‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 51 sur 71 · XXII. 13; XXIV, 30-54; XXVI, 13-16; XXVIll · texte numérisé non relu

XXII. 13; XXIV, 30-54; XXVI, 13-16; XXVIll

profonde à la fois, est en outre une nouvelle preuve à ajouter à toules celles que nous avons produites à l'appui de la supériorité de la charité intelligente. Si le Am haâretz n'a droit qu'à la charité bestiale, à celle qui nous oblige envers le loup et le corbeau (1), il en existe donc une autre rése rvée à ceux qui ne font pas partie de cette catégorie infime, et qui ont droit à autre chose qu'à un morceau de pain, à la pâture corporelle. En déduisant les conséquences de ce principe avec une rigueur logique, on arrive à cette conclusion que la eharité humaine et la charité animale ne diffèrent pas moins entre elles que l'homme et la béte. C'est la meilleure définition à donner de la charité au double point de vue subjectif et objectif, jaillissant des sources éternelles de l'intelligence et de la sensibilité pour vivifier des créatures dévouées de cœur et d'esprit. Enfin, pour terminer cette théorie de réserve et d'élimination, nous viserons un texte décisif, c'est celui par lequel le prophète Jérémie émet cette assertion que, faire la charité à des personnes qui n'en sont pas dignes, c'est se livrer à une opération inféconde, dépourvue de mérite et de tout titre à la rémunération divine (2) . Sans prendre ces assertions à la lettre, et tout en nous gardant de les convertir en règles immuables et absolues, nous ne pouvons pas ne pas y saisir comme une protestation contre la charité routinière, inintelligente, versant indifféremment sa semence dans un terrain fertile ou stérile. Il n'en est pas peu qui croient avoir bien rempli leur devoir en tendant la main à quiconque en réclame l'appui, et la bourse à tout venant. Eh bien, c'est amoindrir la bienfaisance, c'est en méconnaître la grandeur, que de la traiter avec ce sans façon; c'est faire un rouage purement mécanique de ce qui doit être, nous l'avons dit déjà, une science et un art. Ceci nous donne le vrai sens et la mesure du dernier texte susvisé: si ceux qui placent mal leurs bienfaits encourent le blâme et la censure morale, ce n'est certes pas pour avoir commis une mauvaise action, un acte de bonté et d'obligeance ne pouvant jamais être foncière-

(I) Talmud, Baba Baihri, 7. (8) Jérémie, XVHI, M; cf. Talamd,

Baba Batbra, 10.

ment manvais, mais pour avoir manqué de respect à la conception de la charité, en la rabaissant à la condition mécanique au lieu de la maintenir dans les hauteurs spirituelles où il piaf t à Dieu de fixer sa résidence. Nous estimons que ces aperçus sî justes et si profonds sont en parfait accord avec les directions et les inspirations de la charité moderne. Le principe de gradation que nous venons de dégager des entrailles de la Bible et de la Tradition entre de plus en plus dans la voie de la réalité. Loin de confondre les misères dans une seule et même classe, Tesprit public s'étudie à les spécialiser, à les échelonner dans un ordre progressif, étudiant et déterminant les degrés de cette échelle, qui, si nous en croyons Tantique exégèse, ne serait pas autre chose que celle que Jacob avait vue dans son songe (<).

§ 9. Delà charité domestique.

Les lois bibliques touchant la domesticité, le servage et Tesciavage occupent une place si considérable dans la doctrine de Moïse qu'il convient de leur consacrer un paragraphe particulier. Nous avons eu déjà l'occasion de citer plusieurs de ces dispositions (3). C'est d'abord la loi ayant pour objet la mise en liberté de Tesclave cananéen victime d'une de ces voies de fait qui ne sont pas rares de maître à serviteur, même à serviteur libre. Crever un œil, casser une dent au valet acheté à Tencan, il n'en faut pas davantage pour que celui-ci recouvre sa liberté pleine et entière, sans préjudice de la loi du talion rigoureusement appliquée au maître Israélite qui aura tué son serviteur idolâtre (3). Ajoutez à ces prescriptions celle qui interdit l'extradition de Tesclave fugitif (4), nous ordonnant, au contraire, de lui offrir un asile sûr et inviolable (5), et vous pourrez vous faire une idée de l'abîme qui sépare la servitude mosaïque de l'esclavage grec et romain, de l'ilotisme Spartiate, du despotisme patricien à l'égard des plébéiens.

