‹ La morale économiqueChapitre 153 sur 242 · LIVRE VI. — LA CRISE ACTUELLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LA CRISE ACTUELLE

mobilité du capital et du travail. Or, cette mobilité indispen sable n'existait qu'à un degré insuffisant à l'époque de l'émancipation de l'industrie et du travail. Le résultat a été un développement extraordinaire du prêt à usure, principalement dans les campagnes, et la location du travail à des conditions léonines qui permettaient à peine au travailleur de subvenir aux premières nécessités de la vie, à plus forte raison de remplir complètement l'ensemble de ses devoirs. Le capital n'a pas tardé à devenir plus mobile, grâce au développement des moyens de communication et des institutions de crédit; mais il n'en a pas été de même pour le travail: c'est seulement à une époque récente qu'il a commencé à devenir mobilisable; encore n'a-t-il point, même aujourd'hui, à son service les institutions nécessaires pour le mobiliser (I).

Ainsi, la multitude émancipée ne possédait ni la totalité des droits qu'il lui eût fallu exercer pour remplir la totalité de ses devoirs, ni la capacité, ni la possibilité suffisante d'en user utilement. De là, sans parler des autres causes politiques ou économiques d'oppression et de désordre, le débordement de misère et de démoralisation qui a accompagné la multiplication de la richesse depuis l'avènement de la grande industrie, et, pour nous servir du mot nouveau qui a servi à exprimer cette calamité nouvelle, de là le paupérisme.

Dans cet état des choses, la multitude incapable et dénuée avait besoin d'une assistance à la fois matérielle et morale pour exercer ses droits et remplir ses devoirs, aussi bien que d'un frein pour réprimer ses manquements et ses offenses aux uns et aux autres. Cette assistance et ce frein sont demeurés insuffisants, et la pratique imprévoyante et vicieuse de la charité publique, en particulier, au lieu de diminuer la misère, a multiplié les classes paupérisées et contribué à les démoraliser.

(Il Voir notre Cours d'économie politique, t. Ier, dixième leçon, la part du travail.

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