‹ La morale économiqueChapitre 172 sur 242 · LIVRE VI. — LA CRISE ACTUELLE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LA CRISE ACTUELLE

liscours des réunions publiques, le langage de la presse, les endances de la littérature et du théâtre, les conversations du foyer, des salons, des cercles et des ateliers, permettent de 'apprécierd'une manière sinon complète, du moins suffisante. Dr, en puisant à ces diverses sources de renseignements, il est 'acile de se convaincre que l'opinion est loin de posséder la capacité et la puissance nécessaires pour mettre le gouvernement des nations, le self govemment des individus et la tutelle destinée à suppléer à l'insuffisance du self govemment, m harmonie avec l'état nouveau, issu des progrès de l'industrie, et qu'elle est peut-être moins capable encore de reconnaître et d'employer les procédés qui conviennent à cette ïiuvre de réforme et de progrès.

Même dans les sociétés les plus avancées en civilisation, 'opinion du grand nombre se meut dans un cercle extrêmement étroit. Chacun a une opinion plus ou moins raisonnée sur la conduite de ses affaires et de sa vie, sur celle de ses parents, de ses amis et de ses connaissances, tout au plus sur la gestion des intérêts de sa commune ; au delà, l'opiîion est purement sentimentale, quand elle existe : elle est nonarchiste, impérialiste, républicaine, favorable à telle naion, hostile à telle autre, sans qu'aucune opération intellecuelle soit intervenue pour la former ; c'est une affaire de tralition, d'intérêts particuliers ou de préjugés. Seule, une milorité, parfois extrêmement peu nombreuse, possède une ipinion raisonnée, dans une sphère plus étendue; encore ette sphère ne dépasse-t-elle point celle des intérêts d'une ndustrie, d'une profession, d'un parti, d'une classe ou d'une lation. Ces intérêts gouvernent les opinions individuelles et téterminent leurs tendances politiques ou économiques. On eut compter, dans chaque pays, les individus qui se forment ne opinion sur les questions d'intérêt général, sans se laiser influencer par aucun intérêt particulier et borné.

Si nous poussons cette enquête plus loin, si nous examinons

la distribution des forces actives de l'opinion, nous les trouverons concentrées dans des partis politiques, économiques, religieux, scientifiques, littéraires. Ces partis sont gouvernés par des états-majors qui leur donnent l'impulsion, engagent et dirigent la lutte avec les partis opposés. Les uns sont conservateurs : comme leur nom l'indique, ils luttent pour conserver les institutions, les lois, les doctrines et les pratiques existantes, et avec elles, les situations qu'elles leur assurent. Les autres veulent les changer, généralement en vue de s'emparer des positions occupées par leurs adversaires. Tels sont les éléments constitutifs de l'opinion.

Quand on se rend compte de cet état de l'opinion, chez les nations qui dirigent le mouvement de la civilisation ou qui affichent la prétention de le diriger, on s'explique aisément la stérilité des efforts qui ont été tentés depuis un siècle, avec un instrument si imparfait pour perfectionner le gouvernement de la société et de l'individu ; on ne s'étonne pas que ces efforts soient demeurés vains et même qu'ils aient eu pour résultat de retarder le progrès et d'aggraver la crise.

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