‹ La morale économiqueChapitre 185 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

valeurs, un marché général s'est créé, dans lequel les prix de toutes choses tendent à s'unifier. Le télégraphe ayant mis en communication instantanée les marchés auparavant isolés où se négocient les valeurs de toute sorte, où s'échangent les principaux articles de nécessité et de confort, les céréales, les cotons, les laines, les soies, les sucres, les cafés, etc., etc., les cours de ces valeurs et de ces marchandises tendent continuellement à se niveler sous l'impulsion généralisée des lois de la concurrence et de la progression des valeurs. On peut dès aujourd'hui prévoir qu'il en sera de même pour le travail lorsque cet agent indispensable de la production aura à son service le mécanisme d'intermédiaires et de publicité que possède déjà le commerce des produits et des capitaux. Alors, les cours du travail seront réglés comme ceux des autres articles et tendront toujours aussi à se fixer au taux nécessaire.

Mais quel doit être au point de vue économique de la production et de la distribution des richesses, le résultat final de ce rapprochement et de cette unification des marchés? Comme nous l'avons démontré ailleurs, c'est de rendre la production de plus en plus abondante et moins chère, et la répartition de plus en plus utile.

« Comment se fixe, disions-nous (1), la valeur des produits et services sur un marché où ils peuvent être apportés librement de tous les points du globe? Elle se fixe par la concurrence des quantités réciproquement offertes. C'est cette concurrence des quantités qui détermine la valeur d'échange ou le prix courant de toutes choses et ce prix est « un ». Il n'y a et il ne peut y avoir qu'un prix courant sur un marché. Mais ces produits ou services apportés au marché d'une multitude d'ateliers et de pays divers ont des frais de production ou, pour nous servir de l'expression du père de l'économie

(1) Les Lois naturelles de l'économie politique, troisième partie, chap. VI, Résultats de l'opération de la concurrence industrielle, libre et illimitée.

politique, des « prix naturels » différents et inégaux. Les uns dépassent le prix courant, les autres demeurent en dessous. Que résulte-t-il de là ? c'est que les producteurs dont les frais ne sont pas couverts par le prix courant sont obligés de les réduire en perfectionnant leur industrie ou de cesser de produire, et que le marché finit ainsi par appartenir toujours à ceux dont la production est la plus économique.

« Mais cette production, dont la concurrence améliore incessamment les procédés, elle agit aussi pour la régler. Si les quantités offertes dépassent les besoins du marché, le prix courant tombe au-dessous des frais de production, les producteurs se trouvent en perte et ils sont obligés de diminuer leur offre. Et cette gravitation du prix courant autour des frais de production ou du prix naturel s'opère avec une force d'impulsion progressive, toute diminution ou augmentation dans la quantité d'un produit ou d'un service offert au marché engendrant une hausse ou une baisse croissant en raison géométrique dans la valeur de ce produit ou de ce service. La concurrence industrielle agit donc comme un moteur d'une puissance énorme, sinon irrésistible, d'abord pour contraindre les producteurs à réduire leurs frais au dernier minimum possible, parlant les sacrifices et la peine que représente le prix des choses pour le consommateur ; elle agit ensuite comme un régulateur non moins puissant en ramenant l'offre de chaque produit ou service au quantum nécessaire pour en couvrir les frais de production réduits au minimum, et en établissant ainsi au niveau du prix le plus bas l'équilibre entre la production et la consommation.

« Enfin, la concurrence industrielle agit comme le régulateur de la distribution de la richesse, en attribuant à tous ceux qui ont contribué directement à la produire leur part nécessaire.

« Nous venons de voir comment la concurrence règle la valeur des produits et des services offerts au marché. L'é-

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