Zo*har, Varhi, t
(i) Eiode, IV, 11. (t>) Ibid., Piae*liM, «44. (s) Voy. le Sepher TeUira.
« ralliance d'Abraham (1). Mais le tétragramme ne se met « en rapport avec Torgane de la génération que tout autant c qae Talliance d'Abraham est sauvegardée, observée dans « tontes ses conditions ci-dessns énoncées; car, aussitôt qn*elle « est violée, le nom saint s'en va pour faire place à Satan, « dont le venin et l'impureté viennent se substituer à la bien- « faisante influence du tétragramme. Aussi la violation des « prohibitions d'union et de mariage est-elle qualifiée de « contamination du sanctuaire de Dieu (2).»
$ 2. Esprit de ces textes de la théorie tétragrammatique.
Ces citations, que nous n'avons pas voulu multiplier outre mesure , suffisent pour nous donner une idée de l'immense place occupée par le nom tétragrammate dans le système de la Kabbale. Ce n'est pas que la doctrine mystique soit seule à constater cette influence mystérieuse; nous avons vu la Tradition régulière y rendre également hommage, professer la même vénération, jointe à un sentiment de saint effroi, pour le nom séparé^ le nom par excellence (t9*ii&sn tim) (3). En traitant cette matière au point de vue dogmatique, nous avons pu nous-méme nous convaincre que le nom ineffable n'a rien perdu de son prestige en passant par la filière des trois cycles. Mais il appartenait à cette dernière forme de la Révélation, au mysticisme, de donner à l'expression de cette théorie une forme originale. Rien de plus raisonnable assurément, rien de plus conforme au véritable esprit religieux, que de mettre le nom de Dieu en dehors de nos habitudes de familiarité , et partant d'irrévérence. Si c'était là Tunique motif de cette exaltation du tétragramme, il faudrait encore y applaudir; mais elle se justifie en outre par la profonde signification attachée à ce nom, exprimant, ainsi qu'il a été démontré (4), Tétre, l'éternité, l'abstraction, c'est-à-dire les attributs essentiels de la divinité, et puis nous laissant entrevoir la spiritualité au
(1) Thlkonnlm, 105. (S) Voy. notre Théodieée, p. 3I1-3S8.
(9) ThikoonUn, 64. («) bid., lœ. eU.
sein de la malière, grâce aax quatre lettres , plutôt voyelles que consonnes (1) qui le composent. Aucune langue , nul idiome parlé ne fournil une dénomination aussi appropriée à la notion de Dieu. Si jamais une représentation quelconque de rÊlre suprême pouvait être permise , elle trouverait son expression relative dans la conQguration du tétragramme, environné d'un nimbe glorieux, tel que Tart essaye de nous le retracer. Par son essence, par sa forme comme parle fond, qui va se perdant dans Tinsondable mystère de Tintini, le tétragramme est admirablement fait pour exprimer le rapport de Tesprit avec la matière. Il n'en faut pas davantage pour nous expliquer le motif du choix qu'en a fait la Kabbale comme type de Tubiquité. Soutenir , comme elle le fait avec tant d'entrain et de conviction , que le tétragramme est partout , dans notre stature , dans nos organes , dans tous nos membres , dans nos moindres articulations, qu'est-ce autre chose, après tout, que proclamer la fluidité du principe divin, que axer les véritables conditions de la spiritualité, que reconnaître, en définitive, que, loin de se localiser, elle est répandue dans tout notre être, que tous les rouages du mécanisme humain sont autant d'agents intellectuels, les organes physiques aussi bien que les facultés de l'âme ?
Sachons donc démêler l'idée vraie sous la phraséologie mystique, et rendons hommage à une conception que le spiritualisme le plus exigeant ne saurait dédaigner. Gardons-nous bien de prendre le change en confondant la grandeur du résultat avec les combinaisons par trop littérales élevées par les kabbalistes sur le nom tétragrammate. Ne serait-il pas vraiment étrange que ce nom, à la signification multiple , à la compréhension immense, aux profondeurs inconnues, le seul qui soit digne de servir d'enseigne, si l'on peut dire ainsi, à la divinité, eût moins d'influence sur notre direction que les reproductions plastiques du paganisme et du christianisme ? Quoi ! une image mutilée, une pierre mal taillée, seraient de nature à entretenir au sein de l'humanité les notions d'omnipotence,
(0 Ibid.; Khozari, livre IV, ii<» 43.
d'inflni, et ces quatre lellres, symboles de rimmeasilé et de réternité , ne nous diraient absolument rien ! Quoi ! inférieur au polythéisme, qui se vante d'avoir donné de la fixité à ces indéGnissables vérités par la représentation matérielle parfois délicate, plus souvent grossière, de son idolâtrie, le monothéisme serait réduit à l'impuissance de communiqner avec les sens ! Frappés sans doute de cette objection, des inconvénients de ce contraste qui pouvait nuire jusqu'à un certain point non pas au dogme lui-même, mais à la propagation, à la vulgarisation de Tunité de Dieu, les organes de la Kabbale jugèrent à propos d'obvier à cet inconvénient en traçant autour du tétragramme cette sainte et brillante auréole dont nous avons exposé les différents points, mais en se gardant bim d'en faire un objet d'idolâtrie. S'ils nous montrent partout le nom ineffable, dans la Genèse organique aussi bien que dans les grandes catégories morales, c'est pour nous dire : « Dieu est partout; il imprègne de sa pure essence tous les êtres , colK'ctifs et partitifs. Offrez-lui donc partout vos hommages et vos respects; honorez-le dans voire individualité comme en pleine société, par votre sainte activité non moins que par vos occupations profanes; reconnaissez son influence universelle; inclinez-vous partout et toujoursdevanl lui. Aulieuetàlaplacedes signes par trop matériels inventés par les fondateurs d'autres cultes, mais plus propres à matérialiser Dieu qu'à spiritualiser l'homme, vous avez le nom tétragrammate, soleil et bouclier, habile à vous éclairer et à vous préserver, en possession d^une double influence, sensible et mentale à la fois. Ce nom sera pour vous le meilleur des talismans, un talisman incorruptible et immuable; mais qu'il ne devienne jamais pour vous un talisman matériel, car, en le réduisant à la condition d'amulette , vous le découronneriez. Prétendriez-vous tirer du nom du souverain maître de Tunivers les vertus des plantes médicinales ou de certains minéraux? Non, vous perdriez tout le bénéfice de ses avantages moraux le jour où vous en dénatureriez l'efficacité. Qu'il soit l'objet constant non pas tant de vos adorations que de vos méditations et de vos saintes aspirations. »
Sans nous prononcer (nous n'avons pas celte lémérilé) sur la valeur de la Kabbale pratique (n'»'^ii3ra ï^î'^P), laquelle a précisément pour but ce fonctionnement matériel des appellations du saint nom, il nous sera permis de conjecturer qu'elle appartient beaucoup plus à la théurgie, qui joua un rôle si important lors de la cbute du paganisme, qu'aux inspirations directes du mysticisme traditionnel. A.u surplus, nous avons vu le grand docteur lui-même protester énergiquement contre cette tendance et en flétrir les abus au nom des vrais principes (i). Tenons-nous-en, par conséquent, à la Kabbale théorique ; dégageons l'idée de la forme qui lui sert d'enveloppe, et aussitôt le tétragramme, rejetant ce masque enchanté dont on voudrait le couvrir, pour reprendre ses proportions naturelles, c'est-à-dire idéales, sera le nom par excellence, le nom séparé, honoré, redouté, recommandé par Moïse à la vénération du monde (3).