‹ La morale économiqueChapitre 108 sur 242 · LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE

tématiques et excessives. Il ne faut pas davantage que cette propriété soit diminuée par la défense de traiter des questions qui attirent particulièrement l'attention publique. Si ces conditions de sécurité et de liberté existent, les journaux se multiplient autant que le comporte l'étendue de leur débouché. Si ce débouché est suffisamment vaste, les journaux se développent et s'améliorent matériellement en perfectionnant leur outillage et leurs procédés de publication; le petit atelier d'informations et d'opinions devient manufacture. Après avoir représenté un capital de quelques milliers de francs, le matériel et la clientèle d'un journal arrivent à valoir des millions. A la suite de ce progrès dans ses conditions matérielles d'existence, on voit s'accomplir un autre progrès plus avantageux encore dans sa direction morale. En possession désormais de ressources amplement suffisantes, le journal n'a pas besoin de recourir, pour subsister, à des subventions politiques et financières qui augmentent son revenu aux dépens de sa réputation d'indépendance et d'intégrité. Il lui devient plus profitable d'être indépendant et incorruptible que dépendant et vénal. Car la clientèle va de préférence aux journaux qui jouissent de la considération publique et, avec la clientèle, vient l'annonce. Enfin, un journal dont la propriété représente un gros capital et dont les directeurs sont responsables envers leurs actionnaires ne s'expose pas légèrement aux lourds dommages-intérêts que peuvent lui attirer la calomnie et l'injure ou bien encore aux pénalités que peut lui valoir la provocation à l'émeute et au pillage. C'est ainsi que les progrès qu'engendrent naturellement la sécurité et la liberté agissent beaucoup plus efficacement qu'aucun régime répressif pour moraliser la presse.

Toutefois, même dans son état actuel d'imperfection, la presse rend à la so<Ésté plus de services matériels et moraux qu'elle ne lui cause de dommages par ses vices et ses abus. Que l'on suppose, un moment, qu'elle n'existe point, com-

bien la production et la diffusion des informations nécessitées par le développement des relations politiques, financières, industrielles, commerciales, scientifiques, littéraires, deviendront difficiles et coûteuses ! Combien, en même temps, la production de l'opinion, en toutes matières, serait plus retardée et imparfaite si elle manquait de cet organe qui se trompe souvent, sans doute, dont les jugements sont hâtifs et parfois viciés par une passion ou un intérêt, mais qui, malgré tout, est mieux informé, plus éclairé et plus capable de bien apprécier les actes, les lois et les institutions que la multitude, à laquelle il offre ses jugements, et qui demeure d'ailleurs toujours maîtresse de les accepter ou de les refuser. Comme le parlement, la presse produit des opinions, mais elle ne les impose point et ses erreurs ne deviennent jamais obligatoires.

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