CHAPITRE XII
CE QU ONT A FAIRE LES AMIS DU PROGRÈS POUR ACCÉLÉRER l'ÉTARLISSEMENT DE L'ORDRE NOUVEAU.
Nous avons démontré que la concurrence industrielle aura pour effet inévitable d'exclure du marché général les produits des nations, chez lesquelles les charges croissantes du militarisme jointes à celles de l'étatisme et du protectionnisme augmentent continuellement les frais de la production. Ces nations d'ancien régime sont destinées, après une période plus ou moins longue de décadence, à disparaître de la scène, sous l'effort de la concurrence industrielle, comme ont disparu dans les âges précédents, tant de tribus et d'Etats, vaincus dans les luttes de la concurrence animale et politique. Cette décadence et celte disparition de nations auparavant florissantes n'ira point sans occasionner une déperdition énorme de forces utiles. Le progrès général de l'espèce s'en trouvera ralenti et sa destinée finale amoindrie.
Cependant, il dépend de l'action libre de l'homme d'épargner à l'humanité une partie de la perte de forces que lui cause la prolongation d'un régime qui a cessé d'être adapté à ses nouvelles conditions d'existence. Comment doit-elle procéder? Comment doivent agir les hommes qui veulent réaliser le progrès à bon marché, c'est-à-dire au prix de la moindre déperdition de forces utiles? Ils doivent, avant tout, renoncer à l'objectif qu'ils ont jusqu'à présent poursuivi, en obéissant à une conception devenue surannée du progrès, savoir, la conquête de l'État, aussi bien par des pro-
cédés constitutionnels que par des moyens révolutionnaires. Car les uns et les autres ne peuvent avoir pour résultat que d'augmenter le fardeau de la sujétion politique et économique. Les hommes de progrès doivent donc se faire une loi de se tenir à l'écart des partis politiques, à plus forte raison de s'abstenir d'employer les moyens révolutionnaires pour s'emparer de l'Etat. Leur rôle doit se borner uniquement à éclairer l'opinion, tant sur la nocuité de l'ancien système de gouvernement des sociétés que sur l'insuffisance et les vices du self-government obligatoire. Ils doivent,, pour atteindre ce but, procéder à une enquête permanente sur les résultats du régime de la sujétion politique et économique, sur les maux que le militarisme, la guerre entre les peuples civilisés, l'étatisme, la rétribution des services publics au moyen de l'impôt, le protectionnisme, etc., infligent, directement ou par répercussion, à tous les membres de l'État économique; ils doivent faire une enquête analogue sur les produits de l'incapacité et des vices du self-government, la paresse, l'ivrognerie, l'exploitation des ignorants et des faibles, et, en montrant ainsi ce qui est nuisible, faire pénétrer dans les consciences la notion de ce qui est immoral dans le gouvernement des sociétés et des individus. Cette démonstration faite, cette éducation des consciences accomplie, l'opinion concevra d'elle-même l'idée du droit et du devoir de réformer des institutions et des pratiques contraires à la morale économique (i).
(1) Quel est le mécanisme de l'évolution morale de la conscience? C'est là une question qui est du ressort de la psychologie. Nous nous bornerons à remarquer que l'économie politique seule serait impuissante à déterminer cette évolution sans le secours de la religion, au moins pour certaines catégories d'actes nuisibles.
Si l'économie politique nous démontre que tel acte, après avoir été utile à !a société dont nous faisous partie, est devenu nuisible, nous le détesterons sans doute, après l'avoir aimé. Ceux qui persisteront à l'accomplir seront condamnés par l'opinion et exposés peut-être à des pénalités légales. Néanmoins, il se pourra qu'un nombre plus ou moins considérable d'individus, ne considérant que leur intérêt particulier et actuel,