‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 46 sur 71 · CHAPITRE P^ — La morale de la famille · texte numérisé non relu

CHAPITRE P^ — La morale de la famille

§ l''^. De la famille considérée comme base de la société.

Il ne faut ni science ni érudition pour saisir d'emblée l'importance de la famille. N'estelle pas, au physique et au moral, le type générateur de la société? n'est-elle pas l'humanité en miniature? ne nous initie-t-elle pas dans rexercice des de-

Yoirs el des vertus qae noas pratiquons d*abord tout près de nous pour les reproduire sur le plus vaste théâtre ? Dans un cercle des plus restreints, que Ton peut embrasser d'un coup d'oeil « elle nous offre à Tëtat embryonnaire la plupart des éléments qui entrent ensuite dans la formation des communes et des nationalités. Rien de plus rationnel, par conséquent, que la place notable occupée par ce terme de famille (nmima) dans le texte biblique non moins que dans les institutions politiques et économiques du judaïsme. L'un et Taulre ils tiennent d'autant plus à la forte constitution de la famille qu'elle doit servir de modèle aux constitutions nationales. L'organisation des peuples et des races, tout le monde le sait, n'est l'œuvre ni d'un seul jour, ni d'un premier effort, si vigoureux qiï'il s'annonce ; elle est le résultat du progrès lent et patient. Ce qui le prouve, c'est ce terme d'humanité^ relativement moderne, peu connu de nos devanciers. Que nous enseigne l'histoire à ce sujet? Que le monde a commencé par la famille, continué par la tribu, passé ensuite à la cité, avant de devenir corps de nation. A l'avènement de cette dernière sont venus répondre l'idée et le mot de patrie^ recevant sa signification la plus étendue et sa forme achevée des civilisations grecque et romaine. A cette patrie, devenue à son tour trop étroite dans le sens moral, le christianisme essaya, sans y trop réussir, d'en substituer une bien autrement large : celle de la chrétienté. Il fallut la (longue incubation du moyen âge, suivie des tâtonnements de la Renaissance, pour faire mûrir lentement la conception d'une patrie franchissant les bornes et les limites tracées par la géographie politique. Nous croyons avoir démontré ailleurs (1) que cette notion récente n'est pas restée étrangère à la révélation, à l'intuition biblique, qui dès l'origine a trouvé la triple expression de la famille, de la nationalité et de l'humanité. Mais, tout en connaissant et en affirmant ces trois formes progressives du genre humain, elle s'est attachée tout d'abord à mettre en relief le type primitif, c'est-à-dire la famille, premier échelon

(1) Voy. notre Tkéodieéêt p. 336-368, «I notre Pmïienee^ p. 81-40, 6S-83. TOME u 10

da développement hamanitaire. Qae fait-elle dans ce but ? Elle noas montre la famille constituée, dès la sortie du déluge, par les trois fils de Noé (1). C'est ensuite la famille qui devient Tunité pour tous les dénombrements dlsraêl, lors du dernier notamment qui fut fait par Moïse (2). La tribu sacerdotale est également Tobjet de la division par famille (3), laquelle est religieusement conservée par Josué lors du partage de la Terre sainte confié à ses soins (4). Hais ce classement nominal serait sans intérêt s'il ne venait s'y rattacher des obligations morales ayant pour objet de compléter Torganisation et la physionomie de la famille.

Parmi celles-ci, la première assurément par le rang, c'est l'assistance que l'on doit aux siens, à tous ceux qui réveillent en nous la voix du sang, et que Moïse a si bien traduite en loi. Nous citerons, à cet effet, le beau nom de libérateur (bKi:i), donné au parent chargé de soutenir et de relever celui des membres de la famille qui aurait été réduit à la misère (5). Il est tenu de racheter soit les propriétés de ce proche, soit sa personne, s'il a été forcé par la dure nécessité de se vendre comme esclave (6). Un autre gage de cette solidarité domestique, de celte chaîne liant ensemble tous les membres de la famille, est dans le privilège accordé au vengeur du sang (d^ bKi^i), qui est investi du droit redoutable de tuer le meurtrier volontaire de son parent partout où il le rencontre (7). Nous n'avons pas à nous prononcer ici sur l'esprit et la valeur morale d'une loi si éloignée de nos idées de vindicte sociale, mais la plus douce peut-être comparée aux codes de l'antiquité ; ce qu'il nous importe de constater, c'est la puissante solidarité dont elle est l'expression, c'est le lien indissoluble qu'elle façonne et consacre entre tous les membres de cette communauté créée par la nature. Prescrire la mise de la fortune et même de la vie du parent à la disposition de celui ou

(1) Genète, X, B; XX, 31 et 3t. (8) UtU., XXV, t5, 48 et 49.

(t) Nombref, 16. (6) Léiit., «. «.

