LIVRE I01'. — RAPPORTS AVEC L'ÉCONOMIE POLITIQUE. II
[aurait point de « forces perdues » ; toutes celles dont l'esjpèce humaine dispose seraient utilisées et elles lui permettraient d'arriver au summum de progrès, de développement et d'ascension dans l'échelle des êtres que comportent les * v*w. virtualités qui sont en elle, et qu'elle entretient, renouvelle et augmente, en puisant dans l'immense réservoir des forces . que la nature a mises à sa disposition.
Mais si l'homme n'a point à faire des lois pour régler la production,^ distribution et la consommation de la richesse, en revanche il doit agir de manière à ne point troubler l'opéra- ,t tion des lois naturelles qui régissent ces phénomènes économiques. Il doit s'imposer dans ce but des règles de conduite '^ qui s'appliquent à l'universalité de ses actes.
Avant d'exposer ces règles de conduite, dont la connaissance et l'application sont l'objet delà morale, rappelons, autant du moins qu'il est nécessaire pour en montrer la raison d'être, en quoi consistent les lois naturelles qu'il faut observer sous peine d'infliger à l'espèce une déperdition de forces utiles.
• C'est d'abord la loi de l'économie des forces qui agit sous\ Q™, i*iÀ<* la double impulsion de la peine et du plaisir pour susciter le progrès des instruments et des méthodes de la production, et provoquer ainsi l'accroissement des forces utiles de I l'espèce.
C'est ensuite la loi de la concurrence qui, d'une part, corrobore l'action de la loi de l'économie des forces, en rendant le progrès nécessaire sous peine de destruction et de mort, \ en sacrifiant les moins capables de progrès au profit des p plus capables, et, d'une autre part, agit", avec le concours ' d'une troisième loi, celle de la progression des valeurs, pour' établir par la mise en équilibre des forces un ordre utile dans le monde économique.
La concurrence, qui est le moteur principal de ce mécanisme naturel, apparaît et agit, selon le degré d'avancement
de l'espèce, sous trois étals différents : elle esl successives ment animale, politique et industrielle. Lorsque les hommes, encore dépourvus d'industrie, forment desimpies troupeaux, ils sont assujettis, pour leur conservation et l'acquisition d<leur subsistance, à la concurrence d*un grand nombre d autres espèces, sans oublier la leur. C'est la concurrence animale, manifestée par la chasse. Les troupeaux les plus forts et les plus habiles à exercer cette industrie primitive, ceux qui possèdent les qualités et qui créent les armes et les engins les mieux adaptés à la chasse aux animaux et aux hommes, subsistent seuls et font souche, tandis que les autres périssent — ceci à l'avantage général et permanent de l'espèce. Ensuite, lorsqu'un progrès décisif a été réalisé par la découverte et la mise en culture des plantes alimentaires, les troupeaux font place aux nations et on voit se constituer les
États politiques. Les fondateurs d'Etats exploitent les terriloires qu'ils ont conquis et les populations qu'ils ont assujetties, et ils se font concurrence pour augmenter, les uns aux dépens des autres, leurs exploitations. C'est la concurrence politique manifestée par la guerre. Cependant grâce à la sécurité que leur procurent les maîtres de l'État, intéressés à les défendre, les populations assujetties perfectionnent et développent leur industrie, en découvrant des éléments de production plus nombreux, en inventant des méthodes, des outils et des machines de plus en plus économiques. Le premier et le plus efficace des procédés auxquels elles ont recours, sous l'impulsion de la loi de l'économie des forces, est celui delà division du travail. La division du travail implique l'échange. Tous les produits et services créés par le procédé de la division du travail s'échangent contre d'autres produits et services. Alors apparaissent la concurrence industrielle et la loi de progression des valeurs, qui remplissent dans le monde économique un rôle analogue à celui qui appartient à la loi de la gravitation dans le monde physique, en