‹ La morale économiqueChapitre 216 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

;s races qui composent l'espèce humaine avaient le même

gc et s'étaient trouvées, dès leur origine, dans les mêmes

piditions de développement. Mais si nous ignorons à quelle

poque elles sont arrivées à l'existence, et de quelles formes

e l'animalité elles sont issues, en supposant que l'homme n'ait

as été créé tout d'une pièce, nous n'ignorons pas qu'elles

nt été placées dans des conditions de développement fort

iverses, que l'inégalité du milieu s'est jointe à l'inégalité

riginaire des races pour retarder les unes et accélérer

avancement des autres. Il ne s'ensuit pas que les races

rriérées soient des races inférieures. Elles sont encore dans

i période de l'enfance, tandis que les autres sont dans la

ériode de la maturité; elles ne peuvent supporter par consé-

uent le régime de selfgovernment qui convient à celles-ci;

Iles ont besoin d'une tutelle adaptée à leur âge et à leur

egré de développement, mais la nécessité de cette tutelle

est nullement une preuve de leur infériorité. Le sauvage,

i l'a dit souvent, est un enfant. Or si vous placez un enfant

1 milieu d'hommes faits, en lui accordant toute la liberté

3nt ils jouissent et même en la lui imposant, si vous mettez

sa portée tous les articles de consommation dont on peut

ser sans inconvénient, mais dont l'abus est funeste, il ne

Durra supporter ce régime; il se corrompra et n'arrivera

3int à maturité, tandis que s'il avait été soumis à un régime

tutelle adapté à son âge et à son état physique et moral

aurait pu arriver à un degré de développement égal ou

ême supérieur à celui des hommes faits au milieu desquels

se trouve jeté. Il en est de môme pour les peuples enfants.

l'individu appartenant à une race arriérée est abandonné à

in selfgovernment, surtout quand il vient à être en contact

rec des hommes appartenant à une race plus avancée qui

i apportent des armes perfectionnées, de l'eau-de-vie et

autres acticles dont la consommation doit être prudem-

ent gouvernée et réglée pour n'être pas nuisible, et qu'il

est incapable de gouverner et de régler, ce contact ne manque pas de lui devenir funeste. Ce qu'il lui faut, c'est, comme à l'enfant, une tutelle adaptée à son degré de développement intellectuel et moral. Si, malgré cette tutelle et en admettant qu'elle soit ce qu'elle doit être, les peuples arriérés ne résistent pas au contact de la civilisation, on peut soutenir que leur disparition est conforme à l'intérêt général et permanent de l'espèce, sinon non.

.Mais cette tutelle nécessaire, les gouvernements des Etats civilisés qui ont poursuivi el continuent à poursuivre la conquête des contrées occupées par les peuples arriérés n'ont jamais songé à l'établir. Ce qu'ils ont en vue, c'est une extension de leur exploitation politique et économique. Grâce au monopole que lui confère le régime de la sujétion, la classe, la corporation ou le parti gouvernant de tout État civilisé dispose à son gré des forces et des ressources de la nation. Le but qu'il poursuit et même qu'il est obligé de poursuivre s'il veut conserver la jouissance de son monopole, c'est de retirer de cette exploitation la plus grande somme possible de profits ; et ce but il ne peut l'atteindre qu'en travaillant incessamment à accroître le débouché des fonctions politiques, militaires, administratives, des faveurs et des privilèges qui servent à rétribuer son personnel. Or cette extension du débouché gouvernemental rencontre fréquemment des résistances ou des obstacles dans l'intérieur de l'Etat. Si la nation répugne, comme en Angleterre, à l'intrusion du gouvernement dans le domaine de l'activité privée ou bien encore si, comme en France, cette intrusion a été poussée jusqu'à une limite difficile et dangereuse à dépasser, le parti en possession du gouvernement s'applique de préférence à étendre son débouché au dehors. 11 peut l'étendre soit par la conquête d'une portion du domaine d'un autre État civilisé, soit par celle d'une région occupée par un peuple arriéré ou barbare. La première est non seule-

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