LIVRE I". — RAPPORTS AVEC L'ÉCONOMIE POLITIQUE
damnant à périr, c'est-à-dire en infligeant le maximum de la peine à ceux qui s'attardent sur la route du progrès. Certes, ce procédé que la nature emploie pour obliger l'homme à perfectionner son industrie est brutal ; il inflige aux individualités les moins actives et les moins industrieuses une pénalité cruelle, mais la nature ne considère que l'intérêt général et permanent de l'espèce, elle lui sacrifie l'intérêt particulier ettemporaiie de l'individu, tout en donnant à chacun la possibilité de concourir et de remporter le prix de la lutte. En troisième lieu, il résulte de l'opération de ces mêmes lois que tous les progrès qui diminuent les frais de production d'un produit ou d'un service particulier tournent au profit de la généralité de l'espèce représentée par le consommateur. En effet, la force utile ou la valeur investie dans ce produit ou ce service s'obtient désormais au mo}ren d'une valeur inférieure (de tout le montant de l'économie de frais réalisée par le progrès) à celle qui était auparavant nécessaire pour lui faire équilibre dans l'échange. La différence est recueillie par le consommateur et elle augmente son pouvoir d'acquisition des forces qui servent à la conservation et au progrès de l'espèce. «yf^->
En résumé, sous l'impulsion combinée des lois de l'économie des forces, de la concurrence et de la progression des valeurs, les frais de production, c'est-à-dire la dépense de force utile ou de valeur qu'il faut faire pour créer tous les produits et services nécessaires à la conservation et au progrés de l'espèce vont en s'abaissant toujours ; la somme de force utile ou de valeur que fournissent, dans l'échange, ceux qui les consomment descend ou du moins tend continuellement à descendre au niveau du minimum de ces frais. C'est autour de ce minimum de frais ou de ce prix naturel, comme le nommait Adam Smith, qu'elle gravite, et c'est grâce à cette gravitation économique que la production tend, en même temps, dans la généralité de ses
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branches, à s'équilibrer ou à s'ajusler utilement avec la consommation (1).
Les mêmes lois agissent pour régler utilement la distributions des valeurs entre tous ceux qui ont contribué à les créer. Comment agissent-elles?
(1) Nous ne pouvons que résumer ici la démonstration do ce phénomène. Nous nous bornerons à ajouter à cet aperçu sommaire quelques développements empruntés à notre précédent ouvrage sur les Lois >iatureltcs de l'économie politique :
« ... Les producteurs abandonnent les industries en perte pour porter de préférence leurs capitaux et leur travail dans les industries en bénéfice, à commencer par celles où ce bénéfice est le plus élevé. Mais quelle est la conséquence de ce retrait d'un côte, de cet afflux de l'autre? C'est d'établir uu « équilibre naturel » entre la multitude des branches de la production, au niveau des frais qu'il a fallu faire, du capital et du travail qu'il a fallu dépenser et qu'il faut reconstituer pour mettre, d'une manière continue, un produit ou un service quelconque à la disposition de ceux qui en ont besoin. Quand cet équilibre vient à se rompre, par un accident ou par un autre, il tend aussitôt à se rétablir, sous l'impulsion de la loi naturelle de dilatation et de contraction des valeurs, et il se rétablit d'autant plus vite qu'il a été rompu davantage. Le déplacement d'une quantité de produits ou de services engendrant uue hausse ou une baisse progressivement plus forte des valeurs qui y sont investies, la tendance au rétablissement de l'équilibre économique agit d'un mouvement égal à celui qui détermine l'équilibre physique des corps. L'ordre s'établit ainsi « naturellement » dans la production ; la multitude des produits et des services, créés parfois dans les régions et aux époques les plus éloignées, tend toujours à se présenter au marché et à s'offrir dans le lieu, le moment et les quantités les plus utiles. Les .plus utiles, disons-nous, car l'utilité se mesure à la grandeur du sacrifice que l'on est disposé à faire \ pour se les procurer. Si l'on ne consent pas à donner en échange d'un article quelconque une valeur suffisante pour rouvrir ses frais de production, autrement dit la somme qui a été dépensée pour le produire, tandis que l'on donne en échange d'un autre une valeur qui dépasse les fiais qu'il a fallu faire pour le créer, n'est-ce pas une preuve irréfragable que le second est plus utile que le premier? C'est ainsi, disons -nous, que la loi naturelle de progression des valeurs agit pour faire mettre toujours, dans le temps, le lieu et les quantités les plus utiles, à la disposition des consommateurs, tous les produits et services nécessaires à la réparation et à l'expansion de leurs forces physiques et morales, et pour l'acquisition desquels ils consentent à s'imposer des sacrifices d'autant plus grands que le besoin qu'ils en ont est plus intense. La production s'établit et se | proportionne donc en raison de l'utilité des produits ou des services, et , l'utilité se mesure à la grandeur des sacrifices que les consommateurs sont disposés à faire et qu'ils fout pour obtenir les choses qui la con- - tiennent. »
Les Lois naturelles de l'économie politique, chap. IV, p. 23.
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