RÉSUMÉ GÉNÉRAL DES SOURCES DE LA MORALE RÉVÉLÉE
Le long exposé que nous venons de faire des sources, de la morale révélée est de nature, malgré ses imperfections, à nous donner une idée de retendue et de la profondeur de cet immense réservoir. Au point de vue de la doctrine, il nous présente une série de principes et de leçons embrassant tous les aspects si variés de la réalité morale. Sur un fond uni, fourni par la révélation primitive, nous avons vu s'élever les étages superposés de Tédiflce dont nous avons esquissé les grandes lignes. Nous avons successivement passé en revue les fondations de la morale organique des patriarches, de la morale se croisant avec le culte institué par Moïse, de la morale libre, autonome, telle qu'elle fut conçue par le prophéiisme. A ce monument simple, imposant, mais d'un style sévère, la Tradition est venue donner la couleur et la variété des perspectives. Par ses affinités avec le stoïcisme, elle met l'éthique sacrée en possession des plus nobles éléments de la philosophie; par ses fictions, ses paraboles, ses allégories, ses mythes touchant le Yetzer Harâa (le génie du mal) et le Yetzer Tob (le génie du bien), elle fait pénétrer la morale dans les plis et les replis du cœur humain, de même que par ses facultés interprétatives elle en rend l'application universelle.
Vient ensuite l'histoire faire pendant à la doctrine, lui servir de miroir magique, traduire en faits les idées émises par celle-ci, nous offrir dans la pratique le contrôle de la théorie, frapper la double empreinte de la morale individuelle et de la morale sociale au moyen de deux catégories des faits particuliers et des faits collectifs. Dans le tableau qui se déroule à nos yeux depuis les temps antéhistoriques jusqu'à l'avénementdes grands empires, types de la société moderne, il nous a été donné de saisir sur le vif les conditions essentielles de la loi morale, puisées d'une part dans la vie des personnages bibliques; de Tautre, dans l'observation des vicissitudes nationales. La première catégorie nous a fourni un contingent
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d'enseignements sur les trois points que voici : ia sanction de la morale révélée remontant jusqu'à Dieu, qui la marque au coin de son infaillibililé, le rôle prépondérant attribué à la pensée, combinante et dirigeante, sur la perpétration du fait matériel; enlin la priorité décernée à une vertu transcendante, brillant de tout son éclat, propice aux grands résultats, sur une foule de qualités secondaires qui ne dépassent pas le niveau de la médiocrité. La seconde catégorie, par Texposé des évolutions périodiques qui, en se répétant, semblent convertir en cercles concentriques les cycles successifs de Moïse, des juges et des rois, nous a révélé l'existence et Tiniluence d'une grande loi d'action et de réaction, inhérente à l'humanité comme le flux et le reflux le sont aux mouvements des Océans. L'immobilité ne convient pas plus à l'homme qu'aux éléments de la nature. Si l'eau stagnante se change en marais croupissant, si l'air ambiant se corrompt quand il n'est pas renouvelé par de frais courants, la stabilité humaine court les mêmes risques lorsqu'elle n'est pas traversée par ces souffles, par cea crises violentes qui sont comme les tempêtes du monde moral. Telle est la loi d action et de réaction, qui remplit dans la sphère de l'esprit les fonctions réservées à l'action météorologique dans les régions cosmiques. Celte analogie entre la marche de la nature et celle de 1 humanité n'est pas une fois, mais cent fois affirmée par l'Écriture. Il importe donc d'en tenir sérieusement compte dans l'étude des causes qui président au développement de la science de l'éthique.
Mais comme ce développement s'opère dans une race unique, dans la race sémitique bénie par Noé, et particulièrement dans la portion de cette race qui se perpétue dans la branche patriarcale, il n'est pas inutile de greffer sur l'ethnologie, de fixer avec une certaine précision les organes moraux qui lui ont été départis, de reconnaître enfin la réalité de la mission d'une nation pontificale dans le nombre et dans la puissance des facultés génériques dont elle a été douée. Nous espérons en avoir rendu les traces visibles à tous dans leur double manifestation théorique et pratique, enseignée par la loi écrite
et orale, confirmée par le multiple témoignage de Thistoire de la dispersion. C'est par ces aspirations qui, malgré leur diversité, convergent vers le môme but à travers le temps et l'espace, c'est par cette variété dans l'unité, c'est-à-dire par la loi de l'harmonie, que le Judaïsme affirme sa vitalité à côté de son originalité. C'est pourquoi nous avons jugé à propos d'élargir notre cadre pour y faire sa place à cet élément important des aptitudes nationales dans leur rapport avec les régies de la morale générale.