‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 43 sur 71 · CHAPITRE I""'. — De l'union des sexes , du devoir et des · texte numérisé non relu

CHAPITRE I""'. — De l'union des sexes , du devoir et des

conditions de la procréation.

Pour ne pas avoir à revenir sur l'exposé de la morale mystique, nous jugeons à propos de réunir dans ce chapitre les différents enseignements qu'elle nous fournit sur le fail de la

(1) Psaumes, LXVIII, 20. (S) Zo'har, Thëroama, 113.

(3) Zoltar, Besch&ila'h, 63.

114 DEUXIÈME PARTII.

procréation et sar la sainteté du nœad conjagal, bien que ce dernier point, par lequel nous allons commencerf soit plutôt du domaine de la morale sociale.

§ 1*'. De la sainteté du nœud ccmjugal.

a Quand Tunion des époux, dit le Zo'har, se réalise avec les a pensées qui doivent y présider, lorsqu'elle constitue une a sainte copulation, consommée sous les auspices de la Dite vinité, alors le couple humain qui y procède forme un être u unique, complet et parfait. De cette première obligation en « découle une autre, à savoir que Tacte de copulation doits'ac- (c complir dans une union sympathique. Celle-ci exige que « l'homme et la femme, Tépoux et réponse, soient animés « d'un même sentiment noble et pur, ainsi que d'une bien- M veillance réciproque, au point de former un seul corps dans « une seule âme. Qu'on le sache bien, Tacte en question n*est » pas autre chose, en définitive, que la fusion de deux moitiés n tendant à se trouver et à s'identifier. Et quand les conjoints « se confondent dans cette union, plus spirituelle encore que tf corporelle, Dieu réside au milieu d'eux, comme il est écrit : u Soyez saints, car je suis saint, moi, l'Ëternel votre u Dieu (1). » Un fait plus important encore à constater, c'est « que la manière dont les époux procèdent à l'acte de proa création exerce une influence favorable ou nuisible, selon (c les cas, sur le fruit de cette union. D'après la légende mys« tt tique, c'est au moment même de la naissance du juste que » Dieu, appelant range Gabriel, lui ordonne de prendre l'âme « du nouveau-né et de la déposer dans le corps, et l'on c( cite comme exemple la naissance de Moïse. C'est une voix du M ciel, nous dit-on, qui invita son père Amram à s'unir à sa « femme Yo'hebed, en le prévenant de l'approche de l'heure de « la délivrance d'Israël, mission dont serait chargé le fils qu'il M allait mettre au monde. Et Dieu ne reste pas étranger à a l'œuvre de l'enfantement; il y aide en quelque sorte par

(l) Zo'har, Tazria et Kedotohim, 8t.

« l'assistance de la Schéhioa veillant sur la couche des époux

« pieux, et cette coopération divine laisse son empreinle sur

a Tétre à| la génération duquel elle a contribué (1). « Tout in-

tf dividu étant composé d*une partie supérieure et d'une partie

a inférieure, les époux devront bien se pénétrer de cette com-

« bin^son, car en tenant compte de cette double nature, ils

a attireront sur Tenfant qui va naitre de leur cohabitation un

(c rayon de Tesprit saint émanant du trésor de la sainteté (2). i>

« Notre moraliste mystique insiste beaucoup sur Tinfluence

K exercée par Tidée et par les faits intentionnels sur l'acte de

<f (copulation. Autant celui qui ne songe qu'au plaisir charnel

« ressemble à la béte, autant celui qui se pénètre de la spiri-

« tualité de cette liaison, qui subordonne la conception ma-

« térielle à la perception idéale, fait œuvre de sainteté. Il en

« est, à cet égard, delà génération comme de l'alimentation.

a N*at-il pas été démontré que la nourriture du corps pos-

tt sède la faculté de transformation, de se convertir en ali-

u ment spirituel, grâce à la pensée de sanctification qui y pré-

(i sida, sans préjudice de la jouissance corporelle qu'elle nous

« procure? Eh bien, l'union des époux n'est pas un acte moins

(( sacré quand elle s'effectue sous l'empire des idées qui vien-

<t nent d'être développées (3). Heureux donc les justes qui con-

M naissent les voies divines, qui savent se sanctifier et se

« maintenir dans la sainteté! Sachant en tirer parti dans

€ toutes les circonstances, môme les plus profanes, ils engen-

« dreront des êtres marqués au coin de la pureté et de la vé-

« rite : leurs enfants mériteront Tappellation de fruits saints.