(1) Beréichilb Rabbt, lect. 68. (4) Dealer., XXIII, i6.

9) Voy. plQs haut. (5) Dénier., XXIII, !7.

(3) Exode, XXI, SO.

Nous ne serions nullement embarrassé de pousser la comparaison plus loin, de mettre Tesclavage biblique en regard du servage du moyen âge et du code noir qui naguère régissait la servitude dans l'Amérique du Nord : la douceur et la mansuétude des errements de TËcriture l'emportent de beaucoup sur les pratiques suivies par la chrétienté en cette matière pendant bien des siècles et dans de nombreux pays.

Mais ce quil nous importe surtout de mettre en lumière, c'est la condition générale de la domesticité israélite, les procédés recommandés à Tégard de Tesclave Israélite: nous disons esclave, bien que le terme soit impropre ; mais il s'applique mieux à ceux qui sont vendus ou qui se vendent eux-mêmes pour un temps limité. Nous avons déjà tixé l'attention sur les soins et les précautions dont la loi entoure le placement ou la vente des filles par leur père. Leur traitement doit être absolument égal à celui des êtres de la maison, des membres de la famille, et leur asservissement temporaire doit aboutir à leur incorporation dans la famille par le mariage. Point d'autre alternative pour le maître que le mariage ou la remise en liberté de sa servante. Remarquons bien que la liberté de tout Israélite est une chose imprescriptible et inaliénable, la condition servile disparaissant lors de l'année septennale, et au pis aller, pour certains cas exceptionnels, au retour du Jubilé. Viennent ensuite d'autres clauses non moins dignes d'une législation humaine sur l'interdiction non-seulement des mauvais traitements, mais encore d'une domesticité rendue trop pénible soit par le nombre soit par la dureté des travaux imposés, enfin sur les agissements qui doivent présider au congé des domestiques, et qui respirent la plus pure charité. Ne pas se borner au strict accomplissement du contrat de louage, y ajouter des dons en nature et en espèces; leur faciliter la transition souvent épineuse d'un servage commode à une émancipation ayant pour compagne l'austère responsabilité; leur faire garder un bon souvenir des rapports qui unissent le patron au client, souverain remède contre les collisions du prolétariat avec la bourgeoisie, entre le capital et

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le salariat, comme on dil aujourd'hui : voilà certes un ensemble de mesures qui méritent Tatlention de tous ceux que préoccupent les redoutables problèmes de la question sociale. Notons d^ailleurs que l'application de ceslois concernant la domesticité est hautement revendiquée par les successeurs de Moïse, notamment par Jérémie, par Tédit d'excommunication lancé par le prophète du haut du Vatican biblique contre les violateurs de Témancipation septennale. Le tribun sacré serait moins virulent, moins impitoyable, s'il ne s'agissait pas d'une des bases fondamentales de la société. De quoi s'agit-il, en effet? De l'éternelle lutte entre les possesseurs et les dépossédés, de cette lutte qui, sous des appellations diverses, — plébéien contre patricien, serf contre seigneur, prolétaire contre bourgeois, salarié contre capilalisle, — reste toujours identique à elle-même, objet de compromis perpétuels qui, en modifiant la forme, ne parviennent pas à en déraciner le fond. Au point de vue biblique, la transaction ou, pour mieux dire, la conciliation repose sur le double fondement de la bienveillance des uns et de la gratitude des autres, de la munificence du patron faisant vibrer les cordes sensibles chez le client ; et, grâce à la réciprocité de ces deux ordres de sentiments, nous avons là les éléments de la solution du problème.

§ 10. De la charité internationale.