(5) Ibid., III, 15; IV, t; XXVI, 8, ete. (7) Nombref, XXXV, 19, tl et tT. (4) Joivé, VII, 14 ; XIII, 19.

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des mânes de celui qui nousappartenail par les liens du sang, n'est-ce pas mettre Tidéal dans la Loi, faire du premier groupe social le type inviolable de Tunitë? Une autre qualification usitée dans TËcriture pour exprimer ce premier sentiment de la sociabilité, c'est celle de proche (ni^p), renfermant cett leçon que nous devons nous trouver dans la proximité de nos parents, quelle que soit la distance matérielle qui nous en sépare. C'est ainsi que, pour rassurer sa bru sur les intentions bienveillantes de Booz, Noémi ne trouve rien de mieux que de lui appliquer ce double nom de proche et de libérateur (1). Vient ensuite le nom de frère^ que la Bible donne indistinctement à tous ceux qui ne peuvent pas invoquer le bénéfice du lien de famille : on les appelle frères pour leur conférer les mêmes droits qu'aux premiers à nos sentiments de bienveillance et de commisération. On exprime le désir de voir tout Israël ne former qu'une seule famille, une réunion de frères se prodiguant mutuellement toutes les démonstrations de la fraternité (2). Celle-ci doit se perpétuer dans le temps et se généraliser dans l'espace, et les exemples qui militent en faveur de la durée de ce sentiment ne sont pas rares : citons celui de David qui, jaloux de s'acquitter envers la descendance de son ami Jonathan, se met à la recherche d'un rejeton de ce noble et malheureux prince pour le combler de ses bienfaits (3). Et comment n'en serait-il pas ainsi, quand nous voyons Dieu lui-même, dans une des plus solennelles visions, proclamer la solidarité des générations en punissant l'iniquité des pères dans leurs fils et leurs petits-fils, tandis qu'il étend jusqu'à leurs derniers descendants le bénéfice des mérites des justes (4)? Noble et puissante conception que celle qui assigne à la famille pour demeure l'espace, pour durée les générations . et les siècles I

A son tour, la Loi orale nous offrira de nombreux témoignages en faveur de la consolidation des fondements de la famille. Nous commencerons par celui qui se présente à nous

(1) Rnth, II, fO. (s) II Sanvel, IX, 1 «t 7.

(2) LéTit., XXVy 18^ SB el S9. (4) Exode, XX, B «I 6.

avec ie caractère de la généralité, consacré par la plupart des législations : il s'agit de la récusation des parents comme juges et comme témoins jusqu'à un degré plus ou moins éloigné (i). On n'a pas une confiance absolue dans Timpartialité des proches ; on ne croit pas à la véracité désintéressée de la Toix du sang; on la soupçonne, et non sans raison, de se laisser influencer par ce sentiment inné de Tamour de la famille. Remarquons bien qu'on ne blâme pas cette partialité, car on ne saurait protester contre les mouvements de la nature; on la constate et l'on s'étudie à en éviter les conséquences juridiques. Ce qui mérite ensuite d'être noté en cette matière, c'est la priorité accordée à la parenté dans la pratique de la charité, priorité reconnue et revendiquée par les organes les plus autorisés de la Tradition (2). On nous prescrit donc l'assistance de nos proches avant toute autre. Est-ce à tort ou à raison? N'estce pas contraire aux tendances bien accusées de notre époque Il convient peut-être, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, de se mettre en garde contre certaines exagérations des idées nouvelles. Tant que celles-ci visent à l'extension, à une application plus large du sentiment de la famille, tout va bien ; elles abondent alors dans le sens du progrès moral, qui veut que la famille aboutisse à la patrie, de même que la patrie porte dans ses flancs l'idée de l'humanité. Hais malheur à cette direction si elle se proposait la suppression de la famille, l'étouffément de la voix du sang 1 Le progrès, à ce prix, nous coûterait trop cher. En poursuivant l'affaiblissement des liens façonnés par la main infaillible de la nature, l'amour de l'humanité perdrait ses points d'appui les plus solides, s'égarerait dans les terrains vagues d'une philanthropie aventureuse. Qu'on ne se laisse pas ébranler par les qualifications d'amour mesquin, d'affection étroite : mieux valent la mesquinerie et Tétroitesse que ces aspirations à l'immensité, si souvent frappées de stérilité, conformément au dicton populaire : « Qui trop contient mal étreint. » Ne prenons donc pas le change ; ne laissons ja-

(l) Synhédrin, olup. III, Miiehia 4; (t) Sohemoth Rabbi, MOt. 31, connieat.

