‹ La morale économiqueChapitre 199 sur 242 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

comment disparaitront les autres nuisances provenant de l'état arriéré du gouvernement des états politiques.

Au sein de chaque État civilisé, il existe aujourd'hui deux classes inégales en nombre, mais dont la moins nombreuse est demeurée cependant la plus influente : la classe gouvernante et la multitude gouvernée. Ce qui les caractérise et les différencie au point de vue économique et moral, c'est que les moyens d'existence de la première ont presque entièrement cessé d'être réglés par la concurrence depuis que la guerre est devenue intermittente et rare, tandis que ceux de la seconde y ont été, au contraire, de plus en plus assujettis, depuis que la concurrence industrielle s'est généralisée. Grâce au monopole politique dont elle jouit, aux monopoles et aux privilèges économiques qu'elle a réussi à y annexer, la classe gouvernante a pu porter la rétribution de ses services et de ses produits au-de~sus du taux de la concurrence, et de plus assurer ses revenus contre la plupart des risques qui atteignent, diminuent et parfois suppriment ceux de la multitude qui vit des industries de concurrence. Cette situation privilégiée, la classe gouvernante l'a obtenue et elle la conserve au moyen de la « sujétion », qui lui permet d'imposer ses services et ses produits à l'ensemble de la nation, sans être obligée d'en débattre le prix, ou, quand elle y est obligée, en profitant de l'ignorance de la multitude ou de la corruptibilité de ses mandataires pour rendre ce débat illusoire. Cela ne veut pas dire que le régime de la sujétion n'ait pas été nécessaire à l'épo-

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