‹ La morale économiqueChapitre 210 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

de ses tenanciers est généralement meilleure. Cela ne veut pas dire que le surcroit de profits et de biens que le monopole procure à une classe ou corporation privilégiée ne soit pas nuisible au reste de la communauté, mais il suffit d'abolir le monopole pour faire disparaître ce surcroît, par l'opération naturelle de la concurrence. Si le clergé français, au lieu d'être dépouillé de ses biens et ensuite salarié par l'Etat, en guise de compensation, avait été simplement soumis à la concurrence des autres cultes, il aurait été obligé, à la longue, de se défaire du surcroit de ses propriétés immobilières, pour entretenir et renouveler le coûteux matériel de son culte, et rétribuer mieux un personnel d'élite, plus capable que son personnel actuel de quasi-fonctionnaires, de soutenir la concurrence des cultes non salariés ou subventionnés.

Est-il nécessaire d'ajouter que l'expropriation, dont le socialisme menace actuellement les classes dirigeantes, en se fondant sur le précédent analogue de la confiscation des biens de la noblesse et du clergé, ne serait ni plus équitable ni plus utile? Pourrait-on séparer plus facilement les gains illégitimes du monopole des profits légitimes des industries monopolisées, et opérer avec plus d'équité la restitution du montant de ces gains? La classe à laquelle il s'agirait de les

le fait, un degré éniincnt de piété, de morale et de savoir; propriétés qui, parleur destination, par leur circulation et par l'attrait qu'elles offrent au mérite, donnent aux familles les plus nobles, nouveau relief et soutien, et aux familles les plus inconnues, élévation et dignité; propriétés dont on ne jouit qu'à la charge de l'accomplissement de certains devoirs (quelle que soit la valeur qu'il vous plaise d'accorder à ces devoirs) et que le caractère de ceux qu'on eu pourvoit astreint à couserver un extérieur décent et de la gravité dans leurs manières, qui les obligent à exercer une hospitalité généreuse mais tempérée; à regarder une partie de leur revenu comme un dépôt charitable et dans le cas même où, par l'oubli de leur caractère, ceux qui eu sont pourvus violeraient le dépôt, dans le cas où ils dégénéreraient en gentilshommes laïques, seraient-ils, a aucun é-ard, pires que ceux qu'on leur destine pour successeurs dans leurs possessions confisquées? »

Réflexions sur la Révolution de France, par Ed.nond Burke, traduit de l'anglais sur la 3* édition, p. 329 et suivantes.

restituer en ferait-elle un usage plus utile que celle à laquelle ils appartiennent aujourd'hui? Quand on se rend compte de l'ignorance et de l'imprévoyance de la multitude, quand on constate l'incapacité dont les masses ouvrières font preuve dans le gouvernement de leurs affaires et de leur vie, on est bientôt édifié sur ce dernier point; on demeure convaincu qu'une expropriation qui remettrait le matériel et la gestion des entreprises de production aux mains du quatrième Etat, occasionnerait une perte de richesse et de civilisation bien supérieure encore à celle qui a été causée par les confiscations de la première révolution. En supposant, au contraire, que le régime delà concurrence vienne à remplacer sans secousse, par le fait de l'évolution morale des esprits, succédant à l'évolution matérielle des choses, le régime du monopole politique et de ses annexes économiques, les excroissances nuisibles que le monopole a produites dans la distribution de la richesse ne tarderont pas à s'amoindrir et à disparaître.

Cependant, la confiscation des biens des classes ou des corporations dépossédées de l'exploitation de l'Etat est un fait accidentel, et qui ne se produit communément qu'après une lutte violente et acharnée. Il en est autrement de la confiscation anticipative d'une portion plus ou moins considérable, mais toujours croissante, des revenus des générations futures, qui résulte de l'application devenue générale du système des dettes perpétuelles. Nous avons vu qu'en moins d'un siècle ces dettes ont dépassé, en Europe, la somme de cent milliards, c'est-à-dire un chiffre qui excède singulièrement celui des confiscations opérées aux dépens des anciennes corporations gouvernantes. Ces cent milliards, les générations futures devront en payer les intérêts jusqu'au jour où elles les auront remboursés. Si, comme il y a apparence, ce jour est indéfiniment reculé, le montant de la dette, avec les intérêts accumulés, atteindra un chiffre formidable. Les générations qui auront la charge de cette dette contractée par des ancêtres

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