‹ La morale en action ou Choix de faits mémorables et instructifs, propres à faire aimer la religion, la sagesse, à former le cœur par l'exemple de toutes les vertus [microforme]Chapitre 10 sur 31 · PEN VERS D A · texte numérisé non relu

PEN VERS D A

EN ACTION. 105 vous embarrassez pas, monsiéuf l’évêque, j'ai la main aussi bonne à donner qu’à prendre. ss Et sur-le-champ ce prince unit ne terre consi-

dérable à son évêché.

Ox vint un jour annoncer à Chatemign la mort d’un évêque; il demanda combien il avait

légué aux panvres en mourant; ou répondit qu'il

n’avait donné que deux livres d'argent : « C’est

un bien petit viatique pour un si grand voyage,

ditun jeune clerc qui était présent. » Le prince,

satisfait de cette réflexion, donna l'évêché à celui qui l’avait faite, et lui dit: « N'oubliez ja-

mais ce que vous venez de dire; donnez aux

pauvres pe que celui dont vous venez de blàmer la conduite. » |

Jean et Marie, histoire française.

Ux marchand s’était embarqué pourles Thdes avec sa femme ; 1l y gagna beaucoup d’argent, et, au bout de quelques années, :l fit ses arrangemens pour revenir en France où il était né, et où 1lavaittoute sa famille: :! emmenaitavéclui

sa femme et deux enfans, un parçon et üune fille. .

Le garçon, âgé de quatre ans, se nommait Jean, et la fille, qui n’en avait que trois, s'appelait Marie, Quand ils furent à moitié chemin, il s’éleva une tempête violente, et le piloté dit qu'ils étaient en granddanger, parceque le vent les poussait vers les îles où sans doute le vais: seau se briserait, Le pauvre marchand aÿant appris cela , prit une grande planche, et lia fortement dessus sa femme et ses deux enfans : il voulut s’y attacher aussi, mais il n’en eut pas le teinps, car le vaisseau ayant touché contre

104 MORALE un rocher , s’ouvrit en deux, et tous çenx qui étaient dedans tombèrent dans la. mer. La planche sur laquelle étaient la femme et les deux enfans se soutint sur la mer come un petit bateau, et le vent les poussa vers une île. Alors la femine détacha les cordes, et avança dans cette Île avec ses deux énfans.

Le première chose qu’elle fit quand'elle fut en lieu de sûreté, fut de se mettre à genoux pôut remercier Dieu de l’ayoir sauvée ; elle était péurtant bien affligée d’âvoir perdu son mari, qui était un si bon homme : elle pensait aussi qu’elle et ses enfans mourraient de faim dans cette île, on qu’ils seraient mängés par les bêtes sauvages. Elle marcha quelque temps dans ces tristes pensées; elle aperçut plusieurs arbres chargés de fruit. Elle prit un bâton , en fit tomber, et les donna à ses petits enfans ; elle en mangea elle-même ; elle avança ensuite plus loin pour voir si elle ne découvrirait pas quelque cabane ; mais elle reconnut qu’elle était dans une île déserte. Elle trouva dans son chemin un grand arbre qui était creux, etelle résolnt de s’y retirer pendant la nuit. Elle y coucha donc ayec ses enfans , et le lendémain elle avança encoré autant qu’ils purent marcher : elle découvrit en marchant des nids d'oiseaux dont elle prit les œufs : et voyant qu’elle ne trouvait dans cette île ni homme, ni bêtes malfaisantes , ellé résolut de se soumettre à la volonté du ciel, et de faire son possible pour bien élever ses enfans. Elle avait sauvé du naufrage un Evangile et un livre de prières, elle s’en servit pour leur apprendre à lire, et pour leur enseigner à connaître Dieu,

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EN ACTION. 105 Quelquefois son fils lui disait + « Ma mère ; où est mon papa ? pourquoi nous a-til fait quitter notre maison pour venir dans cette île? Est-ce qu'il ne viendra pas nouschercher ? Mes entans, lenr répondait cette pauvre femme en fondant en larmes, votre père est allé dans le ciel ; mais vous avez un autre père, qui est Dieu; il estici, qhoique vous nele voyiez pas; c’est lui qui nous envoie des fruits et des œufs, et il aura soin de nous tant que. nous l’aimerons de tont notre cœur, et que nous le servirons fidèlement. »

Quand ces enfans surent lire, ils s’occupaient avec bien du plaisir de tout ce que contenaient leurs livres, etils en parlaient toute la journée ; ils étaient d'ailleurs d’un ‘excellent caractère et d'une soumission sans bornesaux moindres volontés de leur mère. |

Au bout de denx ans, elle tomba malade ; et comme elle connut qu’elle allait mourir, elle conçu la plusgrande inquiétude pourses pauvres enfans ; mais à la fin, elle pensa que Dieu, qui

sst-bon, en prendrait soin ; cette pensée conso-

lantelarassura. Elle: était couchée dans le creux de son arbre ,;etayantappelé ses enfans, elleleur dit : «Je vais bientôt mourir, mes chers erifans, et vous n'aurez plus de mère. Souvenez-vous : pourtant que vous ne resterez pas tout seuls ; et que Dieu verra tout ce que vous ferez : ne manquez jamais à le prier matin etsow. Mon cher Jean, ayez bien soin de votre sœur Marie; ue la grondez pas,-ne la battez jamais ; vous êtes plus -graud et plus fort qu'elle; vous'irez-itui chercher des œufs et des fruits, » Elle voulait dire aussi quelque choseà Marie, mais elle u’en

eut pas le temps; elle rendit les derniers soupirs entre leurs-bras,

Ces malheureux orphelins ne comprenaïent pas ce que leur mère avait voulu leur dire:ilsne savaient ce que c'était que de mourir; ils crurent qu'elle dormait, et ils n’osaient faire du bruit, crainte de la réveiller, Jean fut chercherdesfruits, etayant soupé, ils secouchèrent à côté de l’arbre, et s’'endormirent tous les deux, Le lendemain matin ils furent fort étonnés de ce que leur mère dormait encore, et la tirèrent par le bras ; mais comme ils virent qu’elle ne leur répondait point, ils crurent qu’elle était fâchée contre. ebx, et se mirent à pleurer ; ensuite ils lui demandèrent pardon , et lui promirent d’être plus sages. Ils eurent beau faire, la pauvre femme ne leur répondit point, Ils restèrent là pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que le corps commencçât à se corrompre. Un matin, Marie jetant de grandscris, dit à Jean : « Ah ! mon frère, voilà des vers qui mangent notre pauvre maman, il faut les arracher ; venez m'aider. » Jean appro cha, mais le corps sentait si mauvais, qu'ils ne purent rester auprès, et furent contraints d'aller chercher un autre arbre pour y coucher.

Ces deux enfans obéirent exactement à leur mère, et jamaisilsne mauquèrent à prier Dieu: ils hsaient si souvent leurs livres, qu'ils Les sas vaient par cœur ; quand ils avaient lu, ils se promenaïent,oubien ilss’asseyaient surl’herbe,, et Jean disait à sa sœur: Je mesouviens, qand j'étais bien petit; d’avoir été darts un pays où 1l y avait de grandes maisons et ‘beaucoup d'hommes ; j’avais une nourrice et vous ausée,

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