« Mais malheur aux impies, chez qui tout est impudique, per-

i( sonnalité et activité ! Ils ne peuvent donner au fruit de leurs

« entraillés que ce qu'ils possèdent eux-mêmes, une âme im-

a pudique, provenant de la sphère d'impureté. Commentant

u dans ce sens un texte des Psaumes disant : a Ne ressemblez

(t pas au cheval ni au mulet (4) », le Zo'har en donne l'expli-

« cation suivante: « N'agissez pas comme les animaux, dont la

(i) Zo'har, Chemiol, 89. (s) Reétobilh Ho'hma, S77.

(3) Zo'lur, 'Haye Sara, 130. (4) Piaornei, XXXII, 7.

c copulation est un acte bestial, dépourvu de toute valeur spia rituelle. L'union du couple humain doit se distinguer par la « prédominance de ce dernier élément (1). Mais, objecte-t-on tf non sans raison, cette pureté, cette abstraction est-^Ue pos- <r sible? est-elle compatible avec Tidentification charnelle? Ne « faut-il pas le désir, la vive excitation des sens, pour la con- « sommation de Tacte copulatif ? C'est encore la physiologie a kabbaliste qui se charge de la réponse, en posant le prin- (( cipe d'une double flamme, u flamme, sacrée et flamme pro- « fane », en rapport avec le double feu de Tautel, « feu da (( ciel et feu du bois de sacrifice (2) ». Il s'agit donc de snbora donner la flamme profane à la flamme sacrée, de maintenir a la priorité de celle-ci sans anéantir celle-là; telle est la règle a de conduite à tenir. Et cette dualité n*est pas une hypoa thèse inventée pour les besoins de la cause : elle est formela lement reconnue par le texte de la Genèse relatant la créa- « tion de l'homme. Cette création était double , suivant a l'affirmation répétée de la Tradition rabbinique et dé la a Tradition mystique, ayant son indication littérale dans le « double youd du mot va-y User (*tx*^r), réunissant en elle la « double force du bon et du mauvais-génie. En ce qui con- « cerne spécialement l'union des époux, on estime que c'est a d'abord le mauvais génie, le Yetzer-Harâa, le désir sensuel, « qui la provoque; c'est à lui qu'appartient l'initiative; c'est « lui qui jette l'homme dans les bras de la femme. Mais, dès «' que celle excitation charnelle a produit ses effets, le Yetzer- « Toh ou le bon génie vient visiler les époux, s'efforce d'a- « moindrir l'influence de la sensation brutale en la remplaçant « par une jouissance plus pure et immatérielle (3).

§ 2. Des conditions qui doivent présider à Vunion

des époux.

H C'est d'abord le silence, élevant l'acte de procréation à la

(l) Zo'har, Kedoschim. 3) Zo'har, Bcréschilh, 49.

(3) Raya, Tzaw, 33.

LA MORALE MYSTIQUE. iH

« hauteur d'un mystère. A cet effet, on le compare à la prière

« qui doit être faite à voix basse, parle simple mouvement

« des lèvres, et celle prescription s'appuie sur des textes bi-

a bliques: c'est d'abord l'exemple deHanna, dont la voix sup-

« pliante n'était entendue de personne (i) ; c'est ensuite la

tf description qui nous est faite du char céleste vu par EzéchieK

« et où les saintes Baioih <t se tiennent immobiles, sans trahir

a leur présence même par le moindre frémissement de leurs

« ailes (2) ». Une autre condition, c'est que la copulation se

« fasse chair contre chair, car il est écrit dans la Genèse :

(c L'homme doit adhérer à la femçie de façon à ne former

a avec elle qu'un seul et même corps (3). C'est, du reste, la loi

« de toute union sainte d'être directe, immédiate, afin de

a réaliser la fusion des personnes qui en sont les acteurs. Par

M application de celte même loi à la prière, nos maîtres nous

« enseignent que, pendant cet acte de foi, rien ne doit se

« trouver entre nous et le Aiur, c'est-à-dire entre le fidèle et la

« Schéhina à qui il s'adresse (4). Invoquant le fait de la for-

f mation de la femme, faite d'une côte dérobée à l'homme, on

(c nous fait remarquer que c'est par suite de cette extraction

a que l'homme devient un être complet, matériellement et

« même spirituellement, attendu que dans le principe, les

« âmes procédèrent par couple, l'âme mâle et l'âme femelle

« marchant de pair et ne se séparant qu'au moment de leur

tt entrée dans l'existence terrestre. Or, grâce à l'acte de copu-

a lation, cette séparation forcée est de nouveau remplacée par

(( l'unification des âmes sœurs. Il s'ensuit que cet acte aboutit

« non-seulement à l'identificalion des corps, mais encore à

« celle des âmes. Envisagé à ce point de vue, il nous explique

« l'intervention de la Schéhina dont il a été question déjà,

« jalouse de participer à une œuvre ayant pour objet le réta-

« blissement de l'harmonie primitive (5). Une dernière recom-

« mandation, c'est que cette union s'effectue face à face ; man-

(f) I Samiiél, I, 15. (3) Gen^ie, II,t4.

