RÉSUMÉ GÉNÉRAL DU CHAPITRE II
Il convient, avant de continuer notre examen de Thomme moral, d'embrasser d'un coup d'œil d'ensemble les différents aspects du rôle assigné au sentiment et aux passions qui en sont les organes dans cet exposé de la morale individuelle. Nous avons été frappé tout d'abord de la place apparente attribuée au cœur dans la langue sacrée. Grâce à une confusion calculée de la sensibilité avec Tintelligence, on a imputé au cœur, outre ses qualités propres, la plupart des prérogatives de r&me, « pensée, réflexion, détermination et volonté » ; si nous disons confusion calculée, c'est à cause de la révélation précieuse qu'elle contient sur les relations intimes et permanentes de ces deux maîtresses facultés, qui tantôt marchent de front, tantôt procèdent par voie de succession immédiate. Passant du principe à l'application, nous avons étudié celle-ci dans les principales manifestations de la passivité, observant les passions tour à tour dans leur nature, dans leurs causes et dans leurs résultats. Puis nous avons interrogé sur ces différents points l'Écriture et la Tradition. Qu'y avons-nous appris? Que les passions sont nécessaires, utiles, agréables, formant les grands courants de la vie morale; nécessaires comme médiateurs entre la pensée et la sensation, utiles par la lutte pour laquelle elles nous fournissent les armes, et par la force de résistance qu'elles réveillent en nous, agréables par le vif attrait qui les accompagne, par le charme et les reflets poétiques qu'elles répandent sur les plus humbles existences, en les faisant passer par toutes les péripéties de l'action dramatique. Mais on s'est bien gardé de nous dissimuler les difficultés de la lutte, les dangers auxquels nous expose cette épreuve, sans toutefois les exagérer. Nous n'ignorons pas que nous pouvons être vaincu, que nous avons affaire à forte partie; mais nous savons aussi qu'il ne tient qu'à nous de vaincre, à la seule con-
dition de ne jamais renoncer an combat. Le triomphe est certain, c'est Dieu lui-même qui en donne l'assurance à Gaïn ; mais il ne s'obtient qu'après de vigoureux efforts, c'est-à-dire qu'il est glorieux, et l'on ne saurait dire de lui :
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Mais ces passions qui sont tantôt bonnes, tantôt mauvaises, ici louables, là répréhensibles, possédons-nous la faculté de les distinguer, avons-nous le creuset qui sert à éprouver les métaux précieux? Oui, nous avons des moyens de discernement; nous ne sommes pas privés de signes et de marques propres à nous les faire reconnaître. Avant tout, il faut partir de ce principe qu'il n'y a point de passion foncièrement mauvaise, rien de mauvais ni d'impur venant de Dieu (1). C'est nous-même, c'est-à-dire notre libre arbitre qui, par la direction qu'il leur imprime, les rend profitables ou pernicieuses, de façon que les passions hostiles sont propres à tourner au bien, au salut, de même que les dispositions tendres et affectueuses, l'amour et la sympathie, sont plus d'une fois confisquées au profit de la démoralisation. Tout dépend finalement de l'impulsion, de la direction qui prévaudra. Or, cette direction ne peut être qjie de deux sortes, elle est ou essentiellement divine ou purement humaine, et il n'est guère besoin d'ajouter qu'autant la première est bonne, autant la dernière, livrée à elle-même, est mauvaise. Tant que les passions ont pour objectif un but intellectuel, moral, social, identique à celui que la Révélation biblique ne cesse d'attribuer à Dieu, elles secondent l'action providentielle, coopèrent à l'œuvre de la création. Mais qu'elles prennent pour desideratum les satisfactions corporelles et personnelles, celles des appétits, de l'égoïsme, de la gloriole, et aussitôt elles sont dévoyées, nous entraînant avec elles sur la pente de l'abîme. En dernier lieu nous avons pu nous convaincre que l'irritabilité, avec son immense cortège d'impressions, de sensations et de sentiments, est investie d'une mission morale bien déterminée. C'est de servir de réactif efficace con-
(1) Talnmd, Syuhédrin, 6S.
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tre le mal et ses complices, mais de façon à rendre de plus en plus facile la solution d*un des problèmes les plus ardus de l'éthique, nous voulons dire la conservation du pécheur au moyen de la suppression du péché, aux termes des assurances prophétiques et messianiques (1).