Maccoth, chap. I«r, Mifohna 8. TEzode» XXIf , t4; Talnnd, Baba MeCxiaJO .

mais péricliter au miliea de nous rinslitntion de la famille, qui, nous venons de le Toir, est de droit divin, pour la remplacer par des amours factices ; ne quittons pas le terrain solide de la réalité prochaine pour les horizons lointains, vaporeux comme les nuages et, comme eux, se dissipant au moindre courant des vents. Ne proscrivons pas les sentiments nouveaux, faisonsleur la place que mérite Texpansion des sentiments d'affection et d^amour, saluons avec joie Faurore naissante de Tamour universel, pratiquons-le avec sincérité, avec une ardeur contenue; mais ne lui permettons jamais d*usurper la place du foyer domestique ; n^oublions pas que la démolition de ce dernier entraînerait dans sa ruine les deux étages, c'est-à-dire Tétage social et Tétage humanitaire, qui lui sont superposés.

Les considérations qui précèdent s'appuient sur certaines locutions bibliques que nous allons faire connaître. C'est d'abord celle de « familles de nations », usitée dans les Psaumes (1). Que signifie ce terme composite? Probablement ceci, qu'une nation est la résultante des familles, et que là où le sentiment de la famille fait défaut, il ne saurait pousser une nationalité. Veut-on une autre preuve de la stabilité professée par l'Écriture à l'endroit du sentiment de la famille? Vous la trouverez dans l'emploi que font les prophètes du mot qui en est l'expression littérale (nn&t)a) : ils s'en servent non-seulement pour le passé et pour le présent, mais encore dans les prophéties concernant l'avenir le plus reculé. Alors comme aujourd'hui la famille conservera son individualité, restera la forme, le type de la personnalité collective, sans se laisser absorber par ce que l'on appelle le grand Pan. « Toutes les familles qui survivront (à la catastrophe générale et dernière) subsisteront distinctes et séparées. » Voilà ce que nous prédit Zacharie (2). N'est-ce pas nous dire clairement qu'à aucune époque, n'importent les révolutions et rénovations sociales, la famille ne cessera d'être la pierre angulaire de la patrie et de l'humanité?

Maintenant, si nous jetons un coup d'œil sur le judaïsme his* torique, nous pouvons lui rendre ce témoignage qu'il n'a ja-

(f ) PMUMf, XXII, M. (t) ZaelMri«, XII, IS-14.

150 TROISIÈME PAHTie.

mais compris aatrement rinstitation de la famille. S'inspirant des saintes traditions dont nous venons de reproduire la substance, il a su conserver, à travers les nombreuses et douloureuses péripéties de son pèlerinage, le respect et le culte de la famille. Non, la parenté n'a jamais cessé d'être pour lui, même au degré le plus éloigné, un titre sacré à la sympathie, à une assistance efficace; il s'est toujours pénétré de la recommandation d'Isaîe : « Ne sois jamais invisible pour ta chair (un membre de ta famille) » (1). Appelé maintenant à prendre sa place dans la grande famille nationale, puisse-t-il ne pas perdre le souvenir de ces belles qualifications bibliques, « proche et libérateur » ! Soyons-le toujours, chacun pour les siens, sans préjudice des obligations qui nous incombent à titre de citoyens et de membres de l'humanité.

§ 2. De la constitution de la famille. Rapports des époux.

Il importe à présent d'aborder la constitution de la famille^ de l'étudier dans ses bases fondamentales comme dans son développement, et nous commencerons cette étude par la fixation des rapports des époux, qui en sont les assises et les colonnes. Pour les déterminer avec une certaine précision, nous remonterons à leur origine et nous les déduirons directement des textes primitifs de la Genèse. Voici ces textes : t Dieu créa <c rhomme à son image, il le fit à l'image de Dieu, il les créa € mâle et femelle, puis il les bénit dans les termes suivants : « Dieu plongea l'homme dans un profond sommeil et, pendant « qu'il dormait. Dieu lui prit une de ses côtes qu'il remplaça « par de la chair. De cette côte enlevée à l'homme l'Ëternel-Dieu « construisit une femme et la présenta à l'homme. Et l'homme oc dit : Pour le coup, c'est bien l'os de mes os et la chair de ma « chair; qu'elle soit nommée femme (wk), puisqu'elle est a tirée de l'homme (t"^). C'est pourquoi l'homme abandonne a père et mère pour s'attacher à sa femme, et ils deviennent « une seule chair (un corps unique) (3) ».

