CHAPITRE V. — La morale de rintèrét
Nous continuerons notre exposé par l'étude des rapports qui, inférieurs aux précédents au point de vue spéculatif, ne leur cèdent ni pour l'importance ni pour les conséquences qui en découlent. Il s'agit des principes qui doivent présider aux rapports commerciaux, aux transactions, aux échanges, à l'immense mouvement des affaires enveloppant comme dans un réseau toutes les classes et toutes les catégories sociales, constituant ce que l'on appelle en langage philosophique la morale des intérêts.
§ i". De la probité. Les textes.
Dans une matière aussi délicate, de définition difficile, il importe plus que jamais de citer les textes, de laisser la parole à la Révélation elle-même, sauf à en compléter les enseignements par les procédés de l'exégèse. Un premier fait à noter, et qui rentre dans la loi générale de la filiation morale, telle
qu'elle est professée dans TËcriture, c'est que la probité, à rinstar de toutes les vérités éternelles, est placée sous la sauvegarde directe de Dieu. Nous constatons, en effet, que les prescriptions qui la concernent sont souvent accompagnées de cette, clause : « Tu craindras ton Dieu, tu encourras le déplaisir de Dieu, toute improbité est odieuse à Dieu. (1). » Remarquons ensuite que cette sanction suprême a été surtout attachée aux faits qui échappent à la vindicte légale et à Tœil de la justice humaine. Plus ils sont insaisissables pour celleci, plus ils sont condamnés au nom de la justice divine, qui se charge alors de* se substituer à la justice des hommes, si souvent impuissante à démêler le vrai du faux, à discerner la fraude et le dol déguisés; c'est ainsi qu'elle frappe celui qui barre le chemin à Taveugle ou qui use de faux poids imperceptibles (2). Pour éviter la confusion dans les citations que nous allons faire, nous les diviserons en deux séries, la série théorique et la série historique. Dans celle-ci nous relevons d'abord l'épithètede Thatnim (o-^an), qui signifie sincère, intègre, ajoutée au nom des patriarches.
Noé est un juste intègre (3), Abraham est engagé à marcher, à être intègre devant Dieu (4), et Jacob est dès son enfance un personnage intègre (5) ; enfin Israël tout entier doit être intègre devant TÉternel (6). D'autre part, qu'est-ce que le déluge? Le châtiment de la violation universelle des lois de l'équité, la fin du règne de la violence (7). Et qu'est-ce que Laban, sinon un Mercure biblique, la personnification légendaire de la tromperie, de la ruse et de la fausseté (8) ? Qu'on lise avec quelque attention le récit de la dernière entrevue du beau-père avec soji gendre, et dans la verte semonce infligée au premier par le dernier, opposant sa probité aux supercheries de l'Araméen, repoussant avec une vive indignation jusqu'au soupçon d'un semblant d'iniquité, on reconnaîtra la glorification de la bonne
(1) LéTit., XIX, 14; XXV, t7; Dealer., (t) Genèie, XVII, i.
XXV, «6. (5) Genèie, XXV, 2".
(i) Cf. Talmad, BabalIeUia, 49, 58 (6) Dealer., XVIII, 13.
et 61. (7) Geoète, VI, fi.
(3) Genèse, VI, 9. (8) Genèse, chap. XXIX et XXXI.