On sera surpris peut-être de nous voir consacrer un paragraphe à la charité internationale. Quoi! nous dira-t-on, la Bible n'est-elle pas aux antipodes de l'idée internationale? Quoi! objectera-t-on. Moïse n'est-il pas l'ennemi, l'adversaire théorique de la fraternité universelle? N'est-ce pas lui quiélève le séparatisme à la hauteur d'une doctrine, qui dresse un mur d'airain entre Israël et les nations, faisant le vide autour du peuple de Dieu pour le maintenir dans son isolement, traçant comme un cordon sanitaire à rencontre de la contagion païenne? Oui, tout cela est bien vrai; mais ce qui ne l'est pas moins, c'est que la Loi professe à un haut degré l'amour de

rélranger, lequel est, sans contredit, la source de tous les rapports internationaux. En proclamant Dieu lui-même Tami de l'étranger (i), en nous prescrivant de l'aimer comme nousmêmes (2) , la Révélation nous fait sentir le prix qu'elle attache à cette affection. N'est-ce pas apprécier à sa juste valeur la théorie moderne de la philanthropie universelle que de lui reconnaître une origine divine, que de lui assigner sa place dans la première catégorie, dans celle des œuvres de charité par excellence? Mais il nous faut répondre à une autre objection encore : on soutient que dans les textes susvisés il ne s'agit que de l'étranger venant s'établir au milieu de nous, adoptant, en partie du moins, nos lois et nos croyances, s'asseyant au foyer de notre hospitalité. Pour éviter ici les malentendus, il importe d'indiquer avec précision ce que l'on doit entendre par étranger. Il est vrai que l'hospitalité qui lui est libéralement accordée est subordonnée à sa renonciation au culte des idoles, proscrit sur la terre sacrée du monothéisme. Mais c'est l'unique condition qui lui soit imposée, il n'est tenu à Inobservation d'aucune des prescriptions du culte pratique, pas même de celle de la circoncision, signe d'introduction dans l'alliance d'Abraham. 11 reste donc libre de sa foi, maître de sa conscience; pourvu qu'il ne s'attaque pas au dogme de l'unité de Dieu, c'est-à-dire à la base fondamentale du judaïsme, en dehors de laquelle il cesse d'exister parce qu'elle résume en elle la triple constitution, religieuse, morale et politique, il a droit à toutes nos sympathies. Placé, comme nous venons de le voir, sous la sauvegarde directe de la Divinité, il jouit de toutes les immunités découlant de la bienfaisance publique et privée, ligure à côté de la veuve et de l'orphelin dans la répartition des secours, trouvant partout visage ami et accueil empressé. On comprendra mieux encore la vraie signification de cet amour de l'étranger en se rendant compte de la cause assignée par Moïse à celte bienveillance. « Tu ne vexeras pas rétranger; vous connaissez l'âme (la disposition d'esprit) de l'étranger, puisque vous avez été vous-mêmes étrangers en

(1) Dealer., X, 18. (3) LéTit., XIX, 34.

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Egypte (1 ). » Qu'est-ce à dire? Que Tamour de Tétranger repose sur le principe de la solidarité morale, sur le bel aphorisme du poêle latin.

lYon ignara malt miseris succurrere disco,

4 Vous avez été vous-mêmes étrangers en Egypte. » C'est-àdire sevrés des satisfactions que nous assure la possession de la terre natale et des affections nationales; vous savez ce que c'est que d'être privés de ces appuis moraux, de vivre dans une atmosphère inconnue, de respirer un air inclément parce qu'il est étranger. Rendez donc à celui qui subit cette épreuve dont vous avez pu mesurer par vous-mêmes la profondeur et l'intensité, rendez-lui la patrie qui s'est dérobée sous ses pieds, le foyer qui sans votre concours reste pour lui froid et vide, les gages d'affection et de tendresse qu'il a dû laisser derrière lui. Quil soit accueilli partout comme citoyen, comme frère; qu'il ne se ressente nullement de son changement de milieu, qu'il retrouve dans vos maisons et la patrie absente et le home disparu. C'est ainsi que le lien international, formé par le double ûl du sentiment et de la raison, devient vraiment indestructible. Grâce à cette démonstration reposant sur un fait historique, l'amour de l'étranger est plus et mieux que le simple accueil fait au voyageur ou au pèlerin ; il embrasse dans son vaste cadre toutes les obligations, les éléments complexes du devoir international qui est encore en voie déformation.