(9) Ézéchiel, 1, 34 et 35 ; Zo*h«r, Beré- (4) Tbikoanim, 58.

ichUb, 49; Va-ethannan, 369; Thikoo- (5) Keétchith Ho*hma, 179. nim, 2f.

« qner à cette condition, ce serait porter atteinte à Tintégrité « de l'alliance charnelle, intégrité fondée sur la contemplation (( respective des sexes (1).

S 3. Z)u rôle réservé à la femme dans Vacte de copulation.

« Pour réaliser la sainte union des époux selon tontes les

« conditions qui viennent d'être énumérées, il est indispen-

« sable d'avoir affaire à une femme capable d'en comprendre

« la haute signification et de s'y conformer. Telle est la femme

(( intelligente que le sage appelle « un don du ciel (2) ».

« Comment la femme est-elle un don céleste ? demande la

« Kabbale. C'est qu'avant la naissance des conjoints il est

« proclamé, nous allions dire affiché dans le ciel, qu'une telle

a est destinée à un tel : à chaque homme est dévolue une

« femme selon ses mérites. Il arrive cependant que, par suite

« d'une mauvaise conduite, l'homme est privé de la compagne

« qui lui était destinée, et que sa promise passe à un autre

« jusqu'au moment où, revenant à une conduite meilleure, il

a recouvre ses droits primordiaux. Dans ce cas, celui qui lui

« a été substitué temporairement est condamné à disparaître à

ff cause de son usurpation, bien qu'inconsciente, des droits

« d'autrui. Mais c'est une chose grave, grave même pour Dieu,

« que de sacrifier un homme à un autre homme. En ce qui

« concerne la femme indigne, coupable, éhontée, jamais elle

a n'est octroyée directement par Dieu à quelqu'un, par cette

« raison que le mal ne peut émaner de la source de tout bien.

« Elle provient, au contraire, d'une source impure, ayant des

« affinités avec Thomme impur, suite inévitable de la liaison

<c fatale qui s'établit entre le pécheur et le génie du mal (3).

« Des considérations qui précèdent on tire la conclusion que,

« pour conquérir une femme émanant de la bonne source,

(( l'homme doit savoir la mériter par la pureté et la sainteté

€ de sa vie. Avant tout, il importe qu'il se préserve de la

(1) Zo'har, Pekoadé. S59. (3) Zo*htr, Vtfhi, SS9.

(«; ProT., XIX, 14.

« luxure et des liaisons immorales, attendu que ces vices, se,

c personnifiant dans la compagne qui lui échoit, se repro-

« duisent ensuite dans les fruits de cette union maudite, de

« ces croisements illégitimes (d*^^^), qui ne peuvent que mal

« tourner à cause de leur origine souillée.

§ 4. Des fautes et violations à éviter dans Vacte

de procréation.

<c La faute ou, pour mieux dire, le crime capital, irrémis*

<f sible, c'est celui qui s'attaque à la source même de la gêné»

« ration, en stérilisant la semence vitale pour la jeter à tous

n les vents. Tel était le crime du genre humain au moment du

a déluge, et la cause de Tarrét de mort et de destruction pro-

« nonce contre lui. L*bomme qui se livre à cette violation de

« la loi de la nature est appelé foncièrement mauvais (an) ; il

« est censé fournir des aliments aux esprits impurs et se rend

« inaccessible l'entrée du paradis. Gomment oserait-il affronter

« le regard de la Scbéhina, lui qui cherche à l'expulser de ce

« monde? Il reste lié, indissolublement lié à Tesprit du mal,

« qui ne le lâchera plus (1). De tous les crimes que Ton puisse

a commettre en ce monde, est-il dit encore, le plus odieux

« consiste dans cette déperdition volontaire de la matière gé-

<( nératrice, de quelque façon que Ton s'y prenne. Heureux

«r celui qui sait se préserver d'un pareil méfait (9). Quand il

c plaira à la volonté divine d'opérer la résurrection des morts,

« il en refusera le bénéfice à tous ceux qui, par ce vice honteux,

c se sont souillés eux-mêmes et la terre qu'ils habitent; ils ne

<c seront pas plus épargnés que les contemporains de Noé , ils

« subiront le même sort (3). Ce qui fait l'énormité de ce

a crime, c'est qu'il dépasse les proportions d'un homicide or-

a dinaire, en ce que son auteur tue non pas un ennemi ou

« un étranger, mais ses propres enfants, le fruit de ses en- Ci) Zo'har, Berétohilb, S6. (s) Zo'bar, No'ah, 69. (t) nu,, Vt-yakhel, 188.

