‹ La morale économiqueChapitre 122 sur 242 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES PROGRÈS ÉCONOMIQUES QUI DONNENT NAISSANCE A l'aGRI- CULTURE ET A LA PETITE INDUSTRIE.

Comment l'appareil primitif que nous venons d'esquisser du gouvernement de l'individu et de la société s'est-il successivement perfectionné? Comment ce progrès a-t-il été déterminé? Par l'augmentation de la puissance de l'homme sur la nature et l'amélioration de ses conditions d'existence. C'est le progrès économique qui a engendré le progrès moral.

Si nous analysons le phénomène du progrès, nous trouvons que le premier et indispensable agent de la production de ce phénomène, c'est l'intelligence. Or l'intelligence comme la force physique se trouve inégalement distribuée entre les différentes races d'hommes aussi bien qu'entre les individus eux-mêmes. Les races inférieures, c'est-à-dire les moins pourvues d'intelligence, sont incapables de progresser au delà du point marqué par la satisfaction de leurs besoins de première nécessité. L'excitation de la loi de l'économie des forces et la pression de la concurrence sont impuissantes à les pousser plus loin. C'est pourquoi, à moins qu'elles ne soient protégées par des obstacles naturels contre la concurrence des races mieux douées, elles succombent dans la lutte. Mais les races capables de progrès, elles-mêmes, n'avancent dans cette voie qu'autant qu'elles y sont poussées et en proportion de la pression qu'elles subissent. Car tout progrès exige un effort d'intelligence et implique une peine. Cela étant, si nous nous reportons aux temps primitifs, quel spec-

tacle frappera nos regards? Nous verrons les hommes pressés par la nécessité de se défendre, recourir, comme beaucoup d'autres espèces, au procédé de l'association. C'était un premier progrès. Seulement, s'ils s'en étaient tenus là, ils ne se seraient pas élevés au-dessus du reste de l'animalité. Mais un certain nombre d'entre eux possédaient une plus forte dose d'intelligence que les individus les mieux doués des autres espèces, avec une conformation physique plus apte à la servir. Us inventent des armes, en vue d'augmenter leur puissance productive et défensive en économisant leur peine. Pourvu d'un armement artificiel qui supplée à l'insuffisance de son armement naturel, l'homme engage la lutte avec les espèces concurrentes et finit par les vaincre, les détruire ou les asservir. Cependant la lutte est vive, et d'autant plus qu'elle s'étend aux hommes eux-mêmes, partagés en troupeaux concurrents pour la recherche de la subsistance. Sous la pression de cette concurrence vitale, l'élite intelligente des troupeaux s'ingénie à développer les ressources nécessaires pour la soutenir ; elle réduit certaines espèces animales à l'état de domesticité, fait succéder l'élève du bétail à la récolte des fruits naturels du sol et à la chasse, finalement découvre les céréales et invente les instruments et les procédés de l'agriculture et des arts industriels. Cette série de progrès économiques modifie les conditions d'existence de l'homme et détermine des progrès correspondants dans la matière de la morale et dans son application au gouvernement de l'individu et de la société.

On pourrait suivre pas à pas cette transformation des procédés et de l'outillage de la production, et les progrès qu'elle a déterminés dans la machinerie du gouvernement. Nous devons nous borner à la considérer au moment où l'invention de l'agriculture, en permettant démultiplier dans la proportion de 1 à 1,000 et même davantage le nombre des hommes vivant sur une surfare donnée, a fait sucré-

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