‹ La morale économiqueChapitre 202 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

pas de préférence à celles qu'on voit, et le résultat final sera, en dépit de toutes les combinaisons que les consommateurscontribuables pourront imaginer pour se défendre, un renchérissement progressif des vêtements.

Cependant, en admettant que ce système ait été nécessaire à l'origine, il se passera longtemps, lorsqu'il aura cessé de l'être, avant qu'on ne l'abandonne. Il sera défendu à la fois par les exploitants de la manufacture et par ceux qui aspirent à les supplanter. Les uns et les autres s'accorderont pour mettre les populations ignorantes et naïves en garde contre le régime de la concurrence, qu'ils leur dénonceront comme une invention funeste de la secte malfaisante des économistes; ils leur affirmeront qu'en vertu de la nature particulière de l'industrie du vêtement, le régime du monopole et du payement détourné et dissimulé par voie d'impôt est le seul qui lui soit applicable, et que d'ailleurs le progrès consiste visiblement à étendre ce système et non à le restreindre. Comment les populations hésiteraient-elles à les croire ? Ne s'exposeraient-elles point à aller nues en chargeant la concurrence du soin de les vêtir?

Tel est l'état actuel des choses et des esprits en ce qui concerne le monopole politique et ses annexes. Les populations s'aperçoivent bien que les services de l'Etat leur reviennent de plus en plus cher; elles ont le sentiment que les impôts ne correspondent point aux services qu'ils servent à rétribuer; elles vont même jusqu'à établir une différence morale entre l'impôt qu'elles voient et celui qu'elles ne voient pas ; la conscience publique excuse moins la fraude en matière d'impôts directs que la contrebande en matière d'impôts indirects et particulièrement de taxes et de prohibitions douanières ; mais si l'opinion est impressionnée par les nuisances des monopoles, elle n'aperçoit pas encore la cause de ces nuisances; il semble même qu'elle soit plus éloignée que jamais de l'apercevoir. Au besoin, on pourrait en trouver la

preuve dans la recrudescence de faveur qu'elle accorde à l'étatismeet au protectionnisme.

Le socialisme a contribué pour sa bonne part à ce résultat, d'abord en rendant, par une observation et une critique superficielles, la concurrence responsable des maux qui sont causés soit par l'imperfection du milieu, soit par le gouvernement arriéré des sociétés ou par l'insuffisance et les vices du selfgovernment individuel; ensuite, en confondant dans la même condamnation les profits nécessaires et légitimes du capital avec les profits usuraires et immoraux des monopoles politiques et économiques. Comme il arrive toujours en pareil cas, le monopole a bénéficié des fausses accusations auxquelles le capital était en butte. Tandis qu'on attribuait ses méfaits au capital, il a pu continuer impunément à les commettre.

Il en sera des monopoles comme de la guerre. Avant que l'opinion sentimentale delà multitude, que le socialisme fourvoie aujourd'hui, ne se transforme en opinion raisonnée et ne les condamne au nom de l'économie politique et de la morale, avant qu'elle n'acquière la notion du droit et du devoir d'agir pour les supprimer, il faudra que de nouvelles et décisives expériences viennent attester leur caractère nuisible; il faudra que le monopole se soit joint à la guerre pour entraîner la décadence et la ruine des nations particulièrement infestées de militarisme, d'étatisme et de protectionnisme.

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