ISO DEUXIÈME PARTIE.

« traillcs. C*e8t pourquoi la rémission de ce pëchë ne s'obtient « qu'après une pénitence sincère et des plus dures (1). On conft çoit que le châtiment d'une faute« objet d'une si vive répro- « bation, occupe une place considérable dans la description de (( l'enfer mystique (2). Il s'étend, ce châtiment « même à la « cohabitation avec la femme légitime dont la stérilité serait « notoire. Déposer la semence vitale dans un corps impropre « à la fécondité, c'est la dénaturer et, par suite, attirer sur soi a la malédiction d'en haut (3). N'oublions pas de noter ici a une nouvelle application du principe directeur de la Kabbale, « nous voulons dire le principe de l'harmonie des mondes « supérieur et inférieur, en vertu duquel toute violation tera restre constitue un crime de lèse-majesté divine, et toute c faute matérielle un bouleversement dans les cieux, résidence « de sa gloire. C'est ainsi que la sève procréatrice détournée « de sa voie provoque le détournement, la déviation de l'épan- « chement des grâces célestes, forcées par notre faute de se « déverser sur un lieu et sur une semence souillés (4).

« Après le péché de la semence vitale volontairement dissi- « pée et perdue vient celui de la fécondation opérée dans un ce sein impur, soit de la femme atteinte de la roenstrue, soit « d'une non- Israélite, libre ou esclave, soit enfin de la cour- « tisane. Ces prohibitions sont ingénieusement rattachées à c un texte des Psaumes, ainsi conçu : « Ceins ta hanche de ton tf épée, ô vaillant guerrier! Là est ta majesté, là ta magni- « ficence (5) » . La hanche ou le flanc, c'est le signe de l'alliance <c d'Abraham, qu'il importe de préserver de tout contact impur, « et voilà ce qui fait le vrai héros. La récompense sera im- « mense; il jouira du vêtement dont Dieu aime à s'envelopper «e lui-même, vêlement fait de gloire et de magniticence (6)! u Allant plus loin encore dans cette voie de la sainte retenue, tt la doctrine mystique frappe de réprobation toute union qui « n'aura pas été sanctifiée par l'intervention religieuse, ce qui

(I) Zo'bar, Vafhi, tf9. (4) Re^bith Ho'hma, S88.

(t) nu., Vft-yakhel, t9B. (5) PiMinea, XLV, 4.

(5) Ibii., Pekoadé, Héhoi S, S6S. (6) Zoliar, B«aohalit*h, 60.

LA MORALE MTSTIQUB. 421

« est déjà la condamnation indirecte de l'adultère. Voici com- « ment le Zo'har s'exprime là-dessus : « Quand les sept bénéa dictions de la consécration nuptiale ont été prononcées sur « la tête des époux, ceux-ci sont dès lors unis par un lien divin, ft Cohabiter avec la femme d'autrui, c'est rompre cette union « céleste, c'est renier Dieu et l'ange gardien d'Israël (^«*ii»'» nwa), a c'est tomber dans Timpénitence finale. Que l'on songe ensuite a à ceci : de cette union maudite peut naître un enfant, et alors a Dieu est forcé, s'il est permis de s'exprimer ainsi, de parti- « ciper à ce crime, c'est-à-dire de le douer d'une âme et des a autres attributs spirituels qu'il ne saurait raisonnablement a refuser à ce produit adultérin (1) I d Voici maintenant ce que (( nous y lisons au sujet des unions avec des non-israélites tt (appelées aujourd'hui des unions mixtes) : a Celui qui con- « tracte une liaison avec une femme idolâtre se contamine et a communique sa souillure à l'enfant qui est le fruit de cette c union, bien que le père ne soit nullement impur de sa pera sonne. C'est l'impureté de la femme qui, se communiquante « lui, s'inocule ensuite à leur rejeton, et l'acte de copulation « qui devrait être un sacrement devient ainsi un acte d'idoa latrie, une profanation de l'alliance d'Abraham, appelant « sur ses auteurs la vengeance divine (2). Or la violation de « cette sainte alliance imprimée dans la chair provoque l'a- 0 bandon de Dieu, comme l'affirme le Prophète (3) : « Qu'est- « ce qui cause cet abandon de Dieu? c'est la profanation de ce tf signe de la consécration charnelle par son introduction dans a un corps impur que le même prophète qualifie àe « citerne « fêlée (4) », par contraste avec la femme pure et religieuse, « nommée « réservoir d'eau pure ». A ce sujet on invoque l'un « de ces textes remplis de mystère de la seconde version de la « Genèse : a Un fleuve, y est-il dit, sort de l'Ëden et arrose « tout le paradis : de là il va se répandant au dehors, rempli»- « sant ce que la Kabbale appelle le puits d'eau vive, irrigant a les régions supérieures et inférieures, aux termes de cette

(i) Zo*har, Chemini, 44. (5) Jërémie, II, S8.

