‹ La morale économiqueChapitre 232 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

Cette œuvre d'information et d'enseignement pourrait être facilitée par la constitution d'une « société universelle du progrès moral, » société qui se recruterait parmi toutes les nations englobées dans l'Etat économique et qui instituerait dans chacune un foyer de propagande. Cette société ne pourrait toutefois acquérir l'autorité nécessaire qu'à la condition de n'admettre dans son sein que des individualités dont la situation et les actes seraient conformes aux principes qu'elle entreprendrait de propager. Une association pour l'enseignement et la propagation de la morale économique devrait demeurer fermée aux détenteurs et aux co-intéressés des monopoles politiques et économiques, politiciens, fonctionnaires civils et militaires, bénéficiaires des entreprises pri-

continucnt à le commettre, et qu'ils y trouvent avantage, malgré la condamnation de l'opinion et les pénalités de la loi. Qu'est-ce qui pourra les arrêter? On ne voit guère que la religion qui puisse avoir cette puissance, en rattachant la destinée de l'individu à celle de l'espèce.

11 se peut que l'utilité de l'individu, se résolvant dans l'acquisition de la plus grande somme de jouissances en échange de la moindre somme de peines, consiste à agir d'une manière nuisible à autrui. Il en est de même de l'utilité d'une collection d'individus, et particulièrement d'une génération considérée dans ses rapports avec les générations futures. Pourquoi la génération actuelle s'abstiendrait-elle, par exemple, d'endetter l'avenir au profit du présent? Que lui importe le mal qu'une dette perpétuelle infligera aux générations futures si sa destinée n'est pas liée à la leur? S'il est possible à la rigueur d'empêcher par l'opération de l'opinion et des lois la production des actes nuisibles à la société actuelle, pourra-t on mettre l'opinion et la loi au service de la société future? Et si la morale ne s'appuie point dans ce cas sur le sentiment religieux, ne scra-t-elle pas privée de sanction? A défaut du sentiment religieux, pourra-t-ou recourir à l'amour de l'humanité? Mais l'amour de l'humanité est un sentiment platonique et dont la puissance est singulièrement limitée dans le temps et l'espace. Il est — l'expérience l'atteste — sans action sur notre conduite à l'égard des peuples éloignés et isolés auxquels aucuu intérêt ne nous rattache. Quelle action pourrait-il avoir à l'égard des hommes qui vivront dans quelques centaines ou quelques milliers d'années? La situation change si nous croyons que notre destinée individuelle est liée à celle de l'espèce. Dans ce cas, nous sommes intéressés à subordonner uotre utilité actuelle et temporaire h l'utilité générale et permanente de l'humanité, et à prendre celle-ci de préférence à celle-là pour règle de notre gouvernement individuel ou collectif. Voilà comment la religion peut venir en aide à l'économie politique, en étendant d'une manière indéfinie dans le temps les limites de l'utilité.

vilégiées, membres des associations et des partis constitutionnels ou révolutionnaires aussi bien qu'aux oisifs, aux mendiants, aux ivrognes et aux gens de probité suspecte ; bref, elle devrait être recrutée de manière à agir, avant tout, par l'exemple. Lorsqu'elle serait devenue nombreuse et puissante, elle pourrait encore recommander à ses membres de s'abstenir de toute relation avec les individus dont la situation, les moyens d'existence et la conduite seraient en opposition avec ses principes. Une telle association contribuerait certainement à faire avancer l'œuvre de la réforme de l'ancien régime, en prêtant à l'activité libre de l'homme la puissance qui résulte de la combinaison des forces, et épargner à l'humanité une partie du prix auquel l'action automatique des lois naturelles fait payer le progrès.

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