expression à cet acte, mais les pensées libidineuses et les sensations impudiques qui y cherchent un aliment. Pourquoi la Genèse, dans la légende d'Adam et d^Ëve, nous dit-elle : « Ils « étaient nus tous deux, l'homme et la femme, sans en éprouver la moindre honte (1) » ? Précisément pour nous faire savoir que par elle-même, indépendamment des mauvaises suggestions qu'elle peut provoquer en nous, la nudité n'a pas de quoi blesser les sens. C'est seulement après sa faute, après avoir cédé à la tentation du mal et perdu son innocence, que le premier couple devint pudibond. Alors, jaloux de cacher sa faute soQs le masque d'une fausse pudeur, Adam ose dire à Dieu : « J'avais honte d'être nu, et je me suis caché (2). » Et Dieu de lui répliquer : « Qui donc t'a dit que tu étais nu (3), « c'est-à-dire quel motif a pu te faire concevoir pour celle nu- (c dite une aversion que tu ne ressentais pas auparavant? Ce à ne peut être qu'une infraction commise par Tun de tes or- (c ganes qui te rende si craintif pour les autres, qui te fasse « redouter une nouvelle séduction de leur part. » Chose remarquable, cette appréciation du nu que nous puisons dans la révélation primitive, n'est-elle pas aujourd'hui encore de la

(1) Geoète, II, 25. (3) G«oèM, III, 11.

(ij Genète, III, 10.

plus exacte vérité? Dans les arts plastiques comme dans la grande peinture, on reproduit le nu sans danger pour les mœurs : plus ils s'étudient à imiter la nature, plus ils excitent en nous des sensations pures et calmes. Pour ne pas sortir de la Genèse, nous ajouterons ceci : elle débute par le commandement accompagné de la bénédiction concernant la procréation humaine. Or toute prescription, sans en excepter la première, doit avoir son caractère propre, son moyen, ses règles positives et limitatives. Suivons donc pas à pas les indications de rËcriture. En nous pénétrant des saints modèles, nous ne pouvons que nous maintenir dans les limites du juste et dn convenable. Nous allons en commencer le tracé par Texposè des restrictions et des prohibitions qui se rattachent à la loi de la procréation.

Page 1