{%) Ibid., Haye Sart, 151. (i) Ibid.

« description du paradis terrestre (4). Hais il importe de con- (( stater qu'il y a tout un ordre de créatures inaptes à être 9 fécondées par cette source bienfaisante et sacrée. Et voilà « comment tous ceux qui se mettent en contact avec ces citernes •' filées^ impuissantes à retenir les eaux pures, perdent le béné- M fice de la fécondation sainte, contrairement à ceux qui, sa- « chant en apprécier la valeur, s'efforcent de la sauvegarder et i< méritent d'en jouir éternellement, de cultiver c ce jardin bien c arrosé qui n'est jamais déçu par ses eaux (2) ». Mentir par c le signe sacré, dit-on encore, c'est comme si Ton mentait « par le nom saint; malheur à celui qui commet cette double « violation (3) ! » Passons maintenant à la réprobation inflia gée par la Kabbale à toute liaison contractée soit avec une « païenne soit avec une courtisane: « C'est là,. dit-elle, une « trangression qui n'est pas sans analogie avec Tune des « violations du Sabbat, avec celle qui consiste dans le trans* « port d'un objet quelconque du domaine privé dans le domaine « public. C'est comme si l'on tentait de déraciner l'arbre de vie « pour le transplanter dans une terre profane. Subissant la (C peine du talion, l'âme de ce profanateur sera expulsée de son c domaine et condamnée à errer dans celui de l'amertume. Ce « sont les promiscuités de ce genre qui valurent à Israël son « expulsion de la Terre sainte et sa dispersion dans le monde, « c'est-à-dire son passage du domaine privé dans le domaine (( public. Féconder le sein de la femme dans l'état d'impureté, « ou de la païenne, ou de la courtisane, ou bien de l'esclave « non affranchie, c'est violer le deuxième commandement du « Décalogue, se faire des images taillées, et la fille qui naitra « de cette union impure et criminelle sera « celte divinité en a fonte, élaborée secrètement i>, objet de la première des malé- « dictions légales (4) ».

Terminons cet exposé par une citation qui résume la doctrine mystique en matière de prohibitions conjugales, souvent invoquée par tous les moralistes qui traitent le même sujet :

(I) Genèie, II, II. (3) Zo'har, Vt-elhauia, S66.

(t) Jér^mie, XXVIII, n (4) Dénier., XXVII, 13; TUkouiUi, S8.

a II est trois sortes de criminels qui chassent la Schéhina « (majesté ditine) de ce monde, empêchent la divinité de fixer c sa résidence parmi les hommes, frappent d'impuissance les prières et les invocations des fidèles. C'est, en premier lieu, la cohabitation avec la femme impure, pendant la période de la menstrue. Cette impureté est des plus pénétrantes, des plus subtiles, remportant sur toutes les autres, souillant tout ce qui en approche, faisant reculer devant elle la Schéhina, <c attirant la malédiction d'en haut sur les instruments comme ( sur les produits de cette liaison, inoculant son virus à toutes les branches qui s'en détachent et les poursuivant comme d'un éternel châtiment. N'est-ce pas de la même façon que la racine impure atteint l'arbre qui sort d'elle dans ses rameaux les plus éloignés? Et puis, l'Écriture ne nous K dit-elle pas formellement: « L'impureté de la femme saute sur celui qui se met en contact avec elle (1) »? Vient ensuite, en second lieu, la liaison contractée avec une femme idolâtre, liaison qui excite la jalousie et la vengeance divine, par ce motif que Dieu tient essentiellement à l'intégrité de la sainte alliance, d'où dépend en quelque sorte celle du nom (c ineffable liii-même, ainsi que le mystère de la foi ayant son « accomplissement dans l'union charnelle. Nous en avons « d'ailleurs l'exemple frappant dans le terrible châtiment qui « frappa tpus ceux qui se livrèrent à la débauche avec les filles « de Moab, où Dieu ordonne à Moïse de faire pendre les cou- « pables en face du soleil (2). Qu'est-ce que le soleil a à faire « ici? Il y figure comme symbole de la sainte alliance d'Abra- « ham : elle est appelée soleil^ parce qu'à l'exemple de l'aslre « du jour, elle est une lumière éclairant de son rayonnement « tout notre corps. C'est dans un sens analogue qu'elle s'ap- « pelle bouclier (3), servant de bouclier, c'est-à-dire d'arme « défensive, à celui qui la respecte, et le préserve des fiéaux et « des mauvais accidents. Un autre enseignement qui découle « de cet événement historique que nous venons de rapporter,

(0 L<Tii., XV, t4. 1*1^5 rmna vrm. (s) Ptaumei, lxxxiv, it.

