‹ La morale économiqueChapitre 200 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

que où il a été établi, mais alors le droit d'imposer ses services avait pour contre-poids la concurrence politique manifestée par la guerre; à mesure que la concurrence politique a diminué d'intensité, ce contre-poids s'est affaibli, et l'expérience a attesté l'insuffisance de tous les instruments et procédés constitutionnels qui ont été inventés pour le remplacer. C'est pourquoi, tandis que la classe gouvernante des États n'obtenait point, dans la période de pleine concurrence politique, une somme de moyens d'existence qui dépassât la rémunération nécessaire de son industrie, en tenant compte des risques extraordinaires auxquels cette industrie était exposée, elle obtient aujourd'hui une rétribution qui dépasse sensiblement celle de la généralité des industries de concurrence. Ce qui le prouverait, au besoin, c'est la préférence qu'on lui accorde; c'est l'affluence exceptionnelle et toujours croissante des candidats aux emplois du gouvernement. Si ces emplois n'étaient pas plus avantageux que les autres, seraient-ils plus demandés? Remarquons, à ce propos, que la simple comparaison des rétributions des emplois du monopole gouvernemental et de celles des emplois des industries de concurrence ne donne aucune idée exacte de l'inégalité qui existe entre elles. Il faudrait, pour rendre cette comparaison valable, tenir compte de la quantité et de la qualité du travail que les emplois comparés exigent, et ce n'est point exagérer de dire que l'État ne réclame de ses fonctionnaires, au moins dans les régions supérieures et moyennes de la politique, de la guerre et de l'administration, qu'une quantité de travail à peine égale à la moitié de celle qu'exigent les industries de concurrence, et qu'il se contente, le plus souvent, d'une qualité encore moindre. Il faudrait tenir compte aussi de la différence des risques, des pensions et des faveurs que l'Etat accorde à ses serviteurs et aux memhres de leur famille. La rétribution du personnel privilégié des industries en possession d'un monopole dépasse de même celle des industries de pleine concurrence. Il suffit,

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pour s'en assurer, de jeter un coup d'oeil sur le cours des actions des banques investies du privilège exclusif de l'émission des billets-monnaie, des chemins de fer garantis par l'État contre la concurrence et des industries qui ont obtenu à leur profit la protection douanière, aussi longtemps que cette protection demeure efficace.

C'est aux dépens de la multitude employée aux industries de concurrence que le personnel des industries de monopole, fonctionnaires publics, actionnaires des banques, industriels et propriétaires protégés, etc., obtiennent ce surcroît de profits. Les instruments au moyen desquels ils les réalisent sont les impôts directs et indirects et les prohibitions : prohibition de fonder des entreprises en concurrence avec l'entreprise investie d'un monopole, ou d'importer librement des produits concurrents de ceux des industries protégées. Ces instruments sont toujours plus ou moins grossiers : à la portion de revenus qu'ils enlèvent aux classes vivant des industries de concurrence pour exhausser ceux des classes qui vivent des industries du monopole, il faut ajouter la déperdition de richesses et les manque à gagner qu'ils causent en entravant la fondation et l'exploitation des entreprises libres, et cette catégorie de dommages, même dans les pays où la machinerie fiscale est la plus perfectionnée, excède le surplus que la multitude est obligée de payer aux bénéficiaires des monopoles.

En admettant que les industries monopolisées ou privilégiées fussent soumises comme les autres au régime delà concurrence, leur rétribution ne pourrait s'élever au-dessus du niveau commun ; d'où l'on est autorisé à conclure que tout ce qu'elles prélèvent en sus est une exaction, un vol.

Cette conclusion se trouve encore fortifiée par l'analyse des procédés dont le personnel en jouissance des monopoles politiques et économiques se sert pour se procurer sa rétribution, et par la comparaison de ces procédés avec ceux des industries de concurrence.

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