‹ La morale économiqueChapitre 81 sur 242 · LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE

sant mécanisme de l'Etat pour empêcher l'établissement et surtout l'importation des religions nouvelles qui offraient à la multitude croyante un culte supérieur ou moins cher. La philosophie, les sciences, les méthodes d'éducation, les lettres et les arts établis ont usé de l'influence des académies et des autres corps officiels où ils sont cantonnés comme dans autant de forteresses, pour se protéger contre les nouveautés, dont la concurrence déprécie les vieux systèmes, les vieilles méthodes, les vieilles lettres et diminue la considération et les revenus de ceux qui en vivent. Il en est de même pour les inventions industrielles. La tendance constante des industries établies a été de les interdire, et elles y ont, en partie, réussi sous l'ancien régime des corporations. Lorsque ce régime a été aboli ou s'est effondré, les inventions de tous genres se sont rapidement multipliées. Alors, les industries établies, ne pouvant plus se protéger contre les progrès qui s'accomplissaient dans le pays même, — sauf quand elles réussissaient à obtenir des monopoles ou des privilèges, ce qui a été le cas pour les banques, — les industries établies, disons-nous, ont essayé du moins de se préserver des atteintes des progrès réalisés à l'étranger. S'il n'était pas en leur pouvoir d'empêcher ces progrès de se produire, si les industriels du continent qui continuaient à fabriquer les étoffes de coton et de laine avec des machines et des procédés surannés ne pouvaient interdire à leurs concurrents anglais de se servir d'un outillage plus puissant et plus économique, ils pouvaient, en revanche, user de leur influence politique pour fermer le marché intérieur à ces produits d'une industrie perfectionnée, et arrêter à la frontière le progrès qui menaçait leur repos et leur routine. Ils n'y ont pas manqué et c'est ainsi qu'à mesure que les obstacles naturels qui défendaient l'accès des marchés des pays arriérés ont été s'aplanissant, on les a remplacés et on les remplace encore tous les jours par lés obstacles artiûciels de la douane.

Le progrès n'en a pas moins fait son œuvre quoique avec plus de lenteur et en occasionnant des perturbations plus dommageables et persistantes. La concurrence intérieure a agi à la longue pour transformer les anciennes industries; la filature et le tissage à la mécanique ont remplacé la filature et le tissage à la main, en frappant de moins-value les vieux métiers et ceux qui les employaient, et une transformation analogue s'est accomplie successivement dans la plupart des autres branches de la production. Ce système de protection contre le progrès n'a donc pas produit les résultats tulélaires qu'on s'en promettait. Il a, au contraire, aggravé le mal qu'il avait pour objet de prévenir en vouant à une instabilité chronique l'industrie des pays civilisés où il a été établi. En effet, dans les pays où le marché était auparavant approvisionné, en partie, par des importations étrangères, l'exclusion des produits importés , en créant un vide dans le marché, a procuré des bénéfices extraordinaires à ceux qui en entreprenaient la production ; l'esprit d'entreprise, les capitaux et les bras se sont portés de préférence dans les industries protégées jusqu'au moment où cette affluence de la concurrence en a réduit les profits au niveau ordinaire ; il est même arrivé que l'appât des primes de la protection attirant avec excès la concurrence, la production a dépassé les besoins du marché et que les pertes occasionnées par cette surproduction ont dépassé les bénéfices acquis au début par la raréfaction arliûcielle des produits. Mais le mal ne s'est pas arrêté là.

En protégeant une industrie indigène par l'établissement d'une prohibition ou l'exhaussement d'un tarif de douane, on confisque, au profit de cette industrie, tout ou partie de la clientèle de l'industrie étrangère qui était en possession de l'approvisionnement du marché, et on atteint dans leurs moyens d'existence les entrepreneurs, les capitalistes et les ouvriers qui y étaient engagés ou intéressés. Or cette pratique de la confiscation des clientèles au profit des industries indigènes,

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