(s) Nombre!, XXV, 4.

134 OEUXIÊMB PARTIE.

« c'est que la responsabilité des mauvaises mœurs, de la chasa teté violée, retombe sur les chefs spirituels qui ne feraient (( rien pour en arrêter les ravages, Dieu ayant ordonné à son « envoyé d'infliger ce châtiment aux chefs du peuple (1). En- « core un coup, violer le signe d'alliance, c'est renier le nom « ineffable, détruire le cachet du roi, commettre le crime de a lése-majesté divine ».

« Enfin le troisième crime par rapport à l'union des sexes tf consiste dans le fait de rendre cette union improductive « sciemment, de dessein prémédité, en frappant de stérilité « l'oeuvre de la conceptualité. N'y a-t-il pas dans ce fait un « véritable renversement de l'œuvre de Dieu, un meurtre, un <c infanticide? Celui qui s'en rend coupable mérite trois fois la « mort : il a tué son enfant, il a démoli, anéanti le fruit de la f création, chassé une âme qui, privée de son corps, est cona damnée à errer, inquiète et troublée, au sein de l'espace. <c C'est là un crime contre nature, exerçant une fatale influence <c sur la décadence du genre humain. C'est une violation qui, a s'il est permis de s'exprimer ainsi, fait verser des larmes à « Dieu, le force à se retirer du sein d*une société abhorrée, « foyer de vice et de corruption (2). Une profanation de ce a genre a son contre-coup dans les mondes supérieurs, de « même que la rigoureuse observation des conditions de la a sainte alliance constitue une sorte d'aimant qui attire à lui a les bénédictions d'en haut et d'en bas (3). Il n'y a pas jusu qu'aux pollutions involontaires [^^p nKsita] qui ne soient ence veloppées dans cette réprobation, par ce motif qu'elles ne « sont presque jamais entièrement inconscientes, provenant u généralement de pensées libidineuses caressées par nous « pendant le jour, et qui produisent ensuite leurs effets pence dant la nuit. Voici les termes mêmes dans lesquels la Kaba baie développe cette thèse : a Quand l'homme se souille icia bas, l'œuvre de contamination se poursuit et s'achève en « dépit de lui-même. Le souffle impur de la terre provoque le

(l) Nombre!, «. « (3] Zo'htr., Vt-ért, 17.

(3; Zo'har, Sohemoth, S.

« souffle impur d'en haut, lequel est pour ainsi dire convié à « venir s'abattre sur ce monde. Cette autorisation pourtant ne a lui est octroyée que lorsque Tesprit de sainteté a vidé les « lieux et que Thomme reste désarmé contre Tesprit d*impu- « reté. Mais celui-ci ne vient pas seul ; il se fait accompagner « du châtiment, et Tbomme subit alors leur double et perni- « cieuse influencé. Dans cette conjoncture, il se passe quelque a chose de pareil à ce qui arrivait dans la Terre sainte par « rapport aux maisons frappées de la lèpre : Quand Tesprit tt impur prenait domicile dans une maison et qu'il plaisait à a Dieu de l'en déloger, comments'y prenait-il? Il frappait cette a maison de lèpre ; une sorte de duel s'engageait entre ces deux « impuretés; et lors même que la dernière parvenait à chasser (c la première, elle ne lâchait prise qu'après la démolition de « la maison atteinte : mur, pierres, boiserie, tout devait être ft jeté à bas. Eh bien , c'est absolument la même chose qui a arrive lorsque l'homme attire sur lui Tesprit impur. Dès a que Dieu a résolu de purifier le monde, il exhale un souffle a puissant appelé a principe de justice », il le lance contre l'esa prit impur, les fait combattre ensemble jusqu'à ce que celui- « ci succombe et disparaisse. Mais ce principe de justice ou, i< pour mieux dire, le châtiment, ne quitte la place qui lui a (( été assignée qu'après avoir accompli son œuvre de destruca tion, en brisant le corps qui a servi de résidence à l'esprit a impur. C'est alors seulement que l'esprit de pureté recouvre « son empire et fait disparaître jusqu'aux derniers vestiges de (c la souillure intellectuelle et morale. Tout cela se trouve ré- « sumé dans l'aphorisme : a Celui qui se jette dans la contamine nation sera servi à souhait (1). « Notre moraliste mystique « croit pouvoir en étendre l'application à l'impureté involon- « taire, puisqu'on semble nous dire assez clairement qu'il n'y a a pas de souillure involontaire, en ce sens qu'elle n'est toa lérée par le génie de la sainteté que tout autant qu'elle est a le produit plus ou moins spontané de notre intention. Or, « ces pollutions provenant habituellement de pensées iibidi-

(l) Zo*lur, Metzora, 55.