Un principe de cette puissance ne peut pas avoir été omis par la Tradition, elle qui se fait gloire d'être le fidèle organe des vérités bibliques. L'amour de l'étranger doit donc avoir sa consécration et s'offrir à nous avec cette attache. Loin de chercher à l'amoindrir, à le renfermer dans d'étroites limites, elle fait tout, au contraire, pour les élargirencore. Renchérissant sur les textes écrits, elle n'hésite pas à nous montrer l'étranger placé plus haut dans l'affection divine que l'Israélite luimême (2). Et cette thèse nous est exposée d'une manière saisissante, avec des proportions épiques : « Deux lois mosaïques,

(1) Exode, XXIir, 9. midbar Rabba, lect. 8; Talmnd, Kidooicbin,

(») Vaïkra Rabba, leoUon première; Be- 70.

« nous dit-on, valurent à Israël l'approbation, disons mieux, <( Tadmiration des souverains du paganisme. Quelles sont ces « deux lois? La première concerne la piété filiale, inscrite sur (( la première table du Décalogne parmi les obligations qui <( nous lient envers Dieu ; la seconde a précisément pour objet « cet amour de l'étranger dont il est question ici; elle nous « prescrit la restitution du vol fait à l'étranger, avec le cin- (( quième en sus à titre d'amende, tout comme s'il s*agissait « d'un vol aggravé par le sacrilège, d Assimiler le respect de rétranger à celui des choses saintes, assurer à sa personne et à ses biens l'inviolabilité qui s'attache aux objets du culte, n'estce pas élever cet amour, cette charité internationale à sa plus haute puissance?

Il n'est pas possible qu'un principe qui a jeté de si profondes racines dans la Loi écrite et dans la Loi orale, objet de si vives et si pressantes recommandations, il n'est pas possible, disonsnous, qu'il soit resté lettre morte au sein du judaïsme. Dieu merci, les mœurs sont restées conformes à la Loi; la charité domestique et internationale a profondément pénétré dans les masses, et la réalité morale n'a jamais cessé de s'inspirer du génie de la Révélation. Constatons d'abord que nulle part la domesticité n'est aussi douce qu^auprès de l'israélite. Est-ce seulement envers ses coreligionnaires que celui-ci se montre bienveillant et humain? Non certes; et l'histoire du passé, comme celle du présent, est là pour porter témoignage de cette douceur. Il est avéré, en effet, que, même dans les plus mauvais jours du fanatisme et de l'intolérence, en dépit de l'opposition du sentiment religieux et malgré les anathèmes lancés du haut des chaires catholiques, les fils de Jacob n'ont jamais cessé de trouver dans les pays de la dispersion, c'est-à-dire dans le monde entier, des chrétiens et des chrétiennes se mettant avec empressement à leur service, toujours disposés à subir l'autorité de ces parias, de ces réprouvés. Pourquoi ? Parce qu'ils savaient fort bien que, malgré la divergence religieuse, ils trouveraient un traitement des plus humains chez les descendents d'Abraham, héritiers naturels des trois grandes vertus du

