‹ La morale du judaísme (volume 2)Chapitre 57 sur 71 · TOME 11 Sa · texte numérisé non relu

TOME 11 Sa

foi, l'affirmation de la sainteté des engagements humains et la réprobation de tout ce qui est de nature à Taltérer (1). Et les fils de Jacob, ne sont-ils pas élevés dans ces principes salataires? Qui peut en douter quand on les voit restituer, sur Tordre paternel, l'argent trouvé dans leurs sacs de blé, et puis déchirer leurs vêtements en signe de désespoir à la vue de la coupe d'argent découverte dans le sac de Benjamin (â)? On sait aassi la terrible punition d'Âchan coupable d'avoir dérobé quelques pièces du butin de Jéricho (3). On ne connait pas moins la parabole du riche s'emparant de la brebis du pauvre pour l'offrir à son hôte et que David ne croit pas assez punir en le condamnant à mort et à la confiscation de ses biens (4). En s'échelonnant le long du cycle biblique, ces faits témoignent en faveur d'une tradition continue de probité, d'un respect religieux pour le bien d'autrui. Si la moralité publique ne se maintient pas toujours à cette hauteur, si la décadence des mœurs qui suit les règnes glorieux de David et de Salomon envahit jusqu'au domaine du mien et du tien, les prophètes, ainsi que nous allons voir, se chargent de flétrir ces défaillances morales, de les frapper de leur plus énergique réprobation.

Ceci nous amène à. la série théorique de nos textes: A cet égard, nous ferons remarquer tout d'abord que la Loi mosaïque ne se borne pas à réprouver le mensonge, la dissimulation, le parjure, la violation des engagements, la retenue des salaires, l'emploi de faux poids ou de fausses mesures ; mais elle honore du nom de saints ceux qui ne cèdent pas à ces coupables tentations et qui savent résister aux mauvaises suggestions de l'intérêt personnel. La Loi a posé les principes, et c'est le prophétisme qui en a revendiqué l'application, protestant, tout le monde sait en quels termes, contre les mille et mille procédés de l'iniquité. A tout seigneur, tout honneur. Saluons d'abord l'illustre fils d'Amotz, confondant dans le même arrêt de condamnation l'impiété et Timprobité : « Lavez-vous, s'écrie-t-il, « purifiez-vous, faites disparaître de devant mes yeux le spec-

(0 Genèse, XXXF, 36-42. (3) Josaé, Ml, âi.

(i) Gcaèse, XLIV, 7-lt. (4) II Samuel, XII, 1-6.

(( tacle de vos actes iniques ; cessez de mal agir, apprenez à « bien faire, recherchez la jastice, restituez les produits de « la rapine, prenez en main la cause de Torphelin et de la « veuve (1). « Malheur! s'écrie-t-il plus loin, à ceux qui gra- « vent des mots avec le burin d'iniquité, qui rédigent des actes <c faux, dans le dessein de faire échouer le droit des indigents, « de violer celui des pauvres de mon peuple, faisant de la (c veuve leur proie et de Torphelin leur butin. Qu'allez-vous «devenir au jour du jugement (S)? « Vos mains sont souil- « lées de sang, vos doigts sont tachés d'iniquité, vos lèvres ne (( profèrent que mensonge, votre langue n'exprime que malci veillance; le néant et la fausseté, voilà les objets de leur « confiance. L'infamie est dans leur sein, et le crime devient « le fruit de leurs entrailles (3) ». Non moins énergique est Texpression de l'indignation morale de Jérémie : « Parcourez « les rues de Jérusalem, dit* il, examinez, sondez, fouillez les a places publiques : si vous y découvrez un homme, un seul, « pratiquant la justice et cultivant l'équité, je pardonnerai en « sa faveur à toute la cité (4). « Leurs maisons sont pleines de « tromperie, comme un panier bourré de volaille; c'est comme <( cela qu ils prospèrent et s'enrichissent. Les voilà devenus « gras, massifs, crachant la menace, se souciant comme de rien « du droit de l'orphelin et de la cause du nécessiteux. £si-il « possible, dit le Seigneur, que je laisse impunie une conduite (V aussi inique, que je ne tire pas vengeance d'un peuple de « cette espèce (5) ? » Petits et grands ne songent qu'à salis- « faire leur avidité, prophètes et pontifes à l'envi pratiquent « le mensonge (6) ». Citons encore Ammos et Michée, le premier qualifiant la violation du droit, les dénis de justice, les acquisitions dues à la rapine, les qualifiant de faute impardonnable, d'irrémissible péché (7); le second, disant dans la langue d'Isaïe : « Malheur à ceux qui ruminent de mauvais

(I) Isaîe, I, 16 et 17. (5) Jérémie, V, t7-f9.