« nenses on bien d'an commerce trop fréqu^ul avec les femmes, tf il n*y a qu'à fair ces causes pour se soustraire à leurs effets. « Il est vrai d'ailleurs que ces causes ne sont pas les seules; I on y ajoute d'autres encore, notamment la tiédeur apportée « à Tétude de la Thora, la négligence et la mollesse qui pré- « sident si souvent à l'accomplissement des prescriptions du « culte (1). Quoi qu'il en soit, le meilleur moyen de les éviter a toutes, c'est d'abord le mariage précoce, le soin de jeter une u semence pure et virginale dans un sein propre à la féconder, € de procéder à la sainte œuvre de la procréation dans la jeuci nesse et la plénitude de ses forces. Cesi ensuite l'étude sé- « rieuse de la Loi divine qui, selon les cas, est un préservatif « ou un réactif contre les tendances de la chair, sans préjudice (i d'autres moyens que nous nous abstenons d'énumérer, parce « qu'ils ne sont pas en rapport direct avec notre sujet. »

CHAPITRE YIL— De Tinfluence attribuée au nom ineffable ou tétragrammate par la morale mystique.

Pour achever cette esquisse de la morale mystique, il nous reste à faire l'exposé sommaire du rôle qui y est réservé au nom ineffable, au saint tétragramme que nous avons étudié ailleurs au point de vue dogmatique (i). Nous nous bornerons à quelques citations qui, tirées des différentes parties du monument de la Kabbale et groupées ensemble, jetteront quelque lueur sur l'étendue comme sur la profondeur de cette influence mystérieuse.

§ 1" Les textes qui constatent cette influence.

(c Le lélragramme est la source de tous les noms (3). Le a tétragramme est l'âme des mondes, s'y faisant sentir en a proportion de leur degré de pureté, les parcourant de son

(1) Reéschilh Ho'hma, 298. (3) Zo'har, Miscbpadim, dUcoort do Saba.

(i) Voy. notre Théodicée, 3f 1-316.

(( souffle divin, toat-puissant dans les régions immaculées, o mais à peine perceptible sur cette grossière croûte terres- « tre (1). Le tétragramme, tout en ayant sa résidence dans les « sphères des éternelles sephiroth^ dans les mondes de Témau nation et des archanges, exerce son action sur notre misé- «< rable globe et s'insinue jusque dans les moindres parties «( dé rorganisme humain. Â cet égard, il n'esl pas sans im- ' portance de remarquer que ses quatre lettres constitutives, « yod, hé, waw, hé, sont en rapport avec les quatre éléments << qui entrent dans la composition de tous nos membres, c( savoir: peau, chair, nerf et os (2). Lorqu'on dit avec la « philosophie mystique qu'il n*y a dans Tespace un seul point (( vide de la présence de Dieu, ou bien avec Moïse : « Sache « que TËternel est Dieu dans le ciel en haut et sur la terre en « bas 9, ou enfin avec le prophète : « TUnivers est rempli de « sa gloire (3) », c'est bien du tétragramme qu'il s'agit (4). (( Voici maintenant la conséquence qu'on tire de ces prête misses : Puisque le tétragramme est partout, qu'il est, pour « ainsi dire, gravé dans chacun de nos membres, tout mal, a toute faute commise par n'importe lequel de ces membres, « est une atteinte portée à l'intégrité de ce saint nom. Pour « nous donner une idée sensible de cette toute-puissante in- (( fluence du tétragramme sur le mécanisme humain, on en <c fait correspondre les quatre lettres sacramentelles avec les (( quatre couleurs dont les nuances sont apparentes dans la « partie chevelue, dans les yeux, dans le visage et dans la K configuration de l'oreille (?). Au moyen d'un autre procédé, «' purement littéral, et qui consiste dans la conversion alpha- « bélique appelée « Âth-basch (un hk) », les deux premières a lettres du nom saint sont remplacées par les lettres mem « (^) et tzadé (at), qui, jointes aux deux dernières, forment le H mot Miizwa ^i-a, commandement]. Ce qui importe ici plus '( que le procédé, c'est la conclusion que l'on en tire. Quelle (( est cette conclusion ? Que le lien invisible qui met le télra-

(I) Reéschilh Ho'hma, 11. (3) Dentér., IV, 39; Itile, VI, 3.

