‹ La morale économiqueChapitre 11 sur 242 · LIVRE Ier. *— RAPPORTS AVEC L'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. *— RAPPORTS AVEC L'ÉCONOMIE POLITIQUE

agissant avec une puissance développée en raison géométrique pour établir l'équilibre dans la production, la distribution et la consommation des forces utiles, valeurs ou richesses.

Comment agissent-elles ?

Les produits ou les services créés par chaque entreprise spécialisée sous le régime de la division du travail sont échangés contre ceux des autres entreprises. Ils s'échangent en raison de la force utile ou de la valeur qu'ils contiennent. C'est dans l'échange que se fixe la grandeur de celte force utile ou de cette valeur. Comment se fixe-t-elle ? Elle se fixe en raison inverse des quantités offertes des produits ou des services dans lesquels la valeur est investie. A mesure que ces quantités augmentent, elles se font une concurrence de pi us en plus vive, et l'effet de cette concurrence est de faire baisser la valeur qu'elles contiennent. Or cette baisse ne s'opère pas simplement en raison arithmétique, elle s'opère en raison géométrique, et, vice versa, la valeur monte en suivant la même progression, à mesure que la concurrence des quantités offertes va s'affaiblissant. L'échange s'opère au moment où, sous l'impulsion de ces deux lois agissant de chaque côté, les valeurs investies dans les produits réciproquement offerts deviennent égales et se trouvent ainsi en équilibre.

C'est cette opération des deux lois combinées de la concurrence et de la progression des valeurs qui détermine la production, la distribution et la consommation utiles des valeurs investies dans les produits ou les services, des valeurs, autrement dit des forces nécessaires à la conservation et au progrès de l'espèce.

Comment détermine-t-elle la production utile?

En premier lieu, les lois de la concurrence et de la progression des valeurs agissent dans l'opération de l'échange pour fixer la valeur du produit ou du service au niveau des moindres frais de production, c'est-à-dire de la moindre dépense de forces utiles qu'il a fallu faire pour mettre d'une

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manière continue un produit ou un service au marché de la consommation, en comprenant dans ces frais la part nécessaire de l'entrepreneur. En efTet, si la valeur d'un produit ou d'un service échangé s'élève au-dessus de ce minimum de frais, en ajoutant ainsi une prime ou rente à la rétribution utile des agents productifs, ces agents sont attirés dans l'industrie qui fournit cette prime ou rente jusqu'à ce que celleci ait disparu; si au contraire la valeur du produit ou du service échangé descend au-dessous des frais, les agents productifs cessent de se porter dans ce genre d'entreprises ou s'en retirent. S'ils ne s'en retirent point, comme ils ne peuvent plus se renouveler d'une manière suffisante, l'excédent de production qui fait tomber la valeur au-dessous des frais disparaît quand même. Cette opération régulatrice de la loi de la concurrence est secondée par celle de la loi de progression des valeurs, car les excédents ou les déficits des quantités offertes engendrant une baisse ou une hausse progressive de la valeur, ces excédents ou ces déficits ne peuvent être durables, et leur durée est d'autant moindre qu'ils sont plus considérables.

En second lieu, ces mêmes lois agissent pour expulser du marché et supprimer les produits ou les services créés moyennant une dépense supérieure au minimum de frais. La valeur de ces produits ou services ne pouvant dépasser ce minimum dans l'échange, du moins quand aucun obstacle ne vient entraver l'opération delà concurrence, ceux qui en ont entrepris la production se ruinent. Seuls les producteurs actifs, intelligents et progressifs qui produisent au meilleur marché subsistent et se multiplient à l'avantage général et permanent de l'espèce. Ainsi, tandis que la loi de l'économie des forces pousse les hommes au progrès, en les excitant à augmenter leurs jouissances et à diminuer la peine nécessaire pour les acquérir, les lois de la concurrence et de la progression des valeurs y joignent un stimulant irrésistible, en con-

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