patriarche : « sympalhie, charilë et noble simplicité (1) ». N'y a-t-ilpas là un singulier contraste entre une sociabilité aussi expansive et Tisolement national, transmis comme un mot d'ordre d'une génération à l'autre? N'est-ce pas une étrange conlradilion que cette alliance <ie l'exclusivisme religieux avec le plein exercice de la fibre humanitaire? £h bien, oui, nous n'y contredisons pas : c'est une création originale, marquant à son empreinte la race pétrie par la main du législateur divin! Il a voulu l'isolement, le séparatisme sous le rapport religieux, comme une éternelle barrière dressée entre le monothéisme et tout ce qui n'est pas lui, condition de sa durée, gage de son inviolabilité. Mais, une fois l'éternelle vérité sauvegardée et mise hors d'atteinte. Moïse recommande avec non moins d^ardeur la fraternité, l'amour, l'affection, l'harmonie et la sympathie universelles. Voilà la devise du grand organe de la Révélation; son peuple ne l'a jamais oubliée, et en dépit d'une contradiction apparente, il sait admirablement la mettre en pratique. Que le judaïsme persévère donc dans cette double voie; qu'il sache concilier dans une juste mesure les tendances séparatistes qui lui sont imposées parles nécessités du monothéisme incompatible avec les habitudes du polythéisme, relatives ou absolues, qu'il sache les concilier avec cet amour de l'étranger que nous venons de voir se dérouler devant nous dans sa largeur comme dans son intensité, et qui contient le germe de toutes les expansions sociales. Ce sentiment complexe, composé d'attraction et de répulsion, est bien fait pour protéger Israël et contre les intrusions et contre l'égoïsme national. Grâce à ce mélange à forte dose des deux grandes lois qui gouvernent la gravitation universelle, il lui est donné de réaliser la sainte alliance de la charité avec la vérité (2).

(l) Talmud, Belza, 32; Yebamolh, 70; c'. noire Introduction générale à la Morde révélée, p. 170 el suir.

(2; Psaumes, LXXXV, 11.

LA MOUALE SOCIALE. 255

§ i\. Delà charité envers les animaux,

La consécration d'une mention spéciale à la charité qui nous oblige envers les animaux ne sera pas jugée comme une superfétalion par une société qui a adopté naguère laloiGrainmont. Dans un travail du genre de celui auquel nous nous livrons, où Tactiialilé doit avoir sa place à côté des enseignements primitifs, il n'est pas sans intérêt de montrer l'analogie de la susdite loi avec la législation biblique et rabbinique. Tout le monde connaît les dispositions claires et formelles que le Pentateuque contient à ce sujet: « Si tu voisTânc de .ton ennemi succomber (( à sa charge, tu te garderas bien de l'abandonner à lui-même; a tu aideras à le décharger. — Tu ne verras pas (indifférent et « impassible) Tâne ou le bœuf de ton frère étendu à terre ; tu u lui aideras à les relever. — Si lu rencontres sur ton chemin « un nid d'oiseau... et que tu veuilles t'emparer delacouvée, tu « ne prendras pas la mère avec les petits; tu lâcheras la mère « avant de prendre les petits, afin de mériter le bonheur et la « longéviié. — Tu ne muselleras pas le bœuf pendant qu'il « travaille au battage du blé (1). » Maintenant voyons comment sN'xpriment à ce sujet les autres organes de l'Écriture. C'est (l'abord le Psalmiste qui invoque en Dieu le sauveur de l'hoîiime et de la hôte (2). « Il (Dieu) donne, dit-il encore, la pâiurt'à la brute, aux petits des corbeaux qui crient vers lui (3). L'Eternel est bon pour tous, et sa miséricorde s'étend sur louies ses créatures (4). Citons encore à ce sujet un passage de la ihéuplianie où Dieu interpelle Job dans les termes suivants : a Connais-tu le moment précis de la gestation du « chamois, sais-tu quand la biche est saisie des douleurs de « r« iifantcment. Est-ce toi qui comptes leurs mois de concep- <• tion? sais-tu l'heure de leur délivrance?... Qui est-ce qui <i donne la liberté au mulet sauvage, qui brise les liens de

(i) ^:xo(l^ XXm, 6; Deatér., XXil, 4. (S) Psaume», CXLVII, 9.

C ei 7; XXV, 4. ^t) rsaamei, CXLV, 9.

(i) Psaumes, XXXVI, 7.

