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LE DKOIT NATUREL ET LE DROIT POSITIF

Ainsi, la science du droit consiste d'abord dans la connaissance de la liberté et de la propriété des individus isolés on associés; c'est une sorte d'étude topographique de la liberté et de la propriété, destinée à établir ce qu'elles contiennent et jusqu'où elles s'étendent. Elle consiste ensuite dans la connaissance de la tutelle et des servitudes nécessaires pour assurer l'exercice et la garantie de la liberté et de la propriété. Cette double connaissance serait superflue si les hommes vivaient isolés, sans aucun point de contact, mais, vivant en société en vertu de leur nature et de leurs besoins, ils sont continuellement excités à agir pour augmenter au maximum la somme des valeurs qui sont l'étoffe de leurs propriétés, tout en réduisant au minimum le travail qu'il faut dépenser et la peine qu'il faut endurer pour les créer. Gela étant, si la liberté et la propriété de chacun n'étaient point reconnues, délimitées et garanties, aucune société ne pourrait subsister; ce serait entre les individus isolés ou associés une guerre permanente et universelle, jusqu'à ce que les plus forts eussent asservi les plus faibles; et comme il y a toujours inégalité entre les forces, la lutte se continuerait d'une manière indéfinie, sans autre terme possible que la destruction de l'humanité, moins un homme. De là, la nécessité de la constitution d'un pouvoir assez intelligent pour reconnaître et délimiter la liberté et la propriété, assez fort pour les garantir, c'est-à-dire d'un gouver-

nement. On voit d'emblée quelles sont les pièces essentielles de cet appareil du droit. Un gouvernement doit réunir un ensemble d'institutions destinées à reconnaître et à délimiter la liberté et la propriété, à établir la tutelle et les servitudes qu'exigent leur exercice et leur garantie, et notamment un système de pénalités ayant pour objet de prévenir, en les réprimant, les atteintes qui peuvent y être portées, avec les procédés appropriés à la constatation de ces atteintes. En même temps il doit posséder et mettre en œuvre une force suffisante, sous la forme d'une armée et d'une police, pour préserver de toute invasion ou agression extérieure ou intérieure la liberté et la propriété de tous et de chacun. Tel est l'objet et telles sont les pièces nécessaires d'un appareil de gouvernement.

Cet appareil a commencé par être grossièrement rudimentaire, et on peut ajouter que, de toutes les machines, celle-ci a été la plus lente à se perfectionner. Chaque société, troupeau, clan, tribu ou nation, l'a construite selon ses lumières et ses besoins. Parmi les milliers de gouvernements qui ont été institués depuis la naissance des sociétés, on n'en compterait pas deux qui soient identiques dans toutes leurs parties. Mais tous ont les mêmes organes essentiels, confondus dans les sociétés embryonnaires, divisés dans les autres et plus ou moins exactement adaptés aux fonctions qu'ils ont à remplir. Tous possèdent des institutions judiciaires et administratives destinées à reconnaître le droit, à établir et à mettre en vigueur la tutelle et les servitudes que son exercice et sa garantie nécessitent; tous ont une armée et une police, qui sont ou doivent être les instruments matériels de la reconnaissance et de l'assurance du droit.

On voit par ce qui précède que les gouvernements ne créent pas le droit, comme le prétendent d'habitude les légistes; ils le découvrent et le reconnaissent, et, après l'avoir découvert et reconnu, ils le garantissent. Ce droit

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