(1) Isale, LVIll, T. (t) Genète, 1, 17 d M; II» lt*14. <

LA MORALE SOCIALE. 15t

ArrélODs-Doas an instant devant ane apparente contradiction entre la première et la seconde version de la Genèse, cellelà noas présentant le couple hamain comme une création simultanée, celle-ci faisant de la femme une œuvre de seconde main, extraite du corps d'Adam. Cette divergence n'a pas échappé aux investigations de nos exégètes, qui nous disent, par Torgane de la Tradition, que Thomme et la femme formaient dans le principe un seul être à double face (i^iBiaE^B i^i] (1), dont il plut ensuite à Dieu de faire deux personnes distinctes. Pas plus que tant d'autres interprétations légendaires, celle-ci ne saurait être prise à la lettre. Assurément on ne veut pas dire que Dieu a changé d'avis, jugé à propos de modifier une première forme : ce serait une imputation fort peu orthodoxe que d'attribuer à la Divinité une pareille variation. Si nous ne nous trompons sur la signification secrète, voilée, de cette double création, elle a pour objet d'affirmer deux principes opposés, l'identité et la diversité. La première version, quia pour mission la proclamation des immuables vérités de la cosmogonie, constate l'identité de l'homme et de la femme ; la seconde, jetant le manteau constellé de la légende sur les mystères du Maassé Beréschith , vient appeler notre attention sur ce qui constitue la diversité du couple humain. Ne perdons jamais de vue ce caractère double, et même opposé, dont l'influence se fait si puissamment sentir dans les rapports des époux comme dans l'économie générale de la vie de famille. Ainsi la Révélation commence par nous enseigner que la création de l'homme est double dans sa première forme, tout à la fois mâle et femelle. A ce sujet, nous ferons remarquer qu'il n'est fait aucun mention de la séparation des sexes à l'endroit des animaux. Est-ce à dire qu'elle n'existait pas de prime abord ? Cette supposition est impossible, puisqu'il est aussitôt question de procréation et de propagation, animales (2). Mais alors la mention exceptionnelle qui distingue l'espèce humaine doit avoir sa raison d'être dans la nature toute particulière de cette espèce,

(1) Talnvd, Eronkio, 18: of. Berésokith (i) GenèM, I, M.

Rabba, leet. 8.

c'est-à-dire dans ridentitè qne noas venons d'indiquer, identité toute spirituelle. La meilleure preuve à produire à Tappui de cette équivalence est dans le texte même qui annonce la création du couple humain : « Dieu fit Thomme à son image, et il le fit mâle et femelle. » Est-ce clair? n*est-ce pas affirmer de la façon la moins équivoque que Thomme et la femme sont égaux, égaux par le plus noble attribut de Tespëce, égaux par Tâme, égaux par Timage divine dont ils sont tous deux Témanation directe? Et cette parité se manifeste dès le premier acte dont ils sont Tobjet de la part de Dieu; il les bénit ensemble, il leur décerne en commun, d'une façon, pour ainsi dire, indivise, la possession et le gouvernement de la terre. Donc, si rhomme est roi, la femme est reine de ce monde sublunaire. Mais il faut bien se dire une chose : si cette égalité était absolue, si elle faisait de Thomme et de la femme deux types parfaitement semblables, doués des mêmes qualités, animés du même esprit, poursuivant le même but ou, pour mieux dire, le poursuivant de la même façon, ne serait-ce pas introduire dans la famille le dualisme, le dualisme proscrit par la religion, principe funeste, dissolvant, ayant pour instruments Tantagonisme et la paralysie, et pour résultat le néant? Il fallait dès lors que cette identité fût corrigée par la diversité, dont la seconde version cosmogonique s*est faite Torgane. Jalouse d'écarter tout d'abord les imputations de changement de principes, de palinodie de doctrine, elle commence par rendre hommage à ridentitè en nous faisant voir dans la femme la chair et Tos de rhomme. Elle ne lui est donc pas inférieure, puisqu'elle est tirée de la même substance. Puis elle nous annonce la diversité attachée au sexe par le terme construire (in^!))i en nous disant que Dieu construisit la côte dérobée à Adam et en fil une femme. Celle-ci est donc une construction à part, ne se confondant pas avec celle de l'homme; elle est un monument s'élevant en face du premier, lui faisant pendant, une création , douée d'une organisation, d'un tempérament, de penchants et de quar lités propres. Dieu, poursuit notre texte, l'aniène, la présente à l'homme. Qu'est-ce à dire? Qu'il la lui offre comme un pré-

sent divin; il Toffre à son admiration et à sa reconnaissance comme une gracieuse compagne, faite poar ctiarmer son existence. À cette Tae, Ttiomme éprouve un sentiment de joie inconnu etf sentant s*éveiller en lui le céleste, le pur amour, pour un être qui lui est tout à la fois si semblable et si dissemblable, il témoigne sa gratitude, il exprime son émotion par ce cri du cœur : a Qu^elle soit nommée Ischa (riOM), c'est-à-dire un autre moi (tt)*^), ne se distinguant de ce dernier que par la désinence féminine, c'est-à-dire par des gr&ces et des propriétés qui restent son partage exclusif.

