‹ La morale économiqueChapitre 146 sur 242 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

COMMENT LA CONCURRENCÉ A AGI POUR SUSCITER LES PROGRÈS QUI ONT MIS FIN A l'ÈRE DE LA PETITE INDUSTRIE.

Lorsque la pression de la concurrence politique était intense et continue, lorsque la guerre était permanente, la corporation politique propriétaire de 1 Etat, soit que cet Etat fût un vaste empire ou une simple cité, demeurait unie et toutes ses forces étaient dirigées contre l'ennemi, — car tous ses membres, quelque divisés d'intérêts et de sentiments qu'ils pussent être, avaient un intérêt commun et supérieur à la conservation de l'Etat. Ce n'est que par exception et bien rarement qu'une scission s'opérait entre eux et qu'une guerre civile éclatait dans le cours d'une guerre étrangère. Il en était autrement dans les intervalles de paix, particulièrement dans les contrées qui se trouvaient défendues par des obstacles naturels contre les invasions du dehors. Alors les conflits d'intérêts provenant soit d'un vice d'organisation de la corporation politique, soit de l'orgueil, de la cupidité, de la jalousie de l'une ou l'autre de ses fractions, ordinairement des patriciens et des plébéiens, de l'aristocratie et du peuple, engendraient des luttes qui aboutissaient fréquemment à des guerres civiles. Les fractions de la corporation politique ou les « partis » en opposition se livraient bataille, le vainqueur proscrivait le vaincu ou tout au moins s'appliquait à l'affaiblir et s'emparait du gouvernement de l'État. Cette manifestation intérieure de la concurrence politique causait à l'Etat ou à la cité une certaine perte de

forces, mais elle entretenait les facultés et les vertus de combat nécessaires pour la lutte extérieure, elle déterminait parfois la réforme d'institutions vicieuses ; enfin, elle avait pour résultat de remettre la direction de l'Etat aux vainqueurs, c'est-à-dire à ceux qui s'étaient montrés les plus forts et les plus capables dans la pratique de la concurrence politique, et c'était précisément ceux-là qui se trouvaient les mieux qualifiés pour exercer le pouvoir à une époque où tous les États civilisés étaient exposés dans quelque mesure au risque d'invasion, de dépossession et de destruction. Les guerres civiles et les révolutions qui mettaient le pouvoir aux mains des plus forts contribuaient aux progrès politiques et militaires dont la conséquence finale devait être la suppression du risque des invasions barbares et l'établissement de la sécurité extérieure du monde civilisé.

La concurrence religieuse se produisait par des causes et sous une forme analogues. On peut remarquer aussi que ses manifestations se liaient fréquemment avec celles de la concurrence politique. Toutefois, elles se préparaient ordinairement dans les intervalles des guerres étrangères et des luttes civiles. Des scissions s'opéraient parmi les membres du clergé et les fidèles, et ces scissions étaient particulièrement fréquentes aux époques où la religion, immobilisée dans son monopole et protégée contre la concurrence par son union ou son alliance avec la corporation politique, ne répondait plus qu'imparfaitement aux besoins des âmes, tant par suite de la grossièreté de ses dogmes devenus inacceptables aux intelligences cultivées que par la corruption de ses ministres. Les scissionnaires entreprenaient de réformer le dogme ou d'en créer un nouveau et la lutte s'engageait. Cette lutte se prolongeait jusqu'à ce que l'un ou l'autre des deux concurrents eût été expulsé ou supprimé. Car, dans un temps où chacune des branches de l'activité humaine appartenait exclusivement à une corporation ou à une coramu-

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