Importance morale et religieuse de Vacte de Vunion
des sexes.
Autant la Bible repousse, flétrit et condamne tout ce qui est de nature à entraver ou à violenter Faction normale de la procréation, autant elle approuve et honore les actes légaux ayant pour objet la multiplication de l'espèce. Nous l'avons constaté déjà, le premier mot de la bénédiction prononcée par Dieu sur le couple humain, c'est: « Croissez et multipliez (2) », comme c'est aussi le dernier dans les assurances prodiguées au second fondateur de l'humanité lors de sa sortie de l'arche (3). Nous ne pouvons nous défendre, à ce propos, de rendre un nouveau témoignage au génie de la langue sainte dont les termes sont si riches en enseignements. C'est d'abord le terme de semence (5it), servant de dénomination commune à la production végétale, animale et humaine, à la nature organique et môme inorganique, celle-ci servant de base à celle-là. Il nous apprend d'abord que la loi générale, identique pour les différents règnes de la matière, c'est la loi de la reproduction. Mais cette signi-
(t) Létit., XVIII, 3; XXIV, 28. (3) G«nèie, IX, 1 et 7.
(3) Genèie, I, 18.
flcation physiqae n^enlëve rien à sa portée comme à sa yaleur morales, à savoir que cette semence vitale doit être dégagée de toute influence pernicieuse, corrompue et corruptrice, par rapport aux éléments qui concourent à sa réalisation. Dès que Ton oublie ou que l'on néglige cette obligation, on appelle sur cette semence la malédiction du ciel, qui s'étend aux animaux et aux végétaux toutes les fois que Dieu se voit forcé de ch&tier les hommes (i). Finalement, ce même terme fixe notre attention sur les qualités et les conditions propices à un bon ensemencement, et implique la réprobation de tout ce qui est propre à y faire obstacle, notamment les faits que nous avons rangés sous la double loi de Timpureté féminine et des relations prohibées.
Mais nous avons quelque chose de mieux, de plus conforme à nos aspirations intellectuelles : nous avons le terme connaU ire (9Ti), appliqué au fait de la cohabitation, employé pour la première fois à Toccasion de Tunion d'Adam et d'Eve (2), et se répétant tout le long du cycle biblique. Nouvelle mais incomparable preuve de la valeur spirituelle de la langue de la Révélation, douée de cette puissante faculté de convertir les fonctions les plus organiques en opérations idéales! Un de nos plus grands théologiens Ta di4 avant nous : a L'expression c connaic tre une femme » renferme toute une théorie, toute une transformation , grâce à la substitution de l'esprit à la matière dans l'œuvre de la génération humaine. La copulation des animaux est une liaison purement corporelle; l'union des époux est une connaissance (3). » Il va sans dire que, pour faire de cette locution une vérité, il importe de gouverner et de couronner l'acte d'union par la pureté de la pensée comme par l'élévation des sentiments. Il faut que les conjoints sachent à quelle œuvre ils collaborent ; il faut qu'ils se pénètrent bien de cette idée que le fruit de leur coopération sera un homme, un être fait à l'image de Dieu, une personne dont le développement physique et moral leur impose mille soucis et
(1) Exode, XIII, ie; Dtotér., VU, 13 (s) Genèse, IV, l.
et 14 ; XXVIII, 38-43. (S) Na'hmaoide, Thorath ha-adam.
autant de sacriflces, une âme enfin dont Téducation est si dif* fërente de la croissance animale. S'ils ne songent qu'au plaisir, qu'à la satisfaction des sens, la connaissance est supprimée, faisant place à la jouissance bestiale, suivie de la dégradation des saintes fonctions de Thymen. Nous disons saintes à dessein, pour marquer la progression. La procréation commence par être une semence, puis une connaissance, puis une sanctification. Le dernier terme de cette gradation a été découvert parla Tradition, qui n'hésite pas à faire de l'union parfaite des époux un acte de sainteté (t), du lien religieux qui les lie l'un à l'autre un sacrement (2), et de la chambre nuptiale un sanctuaire honoré de la résidence divine (3). Elle va plus loin encore : elle ose nous montrer Dieu entrant en tiers dans le fait de la reproduction, y contribuant pour sa part par l'octroi de la vitalité des organes et des facultés de l'âme (4), pourvu que le père et la mère sachent tenir compte de cette collaboration d'en haut et ne chassent pas l'hôte céleste par une conduite trop profane.