Pour compléter cette donnée puisée, comme on le voit, dans l'étude attentive des textes primitifs de la Genèse, nous citerons le commentaire de la Tradition, dont la profonde signification n'échappera à personne. De la dénomination unique, mais légèrement modifiée, alppliquée à Thomme et à la femme, qui sont appelés Isch (v*«k) et Ischa (riOM), on induit à la consécration spéciale de la langue hébraïque comme idiome de la Révélation : € Dans les autres langues, nous fait-on remarquer, il y a toujours deux termes différents pour la désignation de l'homme et de la femme. CesiGuebar eilthiha (wr^^ ^ros!) enchaldéen, œnpo'Koç et Yuw) en grec, vir et mulier en latin, radjel et mera en arabe; seule, la langue sacrée leur décerne une dénomination commune, Isch et Ischa (1). De prime abord, on a quelque peu le droit d'être surpris de cette assertion. Gomment cette particularité purement linguistique pouvait-elle valoir à l'hébreu l'insigne honneur d'être choisi pour l'expression directe du verbe divin? Eh bien, les considérations qui précèdent nous expliquent ce fait, et voici comment. Dans les autres langues, la différence d'appellation appliquée à l'homme et à la femme semblerait impliquer une séparation originelle, une sorte de scission entre le principe mâle et le principe femelle. En affirmant la diversité, elles semblent méconnaître l'identité. Seule la langue hébraïque a su concilier et déposer dans une dénomination identique la double notion de l'égalité et de la diversité: de Tégalité, au moyen d'un seul etmêmeradical; de

(f ) BerétoUth Rakba, Md. 18.

la diversité, grâce à la désinence féminine qai vient modifier le terme commun Isch. Eh bien, oui, la langue qui a su opérer ce miracle, fixer dans un simple nom le secret de la double organisation masculine et féminine, cette langue mérite la noble distinction dont elle est Tobjet.

Le dernier verset vient ensuite nous révéler, sous la forme dogmatique, la cause finale de cette création humaine, à la fois une et variée. Quelle est la cause? C'est l'attachement réciproque des époux, gage de Texistence et de la stabilité de la famille. S'il y avait entre eux égalilé pleine et entière, cette dualité serait plutôt une cause d'antagonisme, comme il vient d'être démontré ; elle pourrait aboutir à la juxtaposition, jamais à l'unification. Ce qui fait de l'homme et de la femme une chair unique (t], c'est-à-dire deux moitiés se recherchant et se retrouvant (2), c'est justement l'attraction qui résulte de ce mélange d'identité et de diversité, et qui fait que les époux se complètent, l'homme parles grâces et les charmes de la femme, la femme par la fermeté et par le caractère de l'homme. Telle est la loi, tel est le mystère de la double création, portant dans ses flancs le germe de la constitution de la famille comme du développement social et humanitaire.

§ 2. Du double principe de la domination de Vhomme et de la subordination de la femme.

Ce que nous venons de dire des inconvénients de l'égalité absolue des époux, des pernicieux effets du dualisme domestique, nous fait déjà pressentir que le gouvernail de la famille ne saurait être tenu de deux mains; que la couronné, comme dit la légende du soleil et de la lune, ne peut être portée par deux têtes. Il faut donc que ce soit l'un ou l'autre qui gouverne, ou bien, en admettant le partage d'attributions entre les époux, que chacun d'eux commande dans sa sphère, dans la limite qui lui est tracée Quelle est, sur ce grave sujet, la doctrine de la

(f) G«&èM, II, f4. (i) Zoliar, Tairia, 80; Kedoiohim, 81.

Rëvélalion? Pour nous en rendre compte, nous continuerons à interroger les textes de la Genèse, comme aatant de jalons posés sur la route de la science religieuse et de la science sociale. Dans Tarrét de condamnation prononcé par Dieu contre Adam et Eve après leur chute, nous lisons ceci : « Ta passion se concentrera sur ton époux, et lui, il sera ton maître (1). » Ici nous ferons remarquer qu'une locution en tous points semblable à celle-ci termine Tayertissement donné par Dieu à Gain : c Le péché, lui dit-il, aspirera vers toi ; mais toi, tu en es le maitre (2) ». Dans les deux cas, Tétre gouvernant est mis en face de Tétre gouverné; mais, dans les deux cas aussi, on fait à ce dernier sa part d'influence, consistant dans Taltraction qu'il est capable d'exercer sur le premier. Y a-t-il donc similitude ou analogie entre la femme et le péché? lNous répondons par l'affirmative, et voici comment. Le péché a un rôle certain, incontestable, dans notre existence morale. N'estil pas le désir, n'est-il pas la passion, neparticipe-t-il,à ce titre, à tous les actes qui sont le produit de la sensibilité? N'est-il pas le désir qui brûle, comme une lampe perpétuelle, sur l'autel du cœur ? N'est-ce pas l'âme de la vie matérielle, la chaleur se répandant d'une extrémité à l'autre de notre être, le trait enflammé traversant comme un éclair toutes nos opérations internes, doublant et triplant la dose de notre activité et, comme le soleil, vivifiant tout de ses rayons? Supprimez le désir, et aussitôt tout languit, tout pâlit, tout devient incolore; la vie perd son principal charme, la création n'est plus que cette terre aride et .désolée dépeinte par le prophète (3), une région flétrie, déshéritée des jouissances corporelles comme des joies du cœur (4). C'est ce que la Tradition a supérieurement établi dans une de ces belles légendes où l'on demande d'abord la suppression radicale du Vetzer harâa^ mais en se ravisant aussitôt, parce que l'on s'aperçoit que, lui disparu, le genre humain serait privé d'unstimulantqui lui est indispensable (5).

