‹ La morale économiqueChapitre 215 sur 242 · LIVRE VII. — L ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L ORDRE NOUVEAU

nécessaire à son entretien et à sa reproduction. Alors, de leur état primitif de voleurs ou de brigands, les conquérants barbares passaient à celui de gendarmes. Devenus propriétaires ies hommes et des choses du pays conquis, ils avaient désormais intérêt à les défendre. Après s'être associés pour les conquérir, ils demeuraient associés pour les conserver et les exploiter; ils constituaient une caste ou une corporation politique et guerrière qui assurait, avec leur propre sécurité, celle de la population assujettie. Ainsi protégés contre le pillage et la destruction, les peuples en voie de civilisation purent se multiplier et réaliser toute sorte de progrès. Un moment arriva où grâce à ces progrès, et, particulièrement, à ceux du matériel de guerre, ils se trouvèrent non seulement à l'abri des incursions des barbares, mais où ils commencèrent à conquérir les vastes portions du globe qui formaient le domaine séculaire de la barbarie. A l'époque où nous sommes, cette conquête est sinon achevée du moins fort ivancée. La plus grande partie de la terre habitable appartient nijourd'hui aux peuples civilisés, et le jour n'est pas éloigné )ù la terre entière sera soumise à leur domination. Quel est eur droit à l'égard des barbares?

Ce droit est celui de la concurrence et, comme tous les droits, il se fonde sur l'intérêt général et permanent de l'espèce. Si les peuples barbares ou arriérés ne tirent point du iomaine qu'ils occupent toute la somme de forces utiles qu'une exploitation plus intelligente et progressive permettait d'en tirer, les peuples plus avancés en civilisation ont le Iroit de les exproprier et de prendre leur place. Cette expropriation peut être opérée de deux manières : par la guerre ou oar la concurrence industrielle. Cependant le choix entre ces leux formes de la concurrence n'est pas indifférent. La guerre considérée comme agent d'expropriation étant, en ^ertu de la nature de ses procédés, moins économique, parlant moins avantageuse à l'espèce que la concurrence indus-

trielle, les peuples civilisés ne doivent y recourir que dans cas où les barbares interdisent à leur industrie et à lei commerce l'accès de la région qu'ils occupent ou ne leur e a-surent point le libre exercice. Tel est, au surplus, le cas o dinaire, et c'est ce qui justifie la continuation de la politiqi de guerre et de conquête à l'égard des Etats barbares, depu qu'ils ont cessé de menacer la sécurité de la civilisation. E un mot, les peuples civilisés ont le droit, fondé sur l'intéri général et permanent de l'espèce, de conquérir et d'exploit* les régions dont les peuples arriérés ou barbares veulent coi server le monopole exclusif, en refusant de les ouvrir à ] concurrence universelle (1).

Mais ce droit, les peuples civilisés ne se sont pas bornés l'exercer dans ses limites naturelles. Ils l'ont dépassé. Apn la découverte de l'Amérique, par exemple, ils se sont corc portés à l'égard des indigènes comme le faisaient aupars vant les peuples les plus barbares vis-à-vis d'eux-mêmes. I ont fait main basse sur la richesse mobilière et immobilier! massacré ou réduit en esclavage la population indigène. A Mexique et au Pérou, ils ont détruit des civilisations original* et des institutions adaptées au degré d'avancement despopi lations, et fait reculer celles-ci vers un état inférieur. Dar l'Amérique du Nord, les tribus de chasseurs, refoulées pE l'émigration et décimées par l'ivrognerie et les autres vic< ou maladies que leur a apportés la civilisation, sont en plein décadence; en Océanie et en Australie, les races indigène disparaissent de même au contact de l'homme civilisé.

Cependant ne peut-on pas prétendre, — et on a prétendi en effet, — que cette destruction des races les plus faibles i les moins capables de soutenir la concurrence pour la vie e avantageuse à l'espèce? lien serait ainsi, sans doute, si toute

(1) C'est en vertu de ce droit que l'Angleterre et les États-Unis ont fa ouvrir à leur commerce la Chine et Japon ; ce qui n'a pas empêché pli tard les Américains d'interdire l'immigration des travailleurs chinois.

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