Peut-être viendra-t-on nous objecter qu'en élevant à cette hauteur l'union des sexes, on en bannit l'amour, qui n'est guère fait pour respirer dans ces régions contemplatives; mais cette objection repose sur une erreur démentie par la lettre comme par l'esprit de la Bible. Et d'abord,, quoi de plus précis que cette première affirmation de la Genèse : « L'homme s'attachera à la femme, de façon à ne former avec elle qu'un seul corps (S). » C'est tout à la fois l'amour charnel, exprimé par la locution « une chair unique », et l'amour spirituel, indiqué par le terme « s'attacher », qui sert si souvent à désigner le rapport de l'homme avec la Divinité (6). Il est dit ensuite : « Isaac aimait Rebecca, Jacob aimait Rachel (7). « Cherche la vie à côté delà femme que tu aimes,» dit l'Ecclésiaste (8). — a Réjouis-toi avec la femme de ta jeunesse, dit l'auteur des Pro-
(fl) VaTkra Rabbà, sect. 24. (5) Geoèie, 11, 14.
(i) Talmad, Kideachin, 9. (6) Dent^., IV, 4; X, SO.
^3) Talmad, Sdta, 17. (7) Geoèie, XXIV, 65; XXIX, 1$.
(4) Talmad, Nidda, 31. (8) Eocléf., IX, 9.
verbes ; biche chérie, gracieuse gazelle, désaltère-toi dans son affection; que son amour absorbe tous tes loisirs (i).» — «Aimer sa femme comme soi-même, voilà le bonheur et la paix, d dit leTalmud (2). D'autre part, l'Écriture inflige un blâme sévère à répoux qui haïrait son épouse sans motif raisonnable (3). Pour que rien ne manque à la grandeur du palais de Thyménée, on a eu soin de l'entourer d'un portique splendide, de lui faire une entrée superbe. Il s^agit des pompes nuptiales, qui jouent le rôle que Ton sait dans les institutions judaïques. Remontant à la plus haute antiquité, nous les voyons présider déjà aux noces de Jacob (4). Les prophètes ne trouvent rien de plus propre à exprimer la réconciliation de Dieu avec Israël que de la comparer aux transports des nouveaux époux : ce Je me réjouirai avec l'Éternel ; mon âme se plongera dans celte joie divine, comme le nouvel époux encore ceint de sa couronne (se réjouit) avec sa fiancée brillant dans tous ses atours (5). » — « Le soleil n'est ni plus fier ni plus joyeux que le Hathan sortant de la chambre nuptiale (6). » Par contre, quand Jérémie cherche à décrire les maux réservés à Israël dégénéré, il les fait consister dans la cessation des chants et des cris d'allégresse qui accompagnent la procession des nouveaux époux (7), de même qu'il ne trouve rien de plus consolant que le retour de ces manifestations réjouissantes (8). Finalement, et pour donner une idée de cette loi de tendresse, d'affection et d'amour, nous citerons la disposition du Deutéronome en vertu de laquelle le jeune marié était dispensé de toute corvée comme de toute servitude militaire toute la première année de son mariage, afin, dit le texte de la Loi, qu'il se consacre tout entier à l'amour de sa femme (9).
Pour résumer la doctrine, nous montrerons à la droite de l'hymen les trois facultés de la spiritualité, de la pureté, de la sainteté; à sa gauche, les trois sentiments de l'amour, de la
(1) ProT., V, 18 et 19. (6) PiMimes, XIX, 6.
(i) Talmud, Yebarooth, 61. (7) Jérémie, XVI, 9; XXV, 10.
(s) Deatér., XXI, 15; Malachie, II, 14. (S) Jérémie, XXXIII, 11.
(4) Genèie, XXIX, «7. (9) Dentér., XIV, 5.
(5] haie, LXI, 10.
tendresse, de la réciprocité pleine et entière dans la joie comme dans la douleur. Telle est la double série des éléments qui constituent Tunion des époux et doivent gouverner jusqu'à Tacte mystérieux delà génération, véritable lampe perpétuelle illuminant le front des époux comme jadis Tintérieur du tabernacle.