(1) Genètê, III, 16. (4) Istfe, XXIV, 7.

(f) Genèie, IV, 7. (5) Talmvd, Ydma, 60; Synhédriii, 64.

(3) liaTe, ehap. XXIV.

186 nOISIÈHC PARTIS.

Eh bien, pour peu qa on y réfléchisse, on décoiiTre qoetcpie chose de semblable dans Pamoar ressenti et inspiré par la femme. Lai aossi, il est Ton des grands charmes de la rie ; sll excite chez les ans le désir bratal, il alimente chez les antres les plos nobles sentiments, en proToqaant le déToaement et le sacrifice. Et pais, de même qae le péché r^e par les désirs qa*il fait naître en noas, de même la femme règne par ramoor qa*elle noas inspire comme par celai qae noas lai inspirons. Elle goaTeme par la tendresse, par la sollicitode, par cette sympathie qai Tentoare comme d*ane aaréole et qai lai Tant le sceptre da foyer. Elle goaTeme par la grftce comme répoox goaTeme par faotorité ; elle domine par les Tertas délicates de son sexe comme Tbomme impose par les qaalités énergiques da sien. Elle est donc bien réelle, la part de la femme, cette part exprimée par le terme passion (np*ien), qui constitae la puissance de la femme non moins que celle da péché.

Mais, attendu que le gouTemement positif et direct appartient moins à la passion qu*à la raison, il est naturellement déTolui l*homme, dans rintérét le mieux enlenda des deux parties. Sur ce grave sujet, il importe de fixer avec précision la nature et les conditions de ce gouTernement masculin. Est-ce un poavoir despotique, absolu, irresponsable, autorisé jusqu'à la tyrannie, fondé sur la force brutale, sur la supériorité musculaire? A Dieu ne plaise ! Ce serait toat d'abord dénaturer le sens du terme qui exprime cette domination (boa) (1), signifiant le pouvoir moral, le gouvememeot intellectuel, émanation de facultés plus complètes, mieux faites pour exercer le prestige du commandement. Pour le démontrer, nous n'avons qu'à invoquer l'identité d'expression déjà signalée. Quand Dieu dit à Gaîn : « tu es le maître du péché », lui propose-t-il d'étouffer le désir, d'anéantir la passion, d'arracher toute sensation de son cœur? Nullement, nous espérons avoir prouvé que la morale du sentiment enseignée par la Bible n'a rien de commun avec la morale pessimiste du monachisme. Dominer ou, pour mieux dire, mai- Ci) "^n Veai »n\ OenèM, m, le.

iriser signifie gaider, régler, conduire le sentiment dans de nobles voies an lien de le laisser s'égarer dans les sentiers raboteax et les broussailles. Eb bien, la prédominance de rbomme sur la femme a les mêmes caractères : elle n'est juste et légitime qu'à la condition de guider les pas de la femme sur le chemin de l'honneur, de la yertu et des nobles affections. Ce sont là les Trais éléments du gouyernement conjugal. Nous serions tenté de résumer la doctrine dans cet adage devenu fameux sur le théâtre de la politique : « La femme règne et l'homme gouverne » .

Une dernière preuve en faveur de ce partage ^d'attributions entre les époux, ou du moins des limites que nous posons au pouvoir de l'homme, nous est fourni par les termes qui servent d'annonce à l'avènement de la femme. Dieu dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je veux lui donner une aide en face de lui (1) ». Or une aide n'est pas une servante; quant à l'expression a en face de lui », voici comment la Tradition l'entend et l'expliqne : a La femme sera une aide pour celui qui le mérite, mais une ennemie pour celui qui n'en est pas digne (2) ». 11 en résulte clairement que la femme n'est rien moins qu'une esclave livrée au pouvoir discrétionnaire d'un maître absolu. Dieu l'a douée d'une grande force de résistance, et il l'autorise à en faire usage toutes les fois que l'homme abuse de l'hégémonie. Qu'il sache donc trouver en elle l'aide qui lui est promise; qu'il emploie la persuasion, la douceur, l'ascendant que lui donnent l'expérience et la raison, jamais l'oppression et la violence ; qu'il ispire la confiance due à la supériorité spirituelle, et non la méfiance engendrée par la brutalité; qu'il commande par l'affection et l'amour, et non par une inexorable volonté ; qu'ils Tassocie enfin à ses entreprises, à ses desseins, à ses sentiments, à ses pensées, sans lui faire mystère ni de ses craintes ni de ses espérances. Alors elle sera sa compagne ; sinon, si l'époux se métamorphose en maître, en tyran, en despote, ne sachant dire à celle

(l) Genèse, II, 18.