(â) Isale, Xr, 1-8. (6) Jérémie, VI, iS.

(r>) I§aTe, LIX, 3-4. (7) Ammoi, II, 6-8. (1) Jérémie, V, 1.

« desseins, encore étendus sur leur couche et jaloux de les a réaliser dès Taurore! Aussitôt convoité, aussitôt pris le i( champ du prochain; dès qu'une maison leur plaft, ils se

. « l'approprient, dépouillant les familles aux yeux de leur chef, « méconnaissant et propriétaires et propriétés (1). « Ëcoutez, « dit-il encore, ô chefs de la maison de Jacob, et vous, princes (( dlsraël, vous qui détestez la justice, qui rendez tortueux a tout ce qui est droit. Ils b&tissent une Zion de sang, ils édi> « fient une Jérusalem d'iniquité. Les chefs ne savent plus ren- « dre leurs arrêts que sous Tinspiration du démon de la (( corruption, les pontifes réclament le salaire de leurs in- « structions, les prophètes se font sorciers, pourvu qu'on les « pnye. Et ils osent compter sur Tappui du Seigneur! et ils se « permettent de dire : Dieu est au milieu de nous, le malheur (( ne saurait nous atteindre (2) ! »

A leur tour, les Hagiographes viennent apporter leur contingent de préceptes à l'appui de la probité. C'est d'abord le recueil des Proverbes, c'est la sagesse gnomique qui, remplissant le métier de vulgarisateur par rapport à la doctrine mosaïque et prophétique, les traduit en maximes, en sentences, en adages populaires, tels que ceux-ci : « Les fausses balances sont « en abomination au Seigneur, autant que les poids justes lui

. (( sont agréables. Dieu abhorre les cœurs tortueux, mais sa (( bienveillance est la compagne de ceux qui marchent dans la « sincérité. Les lèvres mensongères sont odieuses à l'Ëter- « nel, tandis qu'il se plaît dans la société des défenseurs de la (( vérité. Le témoin véridique est le sauveur des âmes, le « témoin suborné se fait l'artisan de l'imposture. Celui qui (( court après l'intérêt cause la ruine des familles, mais l'en- « nemi des cadeaux vivra (longtemps). Dieu a une balance u et des plateaux justes, il pèse les actes avec des poids infail- « libles. Les appels faits à une &me charitable sont fréquents; « mais où trouver un homme d'une sincérité parfaite? Avoir « deux poids et deux mesures, c'est s attirer le courroux du (t Seigneur. Dieu abomine les poids doubles, il réprouve les

(1) Nlohée, If, t et â. (1) Michée, III, 9-11.

« balances trompeases. Il est des hommes aux allures tor- « tueuses, étranges; mais Thomme pur se distingue par la « droiture de ses actes. L^homme sincère est une source de « bénédictions; mais celui qui est âpre au gain ne saurait « échapper au châtiment. L'homme inique est en abomina- » tlon aux justes, tout autant que Test aux méchants celui qui « suitle chemin droit ({]. » Terminons cet exposé biblique par quelques textes du chantre national, chantant sur sa divine lyre les mérites de Thomme de bien : a Qui est digne, ô Sei- (( gneur, de séjourner dans ta tente, de résider sur la monta- « gne sainte? C'est Thomme à Tallure sincère, aux actes équiu tables, disant la vérité dans son cœur, préservant sa langue « de toute médisance, ne faisant jamais le mal à son prochain, u défendant les siens contre toute insulte, méprisant tout ce u qui est vil, honorant ceux qui craignent Dieu, ne violant « jamais un serment, fût-ce à son propre détriment, prêtant « son argent sans intérêt, repoussant les présents, même pour « défendre un innocent. Oui, quiconque pratique ces vertus a ne chancellera jamais (2). » N'est-ce pas le vrai ju$(um et tenacem proposile virum que le poète latin a pu entrevoir, mais non par définir? « Qui est en droit, dit-il encore, de gravir la sainte montagne, de se maintenir dans la résidence^sacrée ? C'est rhomme aux mains innocentes, au cœur pur, qui n'a jamais penché vers la fausseté ni ne s'est parjuré (3). d

§ 2. Esprit général de ces textes.

Il nous semble qu'une doctrine à l'expression si claire, au langage si précis, si énergique, aux traces si nombreuses et si profondes dans les divers documents bibliques, gardant son identité au milieu des formes variées de la Révélation, ne donne lieu à aucune équivoque en cette matière. Probité dans les actes, sincérité dans la parole, véracité dominant le for

(1) ProT., Xr, 1 et tO; X(I, ft; XIV, (i) Psaumes, XV, 1-5.

3» ; XV, 37 ; XVI, li; XX, 6, tO et 33; (5) Psaumes, XAIX, 5 et 4.

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