LIVRE III. — LA MATIÈRE DE LA MORALE. — LE DEVOIR. G
aux prescriptions de la coutume ou de la loi, et qui appelle la puissance sociale à en garantir les stipulations. Cette institution varie et doit varier suivant l'étal des sociétés, le degré d'avancement moral des individus, la proportion des sexes, etc., mais elle est d'autant plus parfaite qu'elle assure mieux les obligations naturelles que nous avons spécifiées et qui concernent, en matière de reproduction, le nombre, la qualité et l'élève des fruits de l'union des sexes.
A ces différents égards, on ne saurait se dissimuler que le mariage se trouve actuellement en pleine décadence chez la plupart des peuples civilisés. Cette décadence est attestée par la diminution manifeste de son efficacité pour assurer l'accomplissement des obligations en vue desquelles il est institué.
On peut constater par exemple dans toutes les classes de la société et en particulier dans les classes supérieures, une tendance croissante à subordonner aux considérations pécuniaires les convenances physiques et morales qui sont les conditions indispensables d'une bonne reproduction. Les mariages dits d'argent tendent visiblement à se multiplier. Or ces mariages conclus sans égard pour les convenances d'âge, de corps, d'esprit et de caractère ne peuvent produire et ne produisent qu'une génération inférieure. Trop souvent aussi, les maladies et les vices physiques et moraux transmissibles par l'hérédité et auxquels on n'a point pris garde viennent aggraver le mal. Ces unions contractées en opposition avec les convenances naturelles engendrent encore d'autres nuisances : telle est l'infidélité aux engagements pris et à la foi jurée. A l'origine, cette infidélité était rigoureusement condamnée par l'opinion et punie par la loi ; peu à peu la pénalité s'est adoucie et l'opinion s'est montrée plus indulgente encore que la loi à l'égard des manquements aux engagements conjugaux. Ce relâchement de rigueur a été déterminé par la pratique vicieuse de l'institution du mariage. Si
l'adultère de la femme est une nuisance, en ce qu'il rend la paternité douteuse et décourage ainsi le mari d'en remplir les devoirs, en revanche il donne, dans le cas d'une disconvenance physique ou morale entre les époux, un produit supérieur. C'est pourquoi, sans se rendre compte du mobile auquel elle obéit, savoir l'intérêt de l'espèce, l'opinion lui trouve des circonstances atténuantes. Elle se montre plus indulgente encore pour l'adultère du mari, parce qu'il n'inflige à la femme aucune charge indue et quoiqu'il produise une catégorie d'enfants naturels dont l'élève et l'éducation sont particulièrement dépourvues de garanties. C'est que les lois destinées à garantir la fidélité des époux supposent au préalable l'existence des convenances physiques et morales qui rendent leur union utile. Il en est de même pour l'indissolubilité de l'association conjugale. Si une union mal faite est indissoluble, ce n'est pas seulement un double supplice infligé à vie aux conjoints, c'est encore, dans le cas où cette union demeure féconde malgré leur disconvenance physique et morale, la procréation nuisible d'êtres malsains ou, tout au moins, inférieurs. Le divorce remédie à cette nuisance, mais non sans porter dommage à l'élève et à l'éducation des enfants déjà nés. Il est un produit de la décadence du mariage et il est d'autant plus usité que cette décadence s'accentue davantage.
En second lieu, et d'une manière subsidiaire, le mariage a pour objet de garantir les devoirs que l'union des sexes crée entre les conjoints. Ces devoirs qui demeurent, dans l'union libre, sans autre garantie que l'honnêteté et la bonne foi des contractants, le mariage en assure avec plus ou moins d'efficacité l'accomplissement. Ils consistent dans une obligation particulière de fidélité chez la femme, de protection chez l'homme, et dans une obligation commune d'assistance et de soins mutuels.
L'obligation particulière de fidélité chez la femme dérive