(c fonagre? C'est moi (Dieu) qui lui ai assigné pour demeure

« le vasie désert, pour domaine les plaines arides Et

if Tautruche qui délaisse ses œufs, les confiant au sable el à « la poussière, se souciant peu de les soustraire au piétinea ment des bétes des champs (1). » Et le discours continue sur ce ton, montrant dans cette constante sollicitude pour les espèces animales un éclatant témoignage en faveur de Texislence d^ane providence divine. Enfin Torgane de la Sagesse populaire dit h son tour : « Le juste est celui qui soigne le bien-être de sa béte (â). 9 Ainsi les différents échos delà Révélation semblent se confondre dans un cri unique, dans celte recommandation perpétuelle : <K Pitié pour la béte, affection pour Tanimal domestique, objet de la bienveillance divine et de sa sollicitude infinie! »

Nous allons voir la Tradition abonder dans ce sens, renchérir encore sur ces affirmations bibliques par la double autorité de la Balacha (juridiction) et de la Haggada (morale). La première nous révèle sa pensée dans cette propositionprincipe : a Maltraiter les animaux, c'est violer une disposition de la Thora (3). » La poussant jusqu'à ses conséquences extrêmes, elle croit devoir interdire à Thomme de se mettre à table avant d'avoir pourvu à Talimentation du bétail, sur la foi de ce texte fort ingénieusement interprété : «Je donnerai rherbe des champs à tes bétes, et tu mangeras et tu te rassasieras (4)», c'est-à-dire tu mangeras, après avoir assuré la subsistance de ton bétail (5). Voilà déjà des dispositions fort rassurantes à l'endroit du traitement animal, d'une efficacité d'autant plus grande qu'elles reposent sur un principe rationnel, sur la conscience de ce que nous devons à ces êtres utiles et bienfaisants, devenus indispensables à notre existence, faits pour nous engraisser de leur substance, nous nourrir de leur chair, nous vêtir de leur laine, nous réchauffer de leur

(I) Job, XXXIX, 1-15. (4) Dculér., XI, 15.

(3) ProT., XII, 10. (5) Talmud, Berachoth, 40.

^3) Talmud, Maccoib. D*»^'^ *ii5a *irac

peau, nous suppléer dans les parties les plus pénibles de noire labeur, nous transporter et nous faire <lévorer Tespace, nous aider même dans raccomplissement de notre destinée spirituelle en se chargeant de la plus grosse portion de notre tâche matérielle. C'est bien pour ce motif que les bénédictions bibliques se traduisent fréquemment en acquisition de troupeaux considérables, qui constituaient la richesse patriarcale comme plus tard la meilleure part de la richesse, nationale. 11 suffirait d'ailleurs, pour raffermissement du sentiment de la charité qui nous oblige envers les animaux, il suffirait de la constatation d'une certaine similitude entre l'homme et la béte, similitude exprimée par celte dénomination commune de «âme vivante (n^n )ot^) (1) ». Voici comment la Tradition entend et commente cette similitude : <( L'homme tient à la bêle par autant de points qu'aux êtres incorporels, car, s'il possède, comme ces derniers, l'intelligence, la parole, la noble et droite allure, il participe de l'animal par l'alimentation, Ipar les évacuations et par la procréation physique (2). » De là, comme nous venons de le démontrer, non-seulement une large place assignée par l'Ëcriture au règne animal et aux bêtes dômestiques en particulier, mais encore une sorte d'assimilation embrassant dans une égale sollicitude tous les serviteurs de la maison. Ce dernier point ressort avec la clarté de l'évidence d'une triple prescription relative au repos sabbatique : trois fois le législateur convie à ce repos le bœuf et Tâne à côté du serviteur et de la servante (3). On nous permettra de citer à ce propos une légende qui se rattache au texte des psaumes déjà cités, qualifiant Dieu de <( sauveur de l'homme et de la bête ». — « Elle nous raconte un épisode de la vie héroïque « ou, pour mieux dire, mythique du grand Alexandre, qui, « témoigoant son admiration et sa surprise pour Tadministra- « lion de la justice, aussi parfaite *qu'expéditive, d'un prince « oriental, fut, de la part de ce dernier, l'objet de l'apostro-

(f ) Genèse, I, 30, SI, 14 et 30; H, 7. (3) Eiode, XX, tO; XXUI, li; Oeit^r.,

(i) Beréohilh Rabba, leot. 9; TaUaad, V, U.

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