‹ La morale économiqueChapitre 97 sur 242 · LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L'APPLICATION DE LA MORALE

cité en l'exerçant, et trouvent en elles-mêmes une force croissante pour résister aux passions et aux appétits qui les poussent à s'écarter de leurs droits et de leurs devoirs. De là, la supériorité morale et religieuse que l'on observe généralement chez les populations protestantes, au moins dans les classes supérieures, en comparaison des populations catholiques.

Le catholicisme, au contraire, est mieux adapté aux populations dont la capacité gouvernante est inférieure et qui ont besoin d'une tutelle pour se conduire conformément au Droit et au Devoir. La confession et la direction, tels sont les instruments spéciaux de cette tutelle. Gomme dans toutes les religions de self government ou de tutelle, le prêtre catholique enseigne d'abord à ses ouailles la vérité religieuse et morale, révélée par Dieu lui-même et dont l'Eglise a le dépôt, il leur fait connaître en même temps quels sont les actes et les paroles conformes ou contraires à cette vérité; bref, il leur apprend le catéchisme, qui est le résumé du code religieux et moral du catholicisme, en le commentant et en s'appliquant aie mettre à la portée des moindres intelligences. Ensuite, et c'est ici que commence l'opération de la tutelle, il impose à ses fidèles l'obligation de venir périodiquement et au moins une fois l'an, confesser leurs péchés, c'est-à-dire les infractions qu'ils ont commises à la loi religieuse et morale. Lorsque l'Église est unie à l'État, cette obligation est imposée sous des peines temporelles; lorsqu'elle a cessé de l'être, sous la plus forte des pénalités spirituelles, savoir l'exclusion de l'Église, impliquant la damnation éternelle. La même pénalité est appliquée au pratiquant qui dissimule la vérité dans la confession et commet un sacrilège en recevant le sacrement de la communion, c'est-à-dire Dieu en personne, dans un corps souillé par le péché. Il se trouve ainsi obligé de déclarer bona fide les crimes ou les fautes dont il s'est rendu coupable. Cette déclaration , cet aveu que la justice temporelle a tant de peine à arracher, il le fait de

son propre gré. Le confesseur examine les péchés qui lui sont dénoncés, en scrute les motifs, en évalue la gravité, en fait ressortir la laideur, exige du pénitent l'expression d'un repentir sincère et l'engagement formel de ne plus les commettre. Il accorde ensuite son absolution ou la refuse. Il la refuse quand il n'a pas confiance dans la sincérité du repentir et des promesses d'amendement du pénitent ou quand les péchés dont il a reçu l'aveu lui paraissent trop graves pour être absous, au moins d'une manière immédiate. S'il l'accorde c'est au prix d'une pénitence proportionnée au nombre et à la gravité des péchés. Le fidèle fait sa pénitence et s'applique à tenir ses engagements. Mais telle est l'infirmité humaine qu'il y manque toujours par quelque point. S'il a la foi et la ferme résolution de ne point retomber dans le péché, tout en reconnaissant son impuissance à surmonter les tentations mauvaises qui l'assiègent, il demande à son confesseur de lui tracer une ligne de conduite et de l'assister dans cette lutte de tous les jours où le salut de son âme est en jeu. C'est la Direction. Si le directeur est intelligent, bienveillant et désintéressé, s'il connaît bien le tempérament moral et religieux de ses pupilles, avec les circonstances du milieu où il vivent, la direction peut avoir des résultats salutaires. Comme toute tutelle intelligente, elle peut améliorer la conduite des pupilles, accroître leurs forces morales par un exercice gradué et leur procurer finalement la capacité nécessaire pour se diriger eux-mêmes, ou, par l'accumulation héréditaire, développer celte capacité dans leur descendance. Alors celle-ci, devenue capable de se gouverner, réalisera un progrès en abandonnant sa religion de tutelle pour une religion de self government.

Mais ce serait une erreur de croire qu'en déterminant une population à effectuer ce passage sans y être préparée, à quitter par exemple le catholicisme pour le protestantisme, on lui ferait accomplir quand même un progrès. Cela serait

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