LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE
concurrence politique. Il s'en esl suivi un relâchement général dans la tutelle gouvernementale, à une époque où l'abandon ou la suppression de la tutelle sous forme d'esclavage et de servage et de la tutelle corporative livrait la multitude à un self government dont elle était incapable de remplir les obligations et de supporter la responsabilité. Au lieu d'étendre, dans ces conditions, la tutelle gouvernementale, de manière à combler la lacune causée par la disparition des autres formes de la tutelle imposée, il eût été certainement préférable de laisser agir les lois économiques en vertu desquelles tout besoin ne manque pas d'être satisfait aussitôt qu'il se fait sentir. Un régime de tutelle, adapté au besoin qu'en avait le plus grand nombre des émancipés de l'esclavage, du servage et du régime corporatif, n'aurait pas manqué de s'établir; à la tutelle imposée en décadence on aurait vu succéder une tutelle libre, plus efficace et plus économique. Les destructeurs ignorants de l'ancien régime ont préféré réorganiser la tutelle imposée, en l'étendant de manière à remplacer les formes disparues, et ils se sont servis dans ce but de la toute-puissance que mettait entre leurs mains le régime politique de la sujétion. Ce rétablissement et cette extension de la tutelle imposée ont retardé l'éclosion de la tutelle libre. Mais si puissants que soient les intérêts engagés dans la rénovation de l'ancien régime de gouvernement de l'homme par l'homme, ce régime est destiné à disparaître, et nous avons analysé ailleurs les causes qui agissent pour précipiter sa chute (1). La tutelle libre prendra alors la place de la tutelle imposée, dans la mesure nécessitée par l'insuffisance de la capacité de l'individu à se gouverner lui-même. En attendant, la tutelle imposée continuera d'avoir sa raison d'être dans les cas où, malgré ses défauts, elle est préférable à l'absence de tutelle.
(1) Les Lois naturelles, 4e partie, la servitude politique.