(3) Thikouné Zo'har, 130. (4) R«Ia Mehimna, Bd» 4S.

BUXIÊMB PARTIE.

gramme en rapport avec noire organisme se résome dans le commandement religieux, en ce sens que le premier semble dire à chaque rouage du mécanisme humain : « Accomplis on commandement de Dieu, réalise une bonne œu?re ». Et il s'ensuit que tout membre qui néglige ou viole la prescription qui lui incombe provoque Téloignement du nom ineffable (1). Le tétragramme est ensuite considéré, grâce au nombre des lettres qui le composent, cçmme le générateur des quatre éléments de Tancienne physique, « feu, air, eau « et terre », des quatre métaux principaux, « or, argent, airain « et fer », enfin des quatre points cardinaux, « nord, sud, est a et ouest (S) ». Le tétragramme, plus ou moins bien compris, « ne fait pas seulement la joie de Tàme ; il sert aussi de pré- « servatif au corps, étendant sa bienfaisante et mystérieuse a influence même sur le cadavre, auquel 11 communique une « parcelle de son incorruptibilité (3). «Le tétragramme est « ensuite le principe de la sainteté, formant avec les deux « autres noms de Dieu, Éhié {trrwa) et Adonaï (*Q^), cette « sainte Irinilé qui correspond à la triple dénomination de « rame (Nephesch, Roua'h, Neschama). Le tétragramme, par « suite d'une autre opération de Texégëse mystique, se divise «en deux parties, les deux premières lettres figurant la « crainte et Tamour de Dieu, c'est-à-dire le culte intérieur, f( les deux dernières renseignement religieux et la pratique « du culte, c'est-à-dire le culte extérieur. De cette division (( fictive on déduit la supériorité du premier sur le dernier, a et l'on arrive à cette conclusion remarquable, à savoir que « la pratique extérieure qui ne se réalise pas sous l'inspirac tion de la crainte et de l'amour de Dieu est répudiée par le (( nom ineffable (4) ». Le tétragramme est une source de c sanctification pour la pensée, à tel point qu'il suffit de se « pénétrer de l'idée, si souvent exprimée dans <a Kabbale, que « le saint nom laisse sa divine empreinte sur l'ensemble

(i) Zo'har, 131.

(2) Iltid., Va-éra, 23.

(3) Ibid., Noa'h, 4; VaX'hi, S50.'

(4) Zo'har, Miketz, 196; Thikoaolm , 130 et 131; Rata, Piaelias.

« comme dans le moindre détail de la constitution humaine, (( et puis de cette vérité que le matériel et le corporel ne sont « jamais entièrement séparés en noas de l'immatériel et de w l'incorporel, pour s'élever sans effort à la conception de la « pureté et de la sainteté spirituelles. De là toute une théorie a de parallèles et de comparaisons entre le corps humain et a la valeur numérique du nom tétragrammate (1). Le tétra- « gramme est aussi le promoteur de la parole, de la parole (( qui lui est formellement attribuée par l'écriture, dans ce « passage : « Qui a fait la bouche à l'homme?... c'est moi, « VÊternd [i)ïi. Pour ce motif, on le met aussi en rapport a avec les cinq organes de la parole, « gorge, gosier, bouche, « langue, dents (3) t. La conséquence de ces analogies est « éminemment morale ; et il faut d'autant plus sanctifier sa ce bouche et ses lèvres que, bien plus que les autres membres, a elles sont porteurs des insignes du nom sacro-saint. Par le a môme motif, c'est manquer au tétragramme que de mentir ; « ce dernier point est encore établi par un procédé de la « guématria que nous {croyons pouvoir nous dispenser de re- « produire ici (4). Quant aux subsistances et à l'alimentation a universelle, leur directeur est le nom de schadaï (*tn^ expria mant la suffisance et la capacité), qui, à cet effet, vient se « substituer an tétragramme (5). Celui-ci toutefois ne reste « pas étranger à ce soin matériel ; il y concourt au moyen « des quatre bénédictions composant la prière après le repas, « entretenant un double rapport avec les quatre lettres <i sacrées d'un côté , avec les quatre éléments corporels de u l'autre (6). L'union des sexes elle-même, nous l'avons vu « déjà, est également placée sous les auspices du tétra- « gramme, de manière que la copulation purement charnelle, (K privée de toute sainteté d'intention et de pensée, n'est rien « moins qu'une atteinte portée à l'une des quatres lettres tt sacramentelles, à la première, qui reproduit la forme de

(1) Thikoonim, 150, 58; liT; Thikoun, (4) RaU, Pine'hai, 71.

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