(tj Talmad, Yebimoth, 63; BeréioUUi Ribb», lect. 17. ITIÛD MSt Mb 1T9 tOl.

158 TftOlSIÉai PABTII.

qui loi confie son sort et sa Tie qoe c je veux », sic volù^ «te jubeo^ sic pro ratione volunias^ 6 alors elle sera Vadversaire suscité par Diea lui-même pour le malheur de Tbomme. Ces enseignements coulent à pleins bords du récit originel du Maassé Beréschith ; aucune religion , aucune morale , que nous sachions, n*ont su les modifier. Nous ajouterons qulb ont conservé toute leur autorité, qu'ils sont applicables i notre société, d'ane organisation complexe, non moins qu'aux âges primitifs ; ils sont Teipression la plus large et la plus exacte à la fois des rapports des époax. Nous savons bien qu'on a cherché parfois i les refaire, i les refondre, soit dans le sens de rasservissement, soit dans le sens de Témancipation de la femme. Mais à quoi ont abouti ces essais, ces tentatives de violences contre la morale révélée, cette prétendue amélioration de la loi divine ? Au bouleversement des lois de la nature, i la perturbation des conditions de la famille. La civilisation orientale, faisant pencher la balance do côté de la subordination, n'est arrivée qu'à la transformation de* la femme en femelle, dépouillée de ces trésors de tendresse et de sollicitude que renferme le cœur de l'épouse respectée et gardant son rang. La civilisation occidentale, sous l'influence des idées émancipatrices émises par l'Évangile, a exercé sa pression du côté opposé. En revendiquant pour la mère de famille des droits qui exigent plus de fermeté, de réflexion, de froide résolution que de grâce et de sensibilité, elle court risque de compromettre la paix du foyer et l'éducation des enfants, d'ébranler dans ses fondements la stabilité de la famille. N'intervertissons donc pas les rôles assignés de toute éternité à chacun des conjoints : que la femme règne par les qualités exquises du sentiment; que l'homme gouverne par la force intellectuelle comme par rénergie morale.

Si nous passons maintenant de la théorie à la pratique, des principes aux faits de l'histoire, celle des femmes d'Israël sera l'éclatante confirmation de la doctrine de la Genèse. Peut-on nous citer quelque part des épouses en meilleure situation que Sara, dont Dieu enjoint formellement à Abraham d'écouter lès

avis, puisés dans la clairvoyance de Tamoar maternel (t) ; que Rébecca, se sabstitnant à son mari frappé de cécité pour ce qui concerne le discernement du père de famille (2) ; que Rachel, objet des premières et constantes amours de Jacob ; que Miriam, élevée au rang de propbétesse pour avoir déployé dès son enfance les qualités d'affection et de dévouement, vertus spéciales de la femme, veillant sur son frère exposé par une fatale nécessité sur les bords du Nil ; que Mi'hal, fille de SaiiU sauvant David, son époux, de la fureur d'un père insensé (3) ; que la douce Abigail , apaisant par ses paroles, pleines de mansuétude et d'aménité, la juste colère de David allant fondre sur la tête de Tégoïste Nabal (4) ? Et, pour que la leçon soit complète, Thistoire sainte, à côté de ces exemples, nous en offre d'autres qui infirment l'influence de la femme. .. quand, sortant des limites de ses attributions, elle ose empiéter sur le domaine de l'homme. Ainsi la bien-aimée Rachel reçoit une verte semonce de Jacob lorsque, par un caprice d'épouse adulée, elle lui fait un reproche de sa propre stérilité (5). Ainsi encore Miriam est punie lorsque, dans son orgueil, elle prétend être Tégale de Moïse en inspiration prophétique (6). Mieux inspirée, Débora, propbétesse aussi, décline l'honneur que lui fait Barak de lui confier le commandement de l'armée d'Israël (7). D'autre part, la même Mi'hal, dont nous venons de louer le courage et le dévouement conjugal, s'attire une sévère réponse de la part de David quand, prétendant lui en remontrer sur l'exercice de la dignité et de la majesté royales, elle lui reproche son attitude pleine d'abandon dans une solennité publique (8). Quelles sont, en dernier lieu, les vertus que rhistoire relève dans Esther ? Est-ce qu'on la loue d'être une grande reine, portant noblement, c'est-à-dire fièrement, le sceptre et la couronne ? Nullement. Ce que l'on admire en

(1) GenèM, XXI, It. (5) GenèM, XXX, t.

(i) Genèie, XXV, t$; XXVII, 4, 8, 13 (6) Nombres, XII, t-15.

et 33; XXVIII, 3 el 4. (7) jQfes, IV, 9.

(3) 1 Sannel, XIX, 11-17. (8) II Semael, VI, tO-M. (t) I Samuel, XXV, 18-38.

elle, c*est sa grftce, sa modestie, son dévouement pour son peuple, ces nobles insignes de la femme douce et forte à la fois, ces belles qualités qu^elle sait conserver sur le trôuB, et qui ne Tempéchent pas de déployer une rare fermeté contre le persécuteur des juifs, aussi Iftche qu'orgueilleux (i). Cette double série d'exemples tirés de la réalité historique est bien faite, ce nous semble, pour fixer les rapports de réponse avec Tépoux, les droits et les devoirs de la femme vis-à-vis de ceux de Tbomme. Autant elle est toute-puissante dans le cercle de ses attributions légitimes, au département des grftces, des affections tendres, de Texquise sensibilité, affluents du divin fleuve de Tamour, autant elle est répréhensible, dévoyée, exposée à toutes sortes d*échecs, quand elle usurpe les fonctions maritales, cessant de remercier Dieu de Tavoir faite selon sa volonté (2), protestant contre la position qui lui est faite. Alors il arrive ce qui arrive à quiconque lâche la proie pour Tombre : en poursuivant le but qui est hors de son atteinte, elle perd ses qualités natives, ses grâces féminines, qui lui assuraient le pouvoir, Tempire du foyer. *'

§ 3. Solution de la contradiction apparente entre les opinions émises sur la femme par la Révélation biblique.

Le double courant que nous venons de signaler nous aidera à lever une objection faite contre la théorie biblique à Tendroit de la femme. On lui reproche, non sans quelque raison spécieuse, d'être en contradiction avec elle-même, de nous offrir un antagonisme perpétuel, ici louant la femme, l'élevant jusqu'au septième ciel, là lui jetant l'insulte et le mépris à pleine voix. Yeut-on des preuves de cette opposition extrême ? Voici d'abord l'Ecclésiaste chagrin qui nous dit : c J'ai bien trouvé un homme sur mille, mais pas une femme dans ce même nombre ». Il la qualifie ensuite c un mal pire que la

(1) Eiiher, II, 15; IV, 4 et 16; VII, (i) RitoeI« première béoédloUon de Tof- 3-6. fiée da mtUn.

mort, dont le cœur est un tissu de pièges et de chausse-trapes, et les mains des chaînes (1) ». A son tour, Tauteur des Proverbes ne cesse de nous mettre en garde contre la mauvaise femme armée de séductions, conduisant au précipice par un chemin bordé de fleurs et y jetant sans pitié ses nombreuses victimes (2). Puis il nous montre la femme sotte, charnelle et sensuelle, assise à la porte, sur un siège élevé, d'où elle invile les passants à entrer dans son palais ; ils ne se doutent pas, les malheureux, qu'ils vont s'asseoir au banquet de l'enfer (3). Cette esquisse de la femme éhontée est complétée par une foule de sentences disséminées dans le recueil, et dont voici les principales : a La femme éhontée est pour son époux une vraie pourriture. — Mieux vaut habiter un coin du toit ou le fond du désert qu'à côté d'une femme quinteuse ou querelleuse (4). » Maintenant examinons le revers de la médaille, voyons si le sage Salomon, payé pour médire des femmes, ne trouve rien à dire en leur faveur. Ëb bien, le même Ecclésiaste d'humeur si morose, la même ^ésse proverbiale tout à l'heure si sévère pour la femme, vont nous fournir de riches compensations. Celui-là place le bonheur domestique dans la vie conjugale : « Cherche la vie, s'écrie-t-il, à côté de la femme de tes amours (5). » Celle-ci ne manque pas de mettre en regard de la femme vicieuse « la femme vertueuse, la femme forte, vaillante, ange gardiea de la famille (6) ».

Remarquons bien d'ailleurs que le livre des Proverbes se termine par le bel éloge de la femme de bien, félicitée par ses enfants, complimentée par son époux, accueillie par les applaudissements de tous ses concitoyens rendant hommage non pas à ses grâces fragiles ni à sa beauté éphémère, mais à la pratique des nobles vertus (7). Si, comme on dit vulgairement, c'est la fîn qui couronne l'œuvre, on ne saurait sérieusement

(I) Ecclés., vu, 86-29. (5) Ecoles., IX, 9.

{û) ProT., V, 5-9; VI. 24-29; VII, (b) Prov.. V, ir.-l9; IX, i-6; XI, 16;

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