‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 39 sur 71 · Thikoiuiiin · texte numérisé non relu

Thikoiuiiin

(') Isate» XL, 6.

tf méditations. L'amour charnel n'arrive-t-il pas à son pa- <( roxysme pendant le calme de la nuit, quand rien ne vient le (( distraire de son objet? Pourquoi n'en serait-il pas de même a de l'amour divin? II sera, lui aussi, d'autant plus parfait « qu'il disposera souverainement des heures silencieuses et tf nocturnes, les plus propices à ce genre de spéculation (1). <c Cette recommandation s'appuie d'ailleurs sur un texte formel i( d'Isaïe : a Mon âme, c'est pendant la nuit que tu es l'objet a de ma convoitise (i2) »; c*est à toute heure, après tout, la « nuit comme le jour, que le spirituel doit triompher du tem- (( porel. Il va sans dire qu'en cette étude sacrée, c'est la « Kabbale qui tient la tête : ses adeptes comparent la Loi « écrite à l'œuf, la Tradition orale au poussin que cet œuf « renferme ; mais les enfants, les vrais fils, ce sont les initiés « de la science mystique, ne se séparant jamais de leur mère, « c'est-à-dire de l'intelligence divine (3).

« Une dernière condition de l'amour de Dieu consiste dans « le plaisir, la joie et l'empressement qu'il faut savoir ap- « porter à l'accomplissement de sa volonté. La Schéhina, nous « disent tour à tour le Talmud et le Zo'har, ne réside que dans (( un endroit pur et convenable, jamais dans un milieu saturé « de vice, d'imperfection ou de tristesse (4). On sait que Jacob « fut abandonné de l'Esprit-Saint tout le temps qu'il pleurait « son fils Joseph qu'il croyait mort (o). Prenons exemple sur « l'astre du jour qui poursuit sa course, joyeux et fier d'obéir « à la volonté de son Créateur (H). On cite encore le Psaume « où David fait dix fois, nombre égal aux zéphirolh, appel à « toutes les créatures d'entonner un immense i4//e/Mia (7). Telle « serait finalement l'unique occupation des âmes des justes, « qui après leur dégagement du corps périssable, du sein « du nimbe glorieux qui leur sert d'enveloppe éternelle, se « livrent à des actions de grâces sans fin, sous l'invocation

(1) Zo'har, Dcschalla'b, 44. Zo'har, Vaï'hi, 316; Talmud, Beraohoih, 53,

(i) l«aïe, XXVI, 9. (.%) Genèse, LXV, 37.

{^) Thikouoim, 1 et 17. (••) Zo'har, Va-yakbel, 196.

(4) Deulér., XXVIII, 47; Pf , C, 8; (?) Ps. CXL ; Zo'har, Pekoadé.

sainte, «qui est comme toi, ô Seigneur (1]!» On nous fait remarquer que cette joie dont il est question, et qui consiste dans la proclamation intelligente et bien sentie des perfections divines, n'est pas incompatible avec le sentiment de repentir que nous devons éprouver par rapport à Dieu. II n'est pas très-difficile d'associer à celte joie d'être en communication avec l'Être suprême la contrition que doit nous inspirer la conscience de nos imperfections et de nos fautes (2). L'acte de la prière doit tout particulièrement être imprégné de cette joie. Comment, en effet, ne pas éprouver une vive satisfaction quand on est jugé digne de poser la « couronne sur la tête du roi, d'accompagner le triple cbœur « des archanges, de participer au saint office de l'adoration (( céleste (3) ! Généralisant cette pensée, on nous fait observer « que toute bonne action peut être considérée comme un « joyau de cette courourie sacrée, venant augmenter le trésor « royal. Soyons donc également joyeux en pratiquante cha- <( rite, eu songeant que nos actes de bienfaisance nous identi- « lient avec la Schéhina ; exerçons l'hospitalité avec un visage « souriant, certains d'acquérir par là des titres à l'hospitalité <( divine (4). Sachons enlin qu'un visage gai et riant vient « en droite ligne de ce que la Kabbale nomme « le rayonnece ment delà figure céleste (o). » Il est bien entendu qu'en tout « ceci il s'agit d'une joie pure, d'une gaieté interne, d'une joie « qui n'a rien à démêler avec la satisfaction des sens, de cette « joie qui doit être Tûme de nos fêtes religieuses, appelées « pour ce motif jour d'allégresse (6). C'est elle qui, en même temps qu'elle facilite notre union avec Dieu, assure l'harmonie des mondes supérieur et inférieur. Et telle est la puissance de son expansion qu'elle se communique, nonseulement à l'âme se dégageant de la matière, mais aussi à notre corps, à celte chair devenue cadavre qui garde une (( parcelle de son incorruptibilité. C'est ainsi que la joie sainte

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(l) /o*hjr, Thcroama, 143.

[i) Ihid.j 145; ibid,y VaTkra, 8.

[^) Ibid.y 135.

(i) IsaïV, KXIÏ, «; Idra, 1S3.

(s) ProT.,XVI, 15.

(6) Zo'har, Emor ; Tbikonniin, G.

« qui commence par la glorification divine, finit par une sorte

« d'identification de la créature avec le Créateur (1). Opposant

« celle-ci à la joie profane, notre moraliste dit en terminant :

« Autant la joie pure, immatérielle, est méritoire, noble ins-

« Irument de notre perfectibilité, autant la joie des méchants,

« envieuse et sensuelle , est blâmable et une cause de

« perdition (â). »

« L'empressement moral et religieux est ensuite l'objet des

« mêmes recommandations ; mis au service de la piété et de

« la vertu, il a cette double fin d'en multiplier les actes comme

« une bénédiction et do les réaliser avec toute la sollicitude

« qu'ils comportent. Comme témoignage biblique de celte qua-

« lité, on cite le portrait tracé de la femme forte, louée sur-

« tout pour ses soins continus, pour son activité sans re-

« lâche (3). Cet empressement mérite d'autant plus de fixer

(< notre attention qu'il prend sa source dans le noble senti-

« ment delà vénération : car plus on vénère quelqu'un, plus

'< on se montre ardent à le servir, à obtenir son approbation.

« Finalement, le corps ne doit pas rester étranger à l'a-

(( mourde Dieu; il s'y associera par la pureté, symbole de

« la pureté spirituelle; à ce point de vue, les ablutions sym-

« bolisent la pureté des idées, le lavement des mains fait songer

« à la probité et à toutes les vertus, produit de l'activité ma-

« nuelle. Ce n'est pas là une simple fiction, du pur formalisme.

« Grâce à l'indissoluble union qui, pendant cette vie, lie Tâme au

« corps, il y a entre eux réaction continuelle, et l'impureté

« du corps ne peut pas ne pas rejaillir sur l'âme, dans une

« faible mesure si l'on veut, suffisante cependant pour la

« rendre impropre à la résidence de la Schéhina, comme il a

« été établi. Cette assertion s'appuie sur une prescription de

« la Loi écrite : « Quiconque est affecté d'un grave défaut

« corporel est impropre au service pontifical (4). » Mais il va

« sans dire que ces ablutions et purifications devront être ac-

(i) Zo'har, Noa'b, 4; Vafhl, 250. (s) ProT., XXXI, iO, etc.

(â) Reéschiih Ho'bmft, traité de r amour (4) LéTit., XXI, 17, 11 et 35.

de Dieu^ chap. XXL

(( compagnées de certaines pensées édifiantes , sans les-

« quelles elles seraient dépourvues de toute valeur. Aussi

« bien la doctrine mystique professe-l-elle que l'on ne de-

« vient essentiellement pur qu'en s'adonnant à Tétnde de la

« Tbora, par ce motif que la Thora est non-seulement inac-

« cessible à Timpureté, mais encore douée des propriétés ca-

(( ratives et purificatrices des sources d'eau vive (1). Une dis-

« tinction est à faire sur ce point entre la pureté et la sainteté :

« la première s'applique à l'appropriatron corporelle et con-

« siste dans le nettoiement extérieur des membres ; la dernière

« vient remédier aux impuretés, qui n'ont rien de commun

« avec le toucher, corriger les écarts de la vue, de la parole

« et de l'imagination (2).

« Dans cette analyse des éléments qui entrent dans l'amonr

« divin il ne faudrait pas oublier la grâce, ou paur nous servir

« du vocabulaire mystique, le fil de la grâce (-ron te otn), qu'il

« faut bien se garder de confondre avec la doctrine de la

« grâce, telle que l'entend la théologie chrétienne. Loin d'y « voir Tobjet du bon plaisir, pour ne pas dire du caprice de

« Dieu, la Kabbale la déclare inaccessible à tous ceux qui n'y

« tendent pas de leurs propres efforts (3). L'abstinence fait partie

« des moyens qui nous la font acquérir, mais seulement à titre

(( de mortification, sans valeur positive : parfois même elle est

« répréhensible, par exemple quand elle nous prive des forces

« nécessaires aux études sacrées. Il s'ensuit que les vrais

« hassidim (les hommes de la grâce) sont moins ceux qui se

« livrent au jeûne et aux privations que ceux qui s'adoAnent

« largement à la pratique de la charité, sachant opposer le si-

« lence et la résignation à l'outrage, étouffant en eux tout cri

« de ressentiment et de vengeance, consacrant leurs veilles

« aux méditations saintes, portés par Tardent amour de la di-

« vinité à franchir les limites officielles du culte et de la mo-

« raie. Ce sont là les vrais amis de Dieu, glorieux, joyeux,

« heureux, pareils à l'astre du jour à son lever (4). »

(I) Zo'har, Kedoschim, 80; cf. Talmad, (5) TbikOQDim, SO.

Ydoia, fin, et Eroabin, 54. (4) Reésohiih Ho'hma, ohap. XII» «. t.',

(i) Reétchiih Ho*hma, 134. cf. Talmnd, Sohabbath, 88.

§ 5. Conclusion de la théorie mystique de Vatnour de Dieu.

Nous craignons bien, malgré la longaear des extraits et des citations qui précèdent, n*avoir reproduit que bien imparfaitement la théorie de Tamoar mystique, tel qu*il est conçu par la Kabbale. Une chose pourtant en ressortira clairement: c*est que Tamour mystique professé par la Kabbale n'est pas du tout le môme que celui qui est enseignéparle mysticisme moderne. Il est bien moins spéculatif et beaucoup plus pratique; il ne semble guère s'accommoder de ces élans , de ces aspirations déréglées, devenus recueil du quiétisme et de tant d'autres sectes suivant les mêmes errements. Tout en faisant une grande place à la contemplation religieuse, il ne lui permet pas de s'égarer, de s'aventurer au hasard, et se montre jaloux de la renfermer dans le vaste cadre de la Thora, port assuré contre les périls de la navigation sur cet Océan sans fin formé par les mystères de la Genèse. Si, dans ce système, il est souvent question de relation, de fusion et d'identification de la créature avec le Créateur, on a soin de no us éclairer sur les moyens de réalisation. Non, cetamour divin ne s'alimente pas d'un sentimentalisme exagéré et quintessencié ; il veut des actes ; il exige la pureté du corps, la sainteté de l'âme, la glorification de Dieu par nos œuvres, la charité, le pardon des injures, la joie de porter le nom de serviteur de Dieu, l'empressement à contenter ce maître, aussi bon que sage et puissant. Notons surtout, dans Télude à laquelle nous venons de nous livrer, les considérations qui roulent sur la réciprocité d amourentreDieu et l'homme, grâce à laquelle il lui plaît défaire vers nous autant de chemin que nous en faisons vers lui. Or, cette réciprocité est l'un des plus nobles agents de l'harmonie des mondes, de la corrélation du ciel avec la terre, enfin du grand principe de laction et de la réaction constantes entre le spirituel et le temporel, base fondamentale de la'conception kabbaliste. Ce dont il importe surtout de se pénétrer, c'es t de cette idée de la résidence de la Divinité au sein de Thom me«

dans i*âme, dans Tesprit et dans ta conscience de chacun de noas, idée qui remporte sur le spiritualisme le plus élevé. Quant à Faction salutaire que cette thèse de Tamour divin est appelée à exercer sur la morale, elle saute aux yeux. Quelle meilleure garantie à offrir à la conception et à la pratique du bien que de les placer sous Tégide de celui qui est le souverain bien i Quelle parole, quelle exhortation vaut celle qui nous dit: « Si vous faites le bien, vous êtes les amis de Dieu et il est votre ami ; tout acte de piété ou de vertu est un nœud de plus venant fortifier le lien qui nous unii à Dieu ; toute bonne œuvre est payée par une sainte affection; toute noble pensée correspond à une expression de la vérité absolue. » En dépouillant cette remarquable théorie de son enveloppe mystique, en la dégageant de la phraséologie qui lui donne parfois ..un aspect repoussant, on aboutit, par un chemin différent, à la doctrine biblique déjà développée, à savoir que lamour de Dieu est la source du vrai et du bien, en d'autres termes, Tembouchure sicrée où la religion et la morale viennent se fondre ensemble dans la personnalité divine (1).

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