‹ La morale économiqueChapitre 222 sur 242 · L ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

L ORDRE NOUVEAU

Supposons que l'ancien régime de gouvernement fondé sur les nécessités de la défense des sociétés civilisées contre le monde barbare ait disparu, que les peuples englobés dans l'État économique aient cessé d'être assujettis à la servitude politique et à l'ensemble des servitudes économiques dont la « sujétion » est le support, supposons qu'au lieu d'être rétribué au moyen du mécanisme effroyablement compliqué et onéreux de l'impôt, le service de la sécurité le soit à la manière des produits et des services de la généralité des industries ; que chacun payant directement, comme s'il s'agissait d'une assurance contre l'incendie, le montant de l'assurance de sa vie, de sa liberté et de sa propriété, sache exactement ce qu'il paye et ne soit plus exposé à payer au delà de ce qu'il doit; que l'industrie qui pourvoit à la sécurité se trouvant, par la suppression de la sujétion du consommateur, soumise au régime de la concurrence économique, soit obligée, comme toutes les industries de concurrence, d'abaisser ses prix au niveau de ses frais de production augmentés du profit nécessaire et d'améliorer incessamment ses procédés; que les servitudes économiques, ne pouvant plus s'imposer faute du support de la sujétion politique, aient disparu, avec les instruments grossiers et barbares de la fiscalité et de la protection, monopoles, octrois, douanes, exercice; que l'industrie et le commerce soient libres dans toute l'étendue de l'État économique ; que la guerre y soit interdite et punie

comme le brigandage; supposons encore qu'à celte adaptation du gouvernement politique des nations aux conditions nouvelles d'existence de la communauté civilisée se joigne la réforme du gouvernement individuel ; que les manquements aux droits et aux devoirs dans l'exercice du self govcrnment soient l'objet d'une censure et d'une répression assez exactes et rigoureuses pour déterminer les individualités incapables de se gouverner utilement, à se soumettre à la tutelle qui convient à leur état mental ; supposons, en un mot, qu'à l'ancienne loi fondée sur la servitude, ait succédé la nouvelle loi résumée dans ces formules : gouvernement libre dans la société libre, liberté et responsabilité des individualités capables de liberté, tutelle libre ou imposée des individualités partiellement ou totalement incapables de liberté, un progrès décisif ne se trouvera-t-il pas réalisé dans les conditions d'existence de l'espèce humaine par la constitution de cet ordre nouveau?

Si les barrières qui continuent à morceler l'Etat économique étaient abattues, si aucune douane fiscale ou protectionniste n'empêchait plus la multitude des branches de l'industrie humaine de s'établir dans les régions où elles peuvent être pratiquées avec le plus d'avantage et aux moindres frais, la production de toutes les choses nécessaires à la satisfaction des besoins des hommes pourrait s'opérer de la manière la plus économique, ce qui revient à dire que la généralité des consommateurs pourrait obtenir, en échange de la moindre dépense de forces et de peines, un maximum de forces et de jouissances ; si la fiscalité, les monopoles et la guerre n'entravaient point la production et la répartition utiles de la richesse, en empêchant, d'une façon permanente ou accidentelle, l'exercice et le développement réguliers de certaines industries et en troublant, au proût de l'un ou de l'autre des facteurs de la production, la distribution utile des produits, si l'imperfection et les vices du self govemment individuel ne

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