LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU
;s races qui composent l'espèce humaine avaient le même
gc et s'étaient trouvées, dès leur origine, dans les mêmes
piditions de développement. Mais si nous ignorons à quelle
poque elles sont arrivées à l'existence, et de quelles formes
e l'animalité elles sont issues, en supposant que l'homme n'ait
as été créé tout d'une pièce, nous n'ignorons pas qu'elles
nt été placées dans des conditions de développement fort
iverses, que l'inégalité du milieu s'est jointe à l'inégalité
riginaire des races pour retarder les unes et accélérer
avancement des autres. Il ne s'ensuit pas que les races
rriérées soient des races inférieures. Elles sont encore dans
i période de l'enfance, tandis que les autres sont dans la
ériode de la maturité; elles ne peuvent supporter par consé-
uent le régime de selfgovernment qui convient à celles-ci;
Iles ont besoin d'une tutelle adaptée à leur âge et à leur
egré de développement, mais la nécessité de cette tutelle
est nullement une preuve de leur infériorité. Le sauvage,
i l'a dit souvent, est un enfant. Or si vous placez un enfant
1 milieu d'hommes faits, en lui accordant toute la liberté
3nt ils jouissent et même en la lui imposant, si vous mettez
sa portée tous les articles de consommation dont on peut
ser sans inconvénient, mais dont l'abus est funeste, il ne
Durra supporter ce régime; il se corrompra et n'arrivera
3int à maturité, tandis que s'il avait été soumis à un régime
tutelle adapté à son âge et à son état physique et moral
aurait pu arriver à un degré de développement égal ou
ême supérieur à celui des hommes faits au milieu desquels
se trouve jeté. Il en est de môme pour les peuples enfants.
l'individu appartenant à une race arriérée est abandonné à
in selfgovernment, surtout quand il vient à être en contact
rec des hommes appartenant à une race plus avancée qui
i apportent des armes perfectionnées, de l'eau-de-vie et
autres acticles dont la consommation doit être prudem-
ent gouvernée et réglée pour n'être pas nuisible, et qu'il
est incapable de gouverner et de régler, ce contact ne manque pas de lui devenir funeste. Ce qu'il lui faut, c'est, comme à l'enfant, une tutelle adaptée à son degré de développement intellectuel et moral. Si, malgré cette tutelle et en admettant qu'elle soit ce qu'elle doit être, les peuples arriérés ne résistent pas au contact de la civilisation, on peut soutenir que leur disparition est conforme à l'intérêt général et permanent de l'espèce, sinon non.
.Mais cette tutelle nécessaire, les gouvernements des Etats civilisés qui ont poursuivi el continuent à poursuivre la conquête des contrées occupées par les peuples arriérés n'ont jamais songé à l'établir. Ce qu'ils ont en vue, c'est une extension de leur exploitation politique et économique. Grâce au monopole que lui confère le régime de la sujétion, la classe, la corporation ou le parti gouvernant de tout État civilisé dispose à son gré des forces et des ressources de la nation. Le but qu'il poursuit et même qu'il est obligé de poursuivre s'il veut conserver la jouissance de son monopole, c'est de retirer de cette exploitation la plus grande somme possible de profits ; et ce but il ne peut l'atteindre qu'en travaillant incessamment à accroître le débouché des fonctions politiques, militaires, administratives, des faveurs et des privilèges qui servent à rétribuer son personnel. Or cette extension du débouché gouvernemental rencontre fréquemment des résistances ou des obstacles dans l'intérieur de l'Etat. Si la nation répugne, comme en Angleterre, à l'intrusion du gouvernement dans le domaine de l'activité privée ou bien encore si, comme en France, cette intrusion a été poussée jusqu'à une limite difficile et dangereuse à dépasser, le parti en possession du gouvernement s'applique de préférence à étendre son débouché au dehors. 11 peut l'étendre soit par la conquête d'une portion du domaine d'un autre État civilisé, soit par celle d'une région occupée par un peuple arriéré ou barbare. La première est non seule-