‹ La morale économiqueChapitre 113 sur 242 · LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE. VXi · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE. VXi

En outre, la culture morale, qui devrait tenir la première place dans l'éducation, estde plus en plus subordonnée à celle de l'esprit. On s'applique à répandre, à universaliser même l'instruction primaire, mais sans se préoccuper de l'usage utile ou nuisible que l'enfant, devenu homme, pourra faire de l'instrument de connaissance qu'on lui fournit, sans développer son éducation morale de manière à lui permettre de se préserver de la corruption des mauvaises lectures. Dans l'enseignement qui s'adresse aux classes moyenne et supérieure, on s'applique, par-dessus tout, à remplir le cerveau de l'enfant de la plus grande quantité possible de connaissances utiles ou inutiles, de celles-ci plutôt que de celles-là; on n'arrive, à la vérité, presque toujours qu'à congestionner, à affaiblir et à fausser son intelligence. Mais, on ne s'occupe guère d'épurer sa conscience, de former et de rectifier son jugement, de fortifier et de diriger sa volonté, de lui inspirer l'horreur du mal et l'amour du bien, en un mot, de le rendre capable de gouverner honnêtement et utilement sa vie.

L'éducation par l'exemple est peut-être plus défectueuse encore. Dans les régions supérieure et moyenne de la société, où les convenances de fortune décident le plus souvent des unions, l'éducation de l'enfant est troublée par le manque d'accord des parents, et les exemples qu'il a sous les yeux ne sont point faits pour contribuer à son développement moral. D'ailleurs, même dans les familles les mieux unies, les parents n'ont qu'une idée imparfaite des exigences de la pédagogie morale, et ils pèchent tantôt par excès d'indulgence, tantôt par excès de sévérité. L'enfant est-il éloigné de sa famille et placé dans un externat, il y retrouve encore aggravé l'abus d'une discipline rigoureuse ou d'une surveillance relâchée. Dans les couches sociales inférieures où les enfants sont multipliés sans prévoyance, quand ce n'est pas en vue du profit que les parents se proposent de tirer d'eux, où l'excès de leur nombre engendre l'insuffisance inévitable

\\\ù LA MORALE ÉCONOMIQUE.

des soins physiques et moraux, où c'est à peine s'il existe un foyer domestique, où le père passe sa vie à l'atelier et au cabaret, où la mère est absorbée par les exigences de la maternité et les soucis du ménage, la situation est pire encore: la promiscuité et la malpropreté résultant de l'exiguïté du logement, les querelles que provoquent les difficultés quotidiennes de la vie et dont les enfants sont témoins à l'âge où les impressions sont les plus fortes et les plus persistantes, contribuent à les démoraliser. Les envoie-l-on à l'atelier, — et l'on se hâte de les y envoyer sans se préoccuper des nécessités de leur croissance et de leur éducation, aussitôt que les chefs d'industrie consentent à les y recevoir, — ils se trouvent en contact avec des adultes des deux sexes que les besoins de la vie y ont poussés, que le hasard y a rassemblés et dont le langage et la conduite ne sont pas des modèles à imiter. Telle est l'éducation morale que reçoivent aujourd'hui les jeunes générations des peuples les plus civilisés delà terre.

Ce qui nous empêche de nous rendre compte delà gravité du mal, c'est que l'influence bonne ou mauvaise de l'éducation ne devient sensible qu'à la longue. Comme nous l'avons remarqué plus haut, l'éducation n'agit que lentement pour modifier et corriger la nature. Il en est des vices et des déformations morales comme des vices et des déformations physiques : ils se transmettent par l'hérédité et ne se guérissent que par une médication et des soins héréditaires. Si cette médication fait défaut, ou pis encore si elle est vicieuse, elle aggrave le mal au lieu de le guérir. Il est donc permis de craindre que l'insuffisance et les vices de l'éducation des générations actuelles ne contribuent, jusque dans un lointain avenir, à déformer les générations futures,

La cause principale, nous ne dirons pas unique de l'état particulièrement arriéré et défectueux de l'éducation à l'époque où nous sommes, réside dans l'intervention du gouvernement et l'arrêt de développement qu'elle a provoqué, en empè-

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