LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE
viciée par quelque point. De cette insuffisance et de cette défectuosité dérive la nécessité d'un appareil de gouvernement extérieur qui supplée et remédie à l'imperfection du gouvernement intérieur, et préserve autant que possible l'individu et la société à laquelle il appartient des effets nuisibles de cette imperfection. Cet appareil se compose d'un grand nombre de pièces différentes, mais qui toutes concourent au même objet, savoir d'assurer l'exercice du droit et l'accomplissement du devoir. Il est plus ou moins parfait et efficace : les défauts et les vices des sociétés qui le constituent ne manquent pas de s'y refléter, et de produire des nuisances qui s'ajoutent à celles des vices et des défauts du self government individuel.
La pièce principale du gouvernement de l'individu consiste dans l'organisme politique que la société établit ou qui lui est imposé, et qui institue et sanctionne le code des droits et des devoirs de chacun. Ce code fixe les limites dans lesquelles doit se mouvoir l'activité libre de l'individu : il le soumet à une tutelle plus ou moins étendue et à des servitudes plus ou moins nombreuses et lourdes. La tutelle substitue en totalité ou en partie au self government de l'individu, reconnu ou déclaré incapable de se gouverner luimême, le gouvernement d'une individualité ou d'une collectivité pourvue ou supposée pourvue de la capacité qui lui manque. Elle peut être imposée ou libre, obligatoire ou facultative; elle peut encore être exercée par le pouvoir politique, sous des formes et à des degrés divers, ou bien encore être pratiquée en dehors du pouvoir politique, dans la famille ou la corporation particulière à laquelle l'individu appartient, et elle implique pour le pupille un état d'asservissement ou de sujétion. Les servitudes consistent dans les restrictions et obligations que la puissance politique impose aux individus pour assurer son existence et la leur.
L'appareil du gouvernement extérieur de l'individu se com-
pose encore de bien d'autres parties : la religion et l'opinion interviennent avec le gouvernement proprement dit pour régir ses actes, en lui imposant leur tutelle et leurs servitudes; l'éducation, la littérature, les arts, agissent dans la sphère qui leur est propre pour rendre les hommes plus capables de se gouverner eux-mêmes, ou bien encore pour dénoncer et corriger les abus de leur self govcrnment et des gouvernements extérieurs qu'ils acceptent ou subissent.
Telles sont les différentes pièces de l'appareil nécessaire à l'application de la morale, c'est-à-dire à l'exercice des droits et à l'accomplissement des devoirs.