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LA DÉCADENCE DE LA CONCURRENCE POLITIQUE

Pendant que la concurrence industrielle se développait et s'internationalisait chaque jour davantage, la concurrence politique subissait une décadence irrémédiable.

Cette décadence a été produite directement par les progrès du matériel et de l'art de la guerre, et nous verrons que l'avènement de la grande industrie et la généralisation de la concurrence industrielle y ont indirectement contribué. En attribuant un rôle prépondérant au capital et à la science dans cette branche particulière d'industrie qui a pour objet l'expropriation et l'assujettissement des plus faibles et des inoins capables au profit des plus forts et des plus capables, les progrès du matériel et de l'art delà guerre ont assuré la victoire des peuples civilisés sur les barbares. Sous l'influence de ces progrès un changement radical s'est opéré dans la situation respective des sociétés riches et avancées dans la voie de la civilisation et des sociétés pauvres et arriérées. Tandis que, depuis la naissance de l'humanité, les premières avaient été continuellement menacées et mises en péril par les secondes, tandis que des sociétés en voie de civilisation avaient fréquemment — surtout quand des vices intérieurs les affaiblissaient et les corrompaient — succombé sous les coups de hordes pillardes et dévastatrices, c'est le monde civilisé qui déborde maintenant sur le monde barbare. Depuis l'invention des armes à feu, ce débordement s'est opéré d'une manière continue et progressive. Au mo-

ment où nous sommes, les foyers des anciennes invasions sont aux mains des peuples civilisés, et ceux-ci sont en train d'achever, presque sans coup férir, la découverte et la conquête du globe. Le risque des invasions barbares, jadis le plus élevé et le plus imminent que courussent les sociétés en voie de civilisation, a entièrement disparu. Il en est résulté que la guerre a perdu son caractère primitif et fatal de nécessité. Aussi longtemps qu'elle s'était imposée aux peuples civilisés, quelque répugnance qu'inspirât aux plus avancés d'entre eux ce mode brutal d'exercice de la concurrence, aussi longtemps qu'ils avaient été menacés par les irruptions soudaines du monde barbare, il leur avait bien fallu établir et maintenir un appareil d'assurance extérieure de la vie et de la propriété pour se préserver de ce risque. Et cet appareil, il était nécessaire de le mettre fréquemment sinon continuellement en œuvre, sous peine de voir s'affaiblir les aptitudes guerrières du personnel et se détériorer le matériels de l'assurance.

Dans cette situation, les luttes intestines des peuples civilisés apparaissaient comme un sport indispensable à leur sécurité, et elles leur procuraient un bénéfice indirect qui compensait et au delà l'insuffisance du bénéfice direct.

Toute industrie, remarquons-le bien, qu'elle ait pour objet, comme la guerre, l'expropriation, ou, comme les autres branches de l'activité humaine, la création et l'échange des richesses, toute industrie, disons-nous, ne s'exerce qu'en vue d'un profit, mais ce profit peut être de deux sortes : direct et indirect. Le profit direct que les peuples en voie de civilisation tiraient de leurs guerres avec les barbares qui envahissaient ou menaçaient leurs frontières était insignifiant; il ne consistait qu'en prisonniers qu'il fallait le plus souvent massacrer faute de pouvoir en faire des esclaves dociles et laborieux ; en revanche, le profit indirect que l'on trouvait en repoussant une invasion était, pour

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