LES DEVOIRS ENVERS LES ESPÈCES INFÉRIEURES OU LANIMAL1TÉ
L'homme a-t-il des devoirs à remplir envers les êtres appartenant aux autres espèces animales? Ces êtres inférieurs ont-ils des droits qu'il soit dans l'obligation de respecter? A-t-il encore à remplir à leur égard des devoirs de charité et d'assistance comme ceux auxquels il est tenu envers les êtres de son espèce? Ces questions sont généralement résolues par la négative. L'homme a traité de tout temps les animaux comme s'ils ne possédaient aucun droit et comme s'il n'avait aucun devoir à remplir envers eux. On peut cependant signaler quelques exceptions à cette manière de considérer les rapports de l'espèce humaine avec les espèces inférieures. De bienveillants Indous établissent des hôpitaux pour les animaux vieux ou malades; quelques-uns même se font un devoir de respecter la vie du moindre insecte et se détournent de leur chemin pourne point écraser une fourmi ou un ver de terre. Chez les peuples appartenant à notre civilisation, on a vu se fonder des sociétés protectrices des animaux, des ligues contre la vivisection et même une secte dite des légumistes, qui s'impose à la fois comme un devoir de morale et une pratique d'hygiène l'abstention de la chair des animaux. De quel côté se trouve la vérité morale?
De ce que la généralité des hommes ne reconnaît aucun droit aux autres espèces animales qui peuplent notre globe, s'ensuit-il qu'elles soient dépourvues de droits? Jusqu'à une époque relativement récente, les individus appartenant à une
nation ou à une race particulière n'ont reconnu aucun droit aux individus appartenant aux autres nations et aux autres races; de nos jours encore, l'homme plus ou moins justement qualifié de civilisé fait bon marché des droits des peuples sauvages ou même appartenant, comme les peuples de l'Extrême-Orient, à une civilisation différente do la sienne. Devrait-on en conclure que l'homme civilisé à l'européenne seul possède des droits et que le reste de la création n'en a pas?
Il est facile de constater que les animaux et, en particulier, ceux qui appartiennent aux espèces supérieures, se croient des droits et s'appliquent à les faire respecter. Ils ont, aussi bien que les hommes eux-mêmes, l'amour de la liberté et le sentiment de la propriété, avec la notion, restreinte sans doute mais positive et nette, des droits qui en découlent. Une multitude d'espèces s'associent, établissent un gouvernement dont elles observent les lois et défendent en commun leur habitat et leurs subsistances contre les agressions du dehors. On peut ajouter que les animaux de la même espèce reconnaissent et respectent mutuellement leurs droits tout autant que les hommes, sinon davantage. Les castors ne se font point la guerre de tribu à tribu pour s'emparer des constructions ingénieuses qu'ils édifient; le lion a ses terrains de chasse sur lesquels n'empiètent point les autres lions. Toutefois ces droits que respectent, au moins dans quelque mesure, les animaux de la même espèce ne sont point observés par les autres.
Dans l'arrangement naturel des choses, chaque espèce e^t chargée de pourvoir à sa conservation et à sa multiplication, et elle use dans ce but des forces et des ressources que lui offre le milieu où elle vit. Ce n'est pas seulement son droit, c'est encore le devoir que la nature lui impose. Elle n'est, en conséquence, tenue de respecter les droits des autres espèces, en supposant qu'